The Square – critique du film

By 20 octobre 2017 Critiques
the square
Note de la rédaction :

Trois ans après le bien mal-nommé mais très réussi Snow Therapy, Ruben Östlund revient avec The Square, Palme d’Or au Festival de Cannes cette année.

Conservateur dans un musée d’art contemporain, Christian s’apprête à promouvoir une exposition autour de The Square, installation au concept altruiste et fraternel. Visé par un vol, il se retrouve confronté aux valeurs qu’il promeut.   

Le premier niveau de lecture de The Square est évidemment sa critique du monde de l’art contemporain, décrit comme rempli de gens d’une vacuité absolue, enrobant d’autant leur représentation de l’art de concepts aussi abscons que généreux qu’ils ne produisent rien de véritablement utile ou intéressant (en plus des employés et à l’exception du performer Terry Notary, les artistes représentés à l’écran ne sont pas ceux dont on peut voir les œuvres, par ailleurs intéressantes) et à ce point perdus dans leur vocabulaire – que d’aucun qualifierait de vernaculaire – qu’ils n’en comprennent plus le sens, comme l’illustre la première scène, où Christian, interviewé, se perd dans la communication de son propre musée.

Perdus dans ces concepts prétendument altruistes, ces personnages ne semblent pas réellement capables d’empathie, ignorant le cuisinier qui vient leur présenter leur dîner comme les SDF de Stockholm, symbole utilisé d’ailleurs de manière un peu facile. La critique ne se limite toutefois pas au monde restreint de l’art contemporain, qui se veut manifestement ici un représentant de l’idée que Ruben Östlund se fait de notre société. Ainsi ce sont l’ensemble des passants qui ignorent les mendiants qu’ils croisent, y compris ceux qui, se voulant porte-parole des sans-voix, interpellent leurs concitoyens tout en se montrant incapables de se tourner vers le sans-abri étendu derrière eux.

Eprouvant des difficultés à communiquer, les personnages semblent par moment enfermés sur eux-mêmes, se méfiant parfois les uns des autres jusqu’à l’absurde, comme lors de cette dispute improbable sur le sort d’un préservatif.

Outre cette difficulté à instaurer un véritable échange, le réalisateur s’attaque à la dimension prise par la communication dans notre société, le contenant supplantant le contenu, qu’il efface, aussi bien dans l’esprit des communicants, prompts à proposer des concepts débiles pour « faire le buzz », que dans celui des médias, capables de monter en épingle des scandales à partir de la moindre vidéo, aussi peu choquante soit-elle, sans s’intéresser au sujet qu’elle est supposée porter.

Mais le vrai sujet de The Square est la lâcheté, essentiellement masculine. Dans la continuité de Snow Therapy, Östlund dépeint des personnages couards, si impuissants qu’ils se sentent immensément forts et grisés dès qu’ils font preuve du courage le plus minime. Pleutres absolus, ils se montrent mal à l’aise dès qu’ils sortent de leur confort habituel, qu’ils se rendent en banlieue, loin de leur cocon huppé, ou soient confrontés à la violence verbale, par l’irruption d’un personnage souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette, ou à la bestialité primale, illustrée par la scène de la performance simiesque, où les convives sont confrontés à leur propre lâcheté, ne trouvant du courage qu’en meute.

Mettant en scène ce propos avec brio, Östlund restitue à merveille, en y mêlent une distance comique, la gêne, qu’il suscite également chez le spectateur, par ses gros plans sur les visages ou sa capacité à étirer très justement les scènes. Le film est en outre d’une qualité esthétique remarquable, la lumière étant très soignée, la composition des plans utilisant intelligemment la géométrie et la mise en scène faisant de nombreux plans des œuvres d’art contemporain, qu’il s’agisse de la marche d’une ombre sur une place pavée qu’on croirait en miroir ou d’un enfant dans un porte-bébé. Les œuvres sont en outre parfaitement intégrées à la mise en scène, en faisant pleinement partie, notamment à travers le son.

Film plus ambitieux et complexe que Snow Therapy, The Square est plus inégal, comportant quelques facilités, mais plus poussé dans sa mise en scène et également plus perturbant pour le spectateur, directement interpellé. Dérangeant, féroce et drôle, le film est, aussi bien par son propos que par ses qualités esthétiques une réelle réussite. Bien que ma préférence serait allée à Faute d’Amour, The Square n’en reste pas moins une excellente Palme d’Or,

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