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Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn est une belle réussite. Notre critique pourrait s’arrêter là tant ce film s’admire plus qu’il ne s’analyse. Très riche sur le plan thématique, ce long-métrage ne fait que les effleurer pour mieux se concentrer sur ce qui intéresse le génial danois : parler de lui (et ce n’est pas pour nous déplaire). Critique.

Résumé :

Jesse débarque à Los Angeles dans le but de réaliser son rêve : devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté…

Le film s’ouvre sur un générique, comme souvent me direz-vous, mais où le nom du réalisateur devient un sigle : NWR, comme on pourrait voir YSL sur un flacon de parfum. Simple coquetterie qui en dit beaucoup de l’ego surdimensionné de son auteur et révélant en réalité le véritable sujet du film : un discours meta sur l’oeuvre de Winding Refn.

Il s’agit d’un film griffé, NWR, au même titre que les films de Hitchcock, Stanley Kubrick ou de John Carpenter. Mais là, il passe un cap : son nom est devenu une marque. Si on extrapole un peu, on pourrait ironiser en disant qu’on va voir ses films comme on va admirer une collection de mode, ici la collection printemps-été 2016. N’est-ce pas ce que lui reprochent ses détracteurs ?

Nicolas Winding Refn est comme cela, irascible, provocateur et un brin maso. Cinéaste talentueux et référencé, il a trouvé la formule magique du beau et s’échine à la triturer pour produire, non pas du discours (il s’en moque), mais du symbole. Manque de bol, c’est ce qui fait qu’on l’aime et que, bien souvent, on le déteste.

En même temps, cela l’arrange et le conforte dans l’idée (fausse) qu’il fait des images extrêmement fortes, dérangeantes et clivantes.

Déjà qu’est-ce qu’on nous avait vendu avant sa projection au Festival de Cannes ? Thierry Frémaux l’avait présenté comme un film d’horreur cannibale dans le milieu de la mode. Première déception : il n’en est absolument rien. Si Winding Refn privilégie la forme au fond, il entretient un regard distancié au cinéma de genre : souvent ironique, toujours poseur. Or, comme le dirait Carpenter, le genre doit être pris au sérieux pour que cela fonctionne.

Dans The Neon Demon, Winding Refn n’aborde pas frontalement les aspects gores et horrifiques. Tout est finalement très propre et suggéré dans ce film (hormis dans un court final plus suggéré que réellement gore). D’ailleurs, The Nenon Demon est plutôt dans une retenue puritaine, comme la scène du shooting de Jesse (Elle Fanning) le révèle. Si vous souhaitez voir un film assumant la violence et la crudité de son sujet, vous pouvez passer votre chemin : ni le corps de l’actrice (contrat oblige), ni l’horreur ne seront dévoilés, tout est suggéré pour le meilleur et, parfois, pour le pire. En effet, on aura le droit à quelques grosses kitsheries dans la représentation du monde de la mode : les défilés, les castings et les shootings sont assez embarrassants… Sans parler d’une scène de douche finale très marquée par l’esthétique porno chic du début des années… 2000.

Hormis ces quelques réserves, ce film s’avère passionnant à plus d’un titre.

La beauté, si elle est le thème central du film n’est pas à prendre au pied de la lettre. Il n’est pas anodin d’avoir choisi Elle Fanning comme actrice principale pour représenter cette beauté mystérieuse. Elle est certes très jolie, mais elle ne peut en aucun cas être comparée à la beauté plastique des autres actrices, dont certaines sont beaucoup plus élancées qu’elle (la scène du défilé est remarquable à ce propos).

Il est d’ailleurs intéressant de voir que Abbey Lee (top modèle à l’origine) a été choisie pour représenter la jalousie. En somme, Jesse n’est pas une beauté absolue, ce serait passer complètement à côté du sujet du film que de croire cela. Winding Refn semble vouloir discuter la notion même de beauté. Elle paraît évidente pour certains, mais à quoi sert-elle vraiment si ce n’est à détruire, au sens propre, des vies ?

Le dispositif mis en place permet à Winding Refn de tenir un discours meta sur sa propre filmographie qui a toujours été critiquée pour son supposé déficit de profondeur, le tout masqué par une beauté formelle quasi obsessionnelle. L’appropriation des codes/clichés de la pub et de la mode sont utilisés pour illustrer sa démarche. Pris dans une folie esthétisante volontairement too much, le spectateur passif ne comprendra pas toute la subtilité de ce film ressemblant bien plus à un inventaire qu’à une énième glorification du propre talent de l’auteur. Avec The Neon Demon, Winding Refn prouve qu’il a emmagasiné les critiques et s’offre même la possibilité de nous les renvoyer au visage. Ainsi, The Neon Demon ouvre tout un champ de questionnements intéressants : qu’est-ce que l’esthétique dans un film ? Qu’est-ce qu’un auteur ? Qu’est-ce qu’une narration ?

Sur le plan des influences, Winding Refn a une nouvelle fois puisé dans un répertoire vaste allant de Argento à Kenneth Anger. Mais si certains aspects chromatiques font effectivement penser à Suspira, tout oppose Winding Refn et le cinéma d’Argento. Ce derniers cherchant avant tout le déséquilibre (dans le cadre, dans les couleurs, dans le choix des thématiques et des solutions pour faire avancer l’intrigue), tandis que Winding Refn est un obsédé de l’ordre, un maniaque de la géométrie et se soucie peu de faire avancer l’intrigue. Même le miroir utilisé comme un clin d’oeil au symbolisme d’Argento (Profondo Rosso, Phenomena) a été mal interprété par Winding Refn qui n’y voit qu’un artefact au premier degré du réel et de la beauté, tandis que le maître italien y voyait une illustration des apparences et des perspectives faussées.

Par contre, avec une thématique similaire d’une jeune fille arrivant de sa campagne à LA pour tenter sa chance, on pense évidemment à Mulholland Drive de David Lynch. La comparaison n’est pas usurpée car Lynch et Winding Refn partagent le même goût pour le jeu autour d’énigmes visuelles et sensorielles.

Tout comme Lynch, Winding Refn subit des critiques violentes sur ses scénarios. Mais si on admirait la fièvre herméneutique de Mulholland Drive, les critiques ont tendance à regretter la naïveté du scénario du film de Winding Refn. Qu’en est-il vraiment ? Si, bien sûr, le film de Winding Refn ne possède pas la subtilité et l’intelligence artistique du film de Lynch, il faut bien reconnaître que The Neon Demon se range dans la même catégorie de films. Le dérèglement progressif de la réalité et de ses lois spatiotemporelles vers un monde à la fois inquiétant (le félin dans la chambre, le patron de l’hôtel miteux, les mannequins « dangereuses ») et familier marque le passage de Winding Refn vers un nouveau stade de sa carrière. Et bien entendu, ce passage s’effectue en toute conscience.

Comme chez Lynch et, dans une moindre mesure, chez Argento, les images semblent indéchiffrables ou plutôt, indécidables, prises entre deux états de conscience ou de réalité. L’illusion, la réalité, l’intérieur, l’extérieur se confondent pour former un univers ésotérique partout hanté par son double mystérieux. The Neon Demon n’est pas le chef d’oeuvre d’un réalisateur au sommet de son art, il s’agit de la prise de conscience d’un artiste prêt à passer à une autre étape de sa carrière.

15
NOTE GLOBALE

Conférence de presse au Festival de Cannes

Noodles

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