Note de la rédaction :

Alejandro Jodorowsky poursuit sa fresque autobiographique avec Poesía Sin Fin. Après son enfance, place à la folie hormonale de l’adolescence ! Critique.

Chili bohème

Alejandro Jodorowsky reprend son récit autobiographique qu’il avait entamé avec La Danza de la realidad (2013). Fini l’enfance, Alejandro s’émancipe de la folie pesante de ses parents pour imposer ses choix. Il sera poète et rien d’autre.

Si on adore Alejandro Jodorowsky, c’est pour sa créativité proche du surréalisme. Avec Jodorowsky, on n’est jamais loin du Dali inventeur de formes, mais surtout du Fellini du début des années 1970. L’évocation de la jeunesse d’Alejandro, ses souvenirs mêlés à la création d’images marquantes (le café Iris, la rue de la maison d’enfance d’Alejandro) nous permettent d’assister pendant deux heures à un déferlement de rêveries, une déambulation hallucinée dans les rues de sa jeunesse.

Concrètement, le film nous plonge dans un Chili bohème où des personnages aussi hauts en couleur que définitivement « jodorowkysé » arpentent des rues improbables où seuls les poètes semblent avoir un visage : une poétesse-ogresse gironde qui le tient littéralement par les couilles, une danseuse étoile, un couple d’acrobates dont la demoiselle ne semble jamais toucher terre (au sens propre), un poète alcoolique – ami et antithèse ultime d’un Alejandro si positif et énergique… Le film est avant tout cela : un beau portrait de groupe d’artistes bohèmes.

Surréaliste et psychanalytique

L’autre point fort du film est cette plongée dans les souvenirs de Jodorowsky : ses premiers émois, sa découverte des femmes et de l’amitié. Au final, la question qui semble tarauder l’auteur est universelle : qu’est-ce qui fait une vie réussie ? La réponse est simple (voire simpliste) mais vous donnera du grain à moudre…

Plus que l’originalité du récit, ce qui marque par dessus tout avec Poesía Sin Fin, c’est la capacité de Jodorowsky à inventer sans cesse. Aussi généreux que semble l’être son auteur, Poesía Sin Fin est un véritable moment de fraîcheur créatrice. En sortant de la salle, nous n’avons qu’une envie : créer, non pas pour les autres, mais pour la beauté du geste.

Car comme le dit Jodorowsky : le monde semble se désintéresser de la poésie. Sur ce point, on serait tenté de le contredire : contrairement à ce qu’il semble croire, la poésie n’a pas disparu, elle est partout et a contaminé tous les champs de la création.

Entre Amarcord de Federico Fellini et ses premiers trips dans le monde du cinéma, El Topo (1970) et La Montagne sacrée (1973), Alejandro Jodorowsky nous propose une autre expérience inspirée, poétique et infiniment touchante.

A près de 85 ans, Jodo semble vouloir témoigner et laisser une trace. Parfois cherchant un peu maladroitement (mais de façon extrêmement touchante) à imprimer sa propre légende, parfois voulant expliquer sa démarche artistique qui l’a accompagné toute sa vie, ce film recèle de moments magnifiques de vérité. Comme un clin d’oeil, c’est son propre fils, Adan Jodorowsky, qui joue son rôle, tandis que Brontis Jodorowsky, son fils aîné, joue le rôle de son propre père ! La musique, sublime, est également composée par Adan.

Baroque, surréaliste, psychanalytique, Poesía Sin Fin est une bouffée d’oxygène dans la grisaille créative qu’est devenue le cinéma contemporain. Reste un espoir : pourvu que Jodorowsky puisse achever sa trilogie ! En effet, à la fin du film, le jeune Jodo s’émancipe une nouvelle fois pour prendre un nouvel envol -> direction Paris.

16
NOTE GLOBALE
Noodles

About Noodles

Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :