Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

Deuxième journée du Festival Lumière 2015 et nous voyons le premier long-métrage de Martin Scorsese, Prix Lumière 2015 pour l’ensemble de son oeuvre. Je n’avais jamais vu ce film du génial italien-américain, longtemps refroidi par les critiques qui décrivaient ce film comme une oeuvre de jeunesse naïve et trop inspirée par les aspects les moins passionnants du cinéma de l’époque – je parle du cinéma expérimental new-yorkais et du cinéma européen. Finalement, bien que cette critique ne soit pas totalement infondée, j’ai été surpris de retrouver dans ce film tout ce qui fait la quintessence du cinéma de Scorsese : sa violence, sa passion pour la musique populaire, sa description documentaire des petites frappes des quartiers italiens et, surtout, sa lucidité envers ce que la culture populaire, les moeurs et les coutumes, peuvent avoir de positif et de négatif dans l’éducation de ces jeunes gens pas (encore) très modernes. Critique (admirative).

Who’s That Knocking at My Door, sorti en 1967, est le premier long-métrage réalisé par Martin Scorsese.

L’histoire

L’histoire du film est relativement simple et tient en 2 lignes : J.R. (Harvey Keitel, 28 ans, ancien Marine tout en muscles, commence sa carrière avec ce film où il est déjà tête d’affiche !) est un jeune homme vivant de magouilles dans le quartier de Little Italy à New York. Il rencontre une jeune femme (Zina Bethune) dont le prénom ne sera jamais explicité, ce qui prouve bien la place de la femme dans ces milieux machistes. Puisque J.R. n’a que peu d’occasions de fréquenter des filles, hormis les prostituées avec qui il a des relations sexuelles régulièrement, il découvre avec cette jeune fille une autre manière de voir la vie. Elle lui ouvre, en quelque sorte, de nouveaux horizons. Rapidement, cette relation prend de l’importance. Ayant une conception traditionnelle de la vie de couple, J.R. refuse de coucher avec la jeune fille avant le mariage. Néanmoins, la jeune fille a un secret : elle a été violée par un ancien petit ami. Lorsque J.R. apprend cela, à la surprise de la jeune fille, il la repousse malgré son amour sincère pour elle.

Un début de carrière déjà immense

Ce film est une pure réussite qui impose d’emblée Martin Scorsese comme un immense cinéaste. J’ai été incroyablement surpris par l’audace formelle par laquelle il a osé prendre cette histoire si subtile, qui aurait pu prendre la forme d’un cinéma vérité dans l’ère du temps. Il n’en a rien été.  Scorsese ose tout et franchit des barrière qui n’avaient jusqu’alors jamais été franchies.

Tout d’abord, et c’est ce qui a le moins bien vieilli et qui explique les critiques dont j’avais entendu parlées : il use et abuse des faux-raccords (sans doute une influence du cinéma expérimental et du cinéma européen de l’époque). Mais, à la limite, on s’en moque un peu, car le reste et tout simplement incroyable : il y a déjà ces scènes au ralenti sur fond de musique rock. La première scène ? Une rue de New-York avec des jeunes qui tabassent un pauvre type sur fond de rock ! L’esprit de Scorsese est déjà là.

Mais, rassurez-vous, je ne suis pas en train de dire que Scorsese n’a fait que répéter des gimmicks durant toute sa carrière : ici le film repose sur un contexte très précis : le choc des cultures entre de jeunes italiens-américains de la première génération (un peu comparables à nos jeunes de banlieues) élevés avec les traditions d’une Italie catholique et campagnarde du début du XXème siècle, face à une population urbaine et éduquée dans des valeurs protestantes et libérales.

Et oui ! Il est déjà question de religion dans ce film ! Elle est partout : dans les représentations de la Vierge Marie présentes partout dans la chambre de la mère de J.R., où lui et sa copine se bécotes comme des ados sur le lit de sa mère, dans l’église où J.R. va prier ou se faire confesser, dans les crânes, enfin, de ces jeunes gens, totalement incapables de nouer une véritable relation avec les filles de leur âge.

Au lieu de cela, ils préfèrent passer leur temps à (ou se rassurent en ?) avoir une vie dissolue et sortir avec des prostituées, plus ou moins italiennes elles-aussi.

Le style et la technique sont également bien en place dès ce premier film. Scorsese introduit des éléments qui marqueront l’ensemble de sa filmographie. Hormis le lieu où se déroule le film, Little Italy, quartier natal du cinéaste, et la place de la religion, Scorsese affiche clairement sa cinéphilie dans ce film en incluant des dialogues cinéphiles détendus (tel un Tarantino des années 1960…) : J.R. tente de séduire Susan en lui parlant du réalisateur John Ford.

Le style documentaire du film renvoie au néoréalisme italien, bien sûr, mais surtout à la Nouvelle Vague qui influence l’œuvre du jeune Scorsese. Tout comme les réalisateurs français, il veut ancrer ses personnages dans un contexte bien réel, mais là où il se différencie déjà avec eux c’est dans la volonté constante de séduire le spectateur en rendant ce qu’il film beau et fun : par la mobilité de la caméra, par la musique (encore une fois), par le montage en contre point etc.

Enfin, et c’est à noter, il use, avec une certaine maladresse touchante de techniques expérimentales, dans une scène de sexe entre Harvey Keitel et deux femmes (tournée apparemment en 1969 à Amsterdam et montée sur la chanson « The End » de The Doors).

On sent donc son attrait pour la nouveauté, le changement et l’esthétique – trois facteurs qui le suivront tout au long de sa carrière.

En résumé, Who’s That Knocking at My Door est un film excellent, dont les quelques défauts de jeunesse ne suffisent pas à amoindrir la portée de ce film qui est clairement le premier d’une longue série de films culte.

17
note globale
Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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