Note de la rédaction :

The Lost City of Z (La Cité perdue de Z) évoque non sans emphase la quête d’une vie de Percival « Percy » Fawcett pour une mystérieuse citée perdue dans la jungle brésilienne. Exotisme, aventure, mystère, danger, héroïsme : aux mains de l’un des plus talentueux cinéastes néoclassiques actuels, le dernier long-métrage de James Gray avait tout pour devenir le film alpha dans la digne lignée de John Ford. Et pourtant, il manque de souffle et d’enjeux : un comble pour un film d’aventure. Critique.

On a toujours adoré le cinéma de James Gray. En seulement 5 longs-métrages, ce réalisateur a marqué le cinéma américain moderne en lui insufflant un vent nouveau venu tout droit… des années 1970. Hélas, après la semi-déception de The Immigrant, une nouvelle fois James Gray ne parvient pas à convaincre.

Et pourtant, il avait de l’or entre les doigts ! Cette histoire est certes adaptée d’un ouvrage historique écrit par un journaliste du New Yorker, ce qui peut éventuellement nous inciter à douter de la qualité du matériau de départ, mais tout de même : une cité perdue, un major courageux et spirituel mu par la volonté de laver son nom de famille, une terre jamais explorée par l’homme blanc et un écosystème hostile… Bref, tout était là pour que James Gray, le roi de la tragédie au classicisme assumé, nous délivre une œuvre-somme, complexe et touchante.

Un manque d’empathie regrettable

Or, c’est justement là où le bât blesse. Le film ne parvient qu’à de rares moments à nous faire ressentir les émotions des personnages. Cela est dû principalement à un certain nombre de difficultés à faire vivre le récit à travers les nombreuses péripéties qui adviennent à Percy Fawcett : les trois voyages d’exploration, la Première Guerre Mondiale, les trop nombreux antagonistes se mettant sur la route de Percy…

Sans compter les répercussions que tous ces événements sont censées avoir sur la vie personnelle de l’explorateur.

On ne reprochera pas à James Gray de vouloir copier de glorieux aînés : on pense nécessairement à Herzog lorsque les aventuriers naviguent sur un radeau à travers la jungle amazonienne, ou à un autre moment lorsqu’ils tombent en pleine jungle sur un opéra plus ou moins improvisé. Il s’agit de l’une des seules scènes profondément baroques du film qui regorge, a contrario, de moments un peu trop descriptifs à notre goût. Ces scènes de dialogues se voulant informatives s’avèrent parfois maladroites et viennent aseptiser les aspects du récit qui auraient sans doute mérité un traitement moins terre-à-terre.

Une construction classique

Les éléments oniriques qui se dégagent de cette histoire ont, au contraire, quasiment complètement été gommés au profit d’une narration échevelée faisant la part belle à l’événementiel. Récit que le spectateur venu chercher un peu d’évasion aura du mal à suivre tant la construction narrative et la temporalité semblent être faites en dépit du bon sens : les scènes se passant en Angleterre, certes représentant des tournants dans la vie de Percy, durant plus longtemps que les voyages eux-mêmes.

Les défauts du film sont donc plus liés à la construction du récit :

  • Des personnages dont les ambitions nous semblent obscures,
  • Des enjeux qui sont trop effleurés, hormis dans un passionnant prologue, dont les questionnements soulevés sont malheureusement abandonnés trop rapidement,
  • Des choix narratifs se focalisant trop sur les événements et pas suffisamment sur les sentiments des personnages.

Pourtant, et c’est cela qui est le plus rageant, The Lost City of Z regorge d’éléments intéressants : le personnage de Henry Costin, joué par un Robert Pattison dont le talent ne peut désormais plus être snobé, les choix de cadre de James Gray toujours aussi fabuleux (le bonhomme n’a pas perdu son talent rassurez-vous), le caméo de Franco Nero en baron décadent. Et même si certaines thématiques sont bien senties (l’ambition personnelle, la quête de sens, la filiation, l’ethnocentrisme…), elles sont trop nombreuses et traitées trop superficiellement pour réellement convaincre.

Néanmoins, ne vous y trompez pas : ces faiblesses n’ont pas gâché notre plaisir de cinéphile devant ce petit bijou formel. Si nous ne reverrons sans doute pas de sitôt ce film, il faut reconnaître qu’il offre quelques moments de pure beauté.

Pour conclure, The Lost City of Z (La Cité perdue de Z) est un film à voir au cinéma pour le talent formel de James Gray, pour la musique envoûtante de Christopher Spelman et pour le jeu impeccable de Sienna Miller et de Robert Pattinson – Charlie Hunnam est malheureusement random dans un  rôle qui semble un peu trop grand pour lui.  Malgré la relative déception, la beauté fulgurante du dernier plan du film rappelle à ceux qui voudraient enterrer un peu trop rapidement James Gray, l’immense talent de ce cinéaste qui n’en est qu’à son sixième film.

12

NOTE GLOBALE
Noodles

About Noodles

Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :