The voices
Note de la rédaction :
Note de la rédaction :

The Voices est une comédie d’horreur américano-allemande de Marjane Satrapi. Critique.

Le film en bref

Jerry (Ryan Reynolds) vit à Milton, petite ville industrieuse américaine quelconque où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona (Gemma Arterton), une jeune Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments… Jerry est atteint de schizophrénie aiguë et suit un traitement médicamenteux qui l’empêche d’être violent.

Il commence donc à entendre des voix qui lui donnent des conseils : Bosco, son chien, est plutôt gentil et compréhensif, tandis que M. Moustache est son Moi le plus destructeur et lui ordonne de tuer des gens, de préférence des jeunes filles.

the-voices-ryan-reynolds-gemma-arterton

Exercice de style bluffant

Marjane Satrapi réussit, avec ce long-métrage bluffant, un tour de force, puisqu’elle transforme un film de commande lambda en un « jolie » exercice de style tout à fait personnel. Après le succès de ses long-métrages adaptés de ses bandes-dessinées Persepolis et Poulet aux prunes, la cote de Marjane Satrapi était au plus haut. Rester à savoir comment sa carrière allait évoluer : encore et toujours creuser son passé ou s’en détacher pour mieux avancer ? Avec The Voices, Marjane Satrapi répond à cette question avec brio et, je dois dire, me surprend très agréablement !

Tout d’abord, on peut dire que l’exercice était difficile, et ce, pour plusieurs raisons : Ryan Reynolds en acteur principal (pour moi, il reste le beau gosse ayant torpillé Green Lantern et, dans une moindre mesure, X-Men Origins: Wolverine), ensuite cette histoire repose sur un scénario plus que bancal (un schizophrène luttant contre ses pulsions meurtrières incarnées par ses animaux de compagnie…) et enfin la difficulté à déterminer la tonalité du film (film d’horreur ? thriller ? comédie romantique ?). En effet, il n’est jamais évident de réaliser un film dont la tonalité n’est pas clairement définie. Tout simplement, car le cinéma repose sur des codes que les spectateurs s’attendent à voir à l’écran.

D’ailleurs, il est, à mon sens, impossible de faire un thriller en y ajoutant des touches d’humour :  un effet de distanciation serait alors immédiatement généré et le dispositif ne tiendrait pas la route. Par contre, il est tout à fait possible de réaliser des films d’horreur (ou gore) comiques, le cinéma des années 1980 en regorge (Evil Dead 2 en tête). Mais là où Marjane Satrapi nous cueille littéralement, c’est que sa volonté délibérée de ne pas choisir entre l’humour, la comédie romantique et le thriller, voire l’horreur, repose sur les traits de caractère du personnage principal. Jerry Hickfang est incapable de choisir entre le bien et mal : il voudrait faire le bien et se voit comme quelqu’un de gentil et bienfaisant, mais il sait également qu’il aime trop tuer pour résister. Car tout est une question de pulsions destructrices issues de son enfance (sa mère était également schizophrène).

Ainsi, la réussite du film repose sur cette dichotomie : le bien/le mal, la comédie/le drame, la beauté/l’horreur. La réalisatrice réussi le tour de force de nous plonger dans la psyché du personnage et chaque plan du film nous dit concrètement si Jerry Hickfang est dans une période positive ou dans une période négative. Tiens, les couleurs des blouses des ouvriers et des engins sont roses, on sait que Jerry a pris ses médicaments et on sait que tout va bien.

De même, l’appartement de Jerry nous paraît tout à fait normal et plutôt propre, la plupart du temps. Par contre, à quelques brefs moments, dont la fulgurance et l’horreur nous font violemment revenir sur terre, on se rend compte de l’horreur de la situation et de la folie de notre schizophrène adoré : l’appartement qui nous semblait normal (à travers ses yeux) se révèle être immonde et rempli de restes humains.

Cette réussite est également la limite du film puisque l’on ne sait (parfois !) pas de quel côté se mettre : Jerry Hickfang, nous paraissant, à bien des égards, touchant et on aimerait presque qu’il s’en sorte.

À vouloir jouer sur 2 tableaux, la réalisatrice ne parvient pas complètement à convaincre. On sent qu’elle hésite sans cesse entre la fantaisie totale et le retour au réel, ce qui n’est pas en cohérence avec la personnalité de plus en plus dérangée du « héros ». À vouloir insérer des moments de réalisme brut, elle perd ce qui faisait le sel de son projet (rentrer dans la psyché d’un schizophrène) et elle nous perd un peu, puisque ces moments de réalisme sont détachés de tout point de vue (qui regarde puisque le projet du film repose sur le point de vue de Jerry Hickfang ?).

Mais, hormis ces quelques problèmes de positionnement narratif, je dois dire que ce film m’a très agréablement surpris et j’espère que Marjane Satrapi n’hésitera pas à poursuivre ce chantier fantaisiste, qui nous change de cette poésie, merveilleusement bienpensante, inondant généralement les longs-métrages des artistes passant à la réalisation, suivez mon regard… (ok je pense à Mathias Malzieu par exemple, c’est dit !).

Qualités :

Mise en scène / Univers formel / Acteurs

Défauts :

Manque de folie (ce qui est un comble) / Télescopage de plusieurs genres peut dérouter

14
Note globale
Noodles

About Noodles

Je suis bien docteur mais en... histoire ! Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :