Vers la lumière de Naomi Kawase – Critique

By 13 janvier 2018 Critiques
vers la lumiere
Note de la rédaction :

Vers la lumière de Naomi Kawase est un beau (petit) film introspectif où la réalisatrice parvient, par brides, à produire un discours presque meta sur son œuvre. Critique.

Pour le lancement d’un film d’un vieux réalisateur, une version pour malvoyants est en préparation. Une jeune femme ( intéressante Ayame Misaki) teste son commentaire écrit sur un groupe d’une dizaine d’aveugles, dont un photographe réputé, qui est encore à peine voyant (Masatoshi Nagase vu dernièrement dans Paterson de Jim Jarmusch). Objectivité, subjectivité, description, direction, suggestion, trahison : autant de questions que se posent les participants pour améliorer la force du commentaire sur quelques scènes. Dans la dernière scène du film à commenter, le vieil homme peine à gravir une petite dune, en haut de laquelle il s’arrête face au soleil couchant. Que dire de son visage impassible ?

Vers la lumière c’est surtout la cinquième participation de Naomi Kawase au Festival de Cannes (et septième au classement général). En revenant en arrière sur sa carrière, et même si elle semble très appréciée par les sélectionneurs de festivals, elle n’est malheureusement toujours pas près de retrouver cet équilibre stylistique qui l’a propulsée dans la première décennie de sa carrière. Suzaku (1997) et  La Forêt de Mogari (2007), tous deux primés sur la Croisette, demeurent ses deux films les plus intéressants et audacieux.

Si ce film est aussi lumineux que les précédentes oeuvres de Kawase, il souffre également de nombreuses limites tant il nous paraît moins profond que son propos ne le suggère. En effet, il est vraisemblable que le personnage de Misako est en quelque sorte un double de la réalisatrice qui semble trouver un malin plaisir à illustrer son ressenti personnel lorsque les critiques fusent de la part des auditeurs chargés de faire la « critique » de ses audio descriptions.

Les non-voyants ne semblent pas toujours très convaincus par l’histoire racontée sur laquelle elle travaille. Ils répondent à ses descriptions tantôt avec des commentaires confusément mitigés, tantôt en trouvant ses propres mots trop vagues, ou trop intrusifs inhibant leur imagination.

La cinéaste admet-elle sa propre difficulté à trouver l’équilibre entre l’opacité symbolique et la nécessaire conduite du récit ? On peut aussi voir cet aspect de l’histoire comme une volonté, plutôt maladroite à notre goût, de se défendre contre ceux qui identifient un tel conflit dans son travail ?

Ce film n’est-il pas le reflet d’une remise en question et, en tout état de cause, devait-il vraiment nous arriver en l’état sans au préalable effectuer un profond travail d’introspection ? La question reste en suspend.

Dans la seconde partie du film, Misako devient peu à peu obsédé par une image : un coucher de soleil capturé par l’ancien photographe. Pourquoi ? A vous de le découvrir…

Noodles

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