Tigers Are Not Afraid de Issa Lòpez – Critique [Hallucinations Collectives]

By 8 avril 2018 Critiques
tigers are not afraid
Note de la rédaction :

Notre coup de coeur de la compétition du Festival Hallucinations Collectives édition 2018 est sans conteste Tigers are not Afraid (Vuelven) de Issa Lòpez. Un film mixant avec une ambition formelle impressionnante une histoire de fantômes certes pas si éloignée de L’Orphelinat, du Labyrinthe de Pan ou de L’Echine du Diable, avec une touche à la fois beaucoup plus urbaine, contemporaine (et autobiographique ?). Critique.

Ce qui relève d’un exploit pour la plupart des cinéastes français semble être, si ce n’est banal, au moins envisageable dans le contexte mexicain… C’est en tout cas l’impression que l’on a eu en sortant de la salle après avoir vu ce film dans lequel la réalisatrice a, semble-t-il, tout mis y compris son expérience personnelle.

La force de Tigers Are Not Afraid repose en effet sur la puissance évidente de son histoire et la singularité des idées de mise en scène de la réalisatrice.

Estrella (formidable jeune actrice : Paola Lara), une jeune adolescente vivant au Mexique, trouve refuge auprès d’un groupe de cinq garçons se retrouvant également laissés à l’abandon suite à la disparition de leurs parents. Elle se réfugie peu à peu dans son imaginaire pour tenter de surmonter la situation. En effet, dans la foulée de la disparition de sa mère, elle se trouve confrontée à des visions cauchemardesques : des fantômes de proches et des symboles morbides semblant faire écho à sa vie envahissent peu à peu son quotidien. Ces apparitions ont-elles un lien avec la disparition de sa mère ? L’alarment-elles sur un danger à venir ?

En parallèle, Estrella se lie d’amitié avec un jeune garçon, Shine (impressionnant Juan Ramón López), et son groupe de (très) jeunes garçons faussement délinquants et vraiment très attachants. Cet improbable groupe va devoir lutter pour ne serait-ce que trouver de quoi se nourrir et, surtout, éviter le cartel local qui cherche à les retrouver.

Voyant et endurant des choses qu’aucun enfant ne devrait jamais avoir à subir, ce groupe hétéroclite s’engage dans une spirale à la fois épique, joyeuse et éminemment émouvante sans pour autant oublier que nous sommes dans la vraie vie : le drame ne sera jamais loin. A mille lieues de Disney, Issa Lòpez nous propose un récit impressionnant de maîtrise où l’horreur enlace le drame social sans pour autant délaisser le merveilleux.

Sur un plan purement formel, le film oscille entre des scènes purement documentaires, caméra à l’épaule, et des moments de pure fantaisie plongeant sans crier gare dans l’horreur pure et simple avec une fluidité désarmante. Le tout supporté par des effets visuels très réussis avec une débauche d’idées à la seconde qui nous a rarement été donné de voir. Le plus incroyable est de constater que ce film a été réalisé, semble-t-il, avec un budget d’un peu plus d’un million d’euros.

Cet équilibre fragile entre fantastique et réel a pour effet de rendre plus palpable la perte de repère d’Estrella qui se retrouve à, à peine 11 ans, jouer le rôle de référente auprès de ses compagnons d’infortune.

Cette approche entrelaçant naturalisme et fantastique rappelle évidemment la touche Guillermo Del Toro, mais aussi et surtout une certaine veine du cinéma indépendant nord-américain dans lequel le fantastique n’est jamais clairement identifiable et sert autant de symbole que de référence psychanalytique (on pense évidemment à Donnie Darko).

Si l’histoire repose essentiellement sur un sujet typique de conte – des enfants livrés à eux mêmes luttant contre des forces plus fortes qu’eux (les gangs, les fantômes) – l’ajout de créatures féériques renforce cette impression. Or, contrairement à nombre de films artificiellement féériques, le conte a essentiellement une fonction éducative qui se retrouve entièrement justifiée dans le cas présent : les enfants devront apprendre à faire le deuil de leur enfance et, surtout, continuer à aller de l’avant en faisant acte de résilience pour espérer encore en l’avenir.

D’ailleurs, tout comme les contes de notre enfance, Tigers Are Not Afraid est loin d’être un feel good movie, la réalisatrice n’hésitant pas à sacrifier certains de ses personnages sans doute pour rester crédible sur le fond. Au final, l’équilibre demeure et ce film conserve une aura bienveillante qui en fait un film quasiment tout public.

Dernier point, le casting est absolument incroyable : tous confèrent à leurs personnages un surplus de vérité permettant au film de se démarquer aisément et, sans doute, de rester dans les mémoires pendant longtemps.

Si les tigres n’ont pas peur, les enfants devront apprendre à leur dépend que le monde n’est pas toujours prêt à les laisser grandir.

Noodles

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