the revenant
Note de la rédaction :

Un an après Birdman, dont l’apogée se fait encore attendre, l’attente était forte autour de The Revenant, dont la bande-annonce laissait espérer un récit grandiose et furieux, mêlant vengeance et confrontation à la nature hostile. Force est de constater que l’objectif est malheureusement loin d’être atteint.

Le film débute pourtant bien. Les deux principaux moments des quarante-cinq premières minutes, l’attaque du camp et la rencontre de l’infortuné Hugh Glass avec un grizzli, sont remarquablement mis en scène et happent le spectateur. Si le premier, grâce à un dispositif très immersif qui rappelle les jeux en FPS, donne le sentiment que le danger vient de toute part, le second fait craindre pour la vie du trappeur, malgré son issue évidente. Hélas, passé ces deux morceaux de bravoure, le film s’éteint peu à peu, et le spectateur avec lui.

The Revenant pâtit tout d’abord de son manque de direction artistique claire. Iñárritu alterne en effet les scènes de survival, entre Man versus Wild et L’Empire contre-attaque, et de contemplation, parfois directement inspirées de l’œuvre de Terence Malick et le film peine de ce fait à dégager une identité forte et une cohérence d’ensemble. Et quand il retrouve à la fin le cinéma d’action, c’est pour s’abîmer dans une réalisation sans soin ni originalité.

Surtout, et c’est là son principal défaut, il n’en ressort, passé l’abandon de Hugh Glass par ses compagnons, aucune émotion. Alors même que ce dernier endure les pires souffrances, on ne ressent à son égard aucune empathie, sans que cela soit dû à la recherche d’un effet de distanciation. Sans doute faut-il y voir un effet de la mise en scène d’Iñárritu. A trop se regarder filmer, il en oublie en effet de mettre son cinéma et son art de la mise en scène au service du récit, dont il se déconnecte et n’explore pas vraiment les formidables possibilités. A ce titre, le traitement réservé à la nature est révélateur. Alors que les personnages évoluent dans un environnement naturel particulièrement hostile, le danger qu’il représente n’est pas réellement évoqué et la puissance inquiétante de la nature, pourtant aisée à mettre en scène sans tomber dans des artifices ou des lourdeurs qui plomberaient le film, peu utilisée. Les sons, notamment, sont peu exploités quand ils sont synonymes de péril, contrairement aux plus faibles, tels que ceux dégagés par des fourmis, dans un rappel de Microcosmos bien inutile.

De même la vengeance, supposée être le moteur de la survie du personnage principal, est en définitive plus incarnée par celui du Capitaine et ne surgit que dans la scène finale, comme écartée pendant le reste du film. Indépendamment du jeu des acteurs, très bons, bien qu’il ne s’agisse sans doute pas du meilleur rôle de Leonardo DiCaprio, c’est la réalisation qui est en cause.

Celle-ci n’est d’ailleurs pas exempte d’erreur techniques, notamment en raison de l’étrange impression que le tournage a été effectué sur différentes saisons alors que l’histoire se déroule en hiver.

Au final, si The Revenant réunit des qualités de mise en scène et de très bons acteurs, y manque tout de même ce qui fait l’essence du cinéma, rencontre de l’art et du divertissement : le plaisir.

8
note globale
Ghost Writer

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One Comment

  • Brx dit :

    Quelques argument en opposition sur la contre-critique.

    Je trouve le film bien venu de faire du Terrence Malick mais époque « La ligne rouge » où les envolées et gros plans faune&flore s’inscrivaient dans un récit. Ce sont des respirations et il y a aussi un récit pour ne pas perdre le spectateur.

    Difficile après de dire que Glass ne pense pas à sa vengeance, il écrit partout le nom de son fils et de Fitz !

    Enfin, réalisation « sans soin » faut quand même pas pousser vu la maestria de la caméra qui a l’air de flotter au plus près des acteurs.

    Mais bon Inarritu ne cesse d’irriter, ce n’est pas ce film qui réconciliera les pour et les contre

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