the revenant-critique
Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

[ATTENTION : SPOILERS]

Contre-critique de The Revenant par Botzky : Je n’irais pas par quatre chemins en marchant sur des œufs et ne vous raconterai pas non plus le résumé du film,  ma collègue et néanmoins amie de cœur, de circonstances et d’esprit (sauf dans le cas du film dont auquel il nous préoccupe présentement) en ayant détaillé les grandes lignes dans sa critique que vous trouverez ici.

Néanmoins, je ressens le besoin pressant de m’élever contre la température ambiante et de vous dissuader de perdre deux heures et demie que vous pourriez consacrer à de biens plus nobles desseins  que d’assister à la débâcle que représente cet ignoble navet larmoyant et insupportable, ce monceau d’ignominie absurde que l’on se permet de qualifier de chef d’œuvre, et mon cul, est-ce du poulet ?

J’avais vraiment apprécié le précédent film d’Alejandro Gonzalez Iñarritu (Birdman) et le scénar, les jolies photos ainsi que les critiques ô combien élogieuses m’ont convaincu d’aller voir The Revenant pour ainsi dire les yeux fermés.

Du reste, le film, fourbe s’il en est,  commence tout à fait correctement : première scène chaotique accrocheuse avec la caméra d’Iñarritu au cœur du sujet, photographie bandante, costumes très réalistes, on est pas mal. Cela continue encore à peu près correctement, avec un combat Di Caprio / Grizzly extrêmement bien foutu, malheureusement le grizzly finit par avoir le dessous et c’est bien dommage.

On continue encore à peu près bien pendant une grosse demi-heure, c’est excitant, cette histoire de survivor dans le grand froid, et, comme dit, l’Alejandro l’est pas handicapé de la caméra, crénom !

Et puis, cette heure passée, un curieux changement s’opère. Un malaise se développe, on commence à trouver le temps long et répétitif, quelque chose de très gênant est en train d’arriver, c’est sûr. L’insupportable naturel qu’Alejandro avait su chasser pour Birdman revient au galop et reprend le contrôle comme dans le lourdissime Babel.

Habité par un narcissisme qui n’a d’égal que celui de sa star, il commence à partir dans des délires naturo-nativo-onirico-patchouli qui minent le film et le rendent indigeste jusqu’au gros vomi funeste final.

A coups de marteau

C’est de cette manière qu’il veut nous faire rentrer ses idées dans le crâne. La subtilité, il s’en TAMPONNE le coquillard.

Voici un petit florilège des moments de pure idiosyncrasie iñarritesque qui parasitent insidieusement la substantifique moelle de The Revenant pour n’en laisser qu’un tas de charogne fumant. Au mieux, on pourra en rire, mais derrière le rire pointent les larmes glaciales de l’amère déception.

1)  on a des plans à répétition de la neige qui fond sur les branches. C’est très joli, c’est la nature immuable contre la folie des hommes et tout le toutim, on a mordu le symbole dès la première fois, t’es gentil, mais nan, il nous le remet à intervalles bien réguliers pour nous faire comprendre comment que c’est beau et profond.

Bien.

2) On a Di Caprio qui s’en prend littéralement plein la gueule et qui rampe en gémissant. C’est chouette pendant un moment aussi. Pendant plus d’une heure c’est très chiant. Surtout quand on croit qu’il a réussi à s’en sortir et paf ! Il arrive une péripétie qu’on ne vous révélera pas ici. D’accord, c’est bien filmé, mais est-ce bien nécessaire ? Surtout que c’est PAS un film d’action, c’est un film « intelligent », on ne cesse de nous en rebattre les oreillettes !

3) Comme c’est un film intelligent et humaniste, on s’éloigne complètement de l’histoire de base (oui, car c’est une histoire vraie, ce trappeur a vraiment existé) pour nous faire réfléchir sur la condition des indiens natifs. Oui, comme dans Danse avec les loups. Donc, dans cette histoire remaniée à la sauce bien pensante, le Di Caprio avait une meuf indienne et il a un gosse fiftyfifty, et dans cette Amérique ultra raciste et esclavagiste, lui il milite sans le savoir pour la cause des Indiens. Ben voyons, le trappeur au grand cœur dans cet ouest sauvage, je veux dire, stop la mayonnaise ne prend pas, soyons honnête, c’est du réchauffé.

4) Un moment super relou : Alejandro a soudain un relent de religion mexico-chrétienne parfumé à l’ail qu’il nous éructe dans le film sans qu’on sache trop bien pourquoi, et pour faire passer la pilule il nous le met dans un des rêves insupportables que nous fait Di Câpre à répétitions. Ainsi, d’un coup d’un seul, vers la deuxième heure du film, le voilà dans les ruines d’une église romane comme on en voit que dans les westerns qui se passent à la frontière mexicaine, serrant son fils dans les bras en pleurant. WTF ? On dirait Terrence Malick quand il se fait sous lui dans le The Tree of Life, un autre « chef d’œuvre » porté aux nues par une poignée d’intellobotomisés qui y voient une allégorie New Age du monde, ben voyons, alors allons-y gaiement. Ici, c’est surtout un maladroit hommage /emprunt d’Iñarritu à Jodorowksy (voir El Topo ou La Montaña Sagrada), sauf que là y’a juste la forme sans aucun fond du tout.

5) L’autre moment de grosse rigolade est l’apparition de la troupe de bisons rajoutée en CGI dans un film soi-disant dédié à la nature (contradiction ô combien flagrante) et en plus, c’est même pas du boulot bien fait !

6) On pourra aussi se poiler pas mal avec le coup de Leonardo Di Caprio qui a bouffé de la viande crue alors qu’il est végétarien parce qu’il était tellement dans son personnage. Oaouh, respect, quel ACTEUR nom d’un p’tit bonhomme ! Il aurait pu aussi s’attaquer à un vrai grizzly avec un canif, au niveau connerie ça revient au même.

En parlant de son « ENORME » boulot d’acteur qui va lui valoir sans doute un Oscar, revenons-y donc, allez hop :

Comme je le disais en amont, il se traîne, il gémit, il a des plaies partout – et il faut avouer qu’elles sont bien faites mais là faut surtout remercier le maquillage et les effets spéciaux – il pleurniche beaucoup, et il parle peu. C’est en gros son rôle pendant deux heures trente. Je n’invente rien.

Mais les gens, je te jure, ils veulent absolument y voir un immense travail d’acteur, alors du coup ils disent des trucs genre « avec une économie de paroles, il fait passer toutes les émotions dans son regard » … oh putain…

Donc, qu’on essaie de nous faire passer ce micmac loupé pour un grand film, je dis stop, attention les aminches.

Dans le genre film d’action dans la nature, on peut revoir Rambo (le premier, de Ted Kotcheff ou Délivrance ou encore Death Hunt (ce dernier pour la neige et pour Lee Marvin).

Dans le genre scènes surréalistes pleines de symboles, comme je disais, révisons notre Jodorowski ou notre Buñuel, qui eux, ont vraiment un message à faire passer.

Que reste-t-il donc ?

Un film qui a une heure de trop, qui creuse dans le pathos jusqu’aux omoplates, avec deux trois très bonnes scènes gâchées par un sérieux manque de modestie de la part de l’équipe qui nous livre un pesant patchwork  d’une complaisance et d’une superficialité abyssale.

Il reste aussi un superbe Tom Hardy qui continue de prouver son énorme talent, puisse-t-il ne pas le corrompre dans de tels projets.

Et il reste la scène finale, la cerise blette sur ce gâteau kitchissime, scène doublement bonne (malgré elle) car elle résume notre état d’esprit, et représente la fin du calvaire. Chapeau bas.

Botzky

About Botzky

Obsessionnel compulsif, polytoxicomane, polygame, polyglotte et professionnel de Pole-Dance, Botzky n’a pas une mais mille opinions selon le taux de salinité des saisons. Grâce à Doc Ciné, il peut enfin partager le point de vue schizophrène qu’il porte sur sa maîtresse préférée, Miss 7ème Art, et s’en pourlèche les babines avec un plaisir sanguin à rayures ingénues et perverse.

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