Vice de Adam McKay – Critique

By 13 février 2019 Critiques
vice_McKay
Note de la rédaction :

Vice d’Adam McKay peut faire penser à ces spectacles de music-hall mêlant dans un maelström improbable humour, acting, émotion, musique et pyrotechnie. Certes, il est question ici de grande histoire, mais l’effet est comparable. Critique.

On adore Adam McKay pour sa capacité à mettre en scène l’improbable pour lui donner une consistance tangible (on pense notamment à Anchorman et à Step Brothers). Par contre, il nous avait un peu perdu avec The Big Short, sa tentative de cinéma vérité dont la trame narrative reposait essentiellement sur les ficelles éprouvées des documentaires de son mentor Michael Moore. On ne lui reprochera certes pas une recherche du spectaculaire au détriment de la vérité, mais plutôt une forme de didactisme moyennement cinématographique.

Dans Vice, on frôle l’overdose en la matière. Il se passe tellement de choses à l’écran qu’on a du mal à imaginer que les faits relatés ne concernent que la vie politique (mais visiblement c’est un euphémisme pour cet homme) de Dick Cheney (un Christian Bale plus Dr Foldingue que jamais). Du Vietnam, en passant par l’Affaire du Watergate, à la seconde guerre contre l’Irak, tout semble mener à une seule et même personne, y compris les pires idées politiques de ces dernières décennies qui ont conduit à l’avènement des fake news : Dick Cheney.

Utilisant une nouvelle fois ce qui avait fait le succès public de The Big Short, explications face cam, montage rapide et humour meta, Adam McKay passe à la vitesse supérieur en choisissant de raconter, non pas un événement circonscrit dans le temps, mais le destin d’un homme et à travers lui de toute l’histoire politique contemporaine des Etats-Unis. C’est bigger than life, too much et volontairement dépeint à gros traits, reste à voir si le spectateur moyen y verra un peu de pertinence.

Tout comme The Big Short, Vice peut s’appuyer sur quelques brillantes idées de mise en scène qui marqueront le spectateur, malheureusement celles-ci ne suffiront pas à rendre tangible (voire crédible) le propos.

Au final, Vice ne propose que, sous couvert d’un portrait d’homme, rien d’autre qu’une histoire événementielle des Etats-Unis où le Mal qui ronge la première puissance mondiale semble, selon ses auteurs, moins dicté par une idéologie que par des hommes de pouvoir dont la psychologie n’est jamais aussi bien esquissée que pour admettre l’impuissance à imaginer autre chose que de viles desseins dénués d’autres sentiments qu’une simple ambition personnelle.

En sortant de la salle, on serait presque donc tenté de penser que si Dick Cheney n’avait pas eu des problèmes d’alcool, la plupart des drames contemporains n’auraient pas eu lieu.

Vice est évidemment tout sauf politique et pose le problème d’une incapacité d’un certain cinéma contemporain à s’investir dans le débat public qu’à travers des figures médiatiques sans interroger les causes profondes du désastre contemporain.

Noodles

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