the witch
Note de la rédaction :

Au travail mes collègues m’emmerdent. Ils me demandent plus de congés, plus de sous et refusent de se laisser docilement enfermer dans les cases que leur assignent des textes hors d’âge. La saison 6 de Game of Thrones est terminée, l’été est arrivé et il fait trop chaud. Sous l’effet d’une sudation chaque année plus intense, signe irréfutable de mon avancée vers la mort, mes fringues me collent à la peau, les gens puent et le métro lyonnais devient une aisselle géante, moite et malodorante.

Heureusement j’ai une complice. Elle m’aide à faire des plans pour prostituer les enfants de mes amis à Fourvière et gagner assez d’argent pour bâtir un empire du fruit, acheter des cormorans de guerre et virer tous les habitants de la planète pour vivre enfin peinards.

En attendant notre avènement je gratte du papier pour écrire des critiques et regarde The Witch, téléchargé puisque les cinémas lyonnais n’ont pas été foutus de le programmer en VO après avoir laissé à l’affiche pendant des mois les aventures nombrilistes de Mélanie Laurent à la recherche d’éoliennes.

En s’emparant d’un thème classique, celui d’une communauté religieuse puritaine confrontée à l’indicible, ici dans la Nouvelle-Angleterre du 17ème siècle, Robert Eggers signe avec son premier long métrage un film d’horreur marquant, qui privilégie l’ambiance à l’action, vecteur trop souvent utilisé dans ce genre.

Peu axé sur le suspense et s’écartant totalement de la pratique du jump scare, The Witch est en effet une œuvre d’atmosphère, pesante, folle et petit à petit délirante, renforcée par la dévotion religieuse, quasi-mystique, de la famille, qui participe de l’instauration progressive d’un huis-clos fiévreux.

Loin de toute surenchère, le réalisateur joue dans un premier temps sur les éléments naturels pour installer un climat d’angoisse. La forêt en bordure de la ferme, tout d’abord, silencieuse et inquiétante, et les animaux les plus banaux, que les projections des personnages finissent par rendre menaçants.

En outre, il utilise très judicieusement les sons, qu’il s’agisse de la voix du père, caverneuse, comme venue d’outre-tombe, ou de la musique, où l’avalanche de voix angoissantes tranche avec l’extrême sobriété de la mise en scène. Cette dernière, dépouillée, comme en écho aux croyances ascétiques des personnages, est particulièrement maîtrisée et participe, par son rythme, à la montée en tension du film.

Elle est par ailleurs servie par une très belle photo, par moments magnifique et quasi-picturale lors de scènes figées, à l’image d’un d’enterrement ou de la veillée d’un enfant.

Enfin la direction d’acteurs est remarquable, particulièrement s’agissant des deux enfants au centre du récit, magistralement interprétés par Harvey Scrimshaw et Anya Taylor-Joy, qui a tout de même 20 ans, nos excuses à Jean-Luc Lahaye. Les fans de Game of Thrones auront également le plaisir de retrouver Kate Dickie, dont la passion pour l’allaitement ne se dément pas.

S’il aurait mérité une fin un peu plus originale, The Witch n’en constitue pas moins l’excellente surprise de ce mois de juin, pourtant riche en bons films, et on ne peut que regretter sa faible diffusion hexagonale, malgré un confortable succès outre-Atlantique et un excellent accueil critique.

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