Paterson
Note de la rédaction :

Coincé entre un film de SF à l’ambition démesurée et un side project de la saga Star Wars, Paterson de Jim Jarmusch risque de passer inaperçu en cette fin d’année. Une situation low profile qui ne serait pas pour déplaire au personnage principal de ce film modeste mais touchant. Critique.

Jim Jarmusch a le don pour nous faire aimer la nonchalance. Dès son premier long-métrage, le séminal Permanent Vacation (qu’il faut absolument revoir pour comprendre d’où parle Jarmusch) à Only Lovers Left Alive, en passant par Ghost Dog et Dead Man, on a pris l’habitude de suivre les héros de Jarmusch. Ces personnages mi-dandy mi-loosers fantastiques traversent leur vie modestement avec la persévérance d’un moine bouddhiste.

Paterson (Adam Driver, excellent) vit à Paterson, petite ville New Jersey qui a vu passer des gens illustres, dont quelques poètes (Allan Ginsberg, William Carlos Williams…).

Ce film est un donc un retour aux sources pour Jarmusch. On y retrouve son goût des déambulations urbaines à la Permanent Vacation. Mais surtout son goût des personnages un brin arty – pas tout à fait lancés dans le milieu artistique mais plus vraiment comme les autres.

Ce « héros très discret » est chauffeur de bus mais préfère écrire des poèmes comme son modèle William Carlos Williams, qui lui aussi a vécu à Paterson.

Pourtant, Paterson, le personnage pas la ville (encore que…), ne croit pas en son destin de poète. Malgré les encouragements de sa fantasque compagne (crispante Golshifteh Farahani – précisons que c’est son rôle qui veut cela), il refuse de photocopier les poèmes qu’il s’obstine à écrire sur son petit carnet de bord.

Il faut dire que son quotidien est tout ce qui a de banal : réglé à la minute près, entre son réveil à 6h15, son petit déjeuner (toujours le même), son trajet au travail et ses conversations désarmantes de banalité avec son collègue. Tout nous laisse à penser qu’il subit sa petite vie bien rangée.

Son seul plaisir est d’épier les conversations des passagers de son bus et d’attendre avec avidité la fin de la journée pour aller se promener avec son chien ronchon et boire une bière dans le bar du coin.

Sa compagne, quant à elle, est sincèrement gentille mais se révèle être un véritable désastre ambulant, mélange de hipster et de naïveté dérangeante (façon Maria de Medeiros dans Pulp fiction). Elle passe ses journées à tout peindre en noir et blanc, des murs de la maison à ses robes, en passant par les cupcakes qu’elle prépare pour le marché bio qui fera d’elle (elle en est persuadée) une célébrité locale.

Les poèmes que Paterson écrit sont le fruit de sa vie quotidienne et de ses illustres modèles. Ils sont donc à la fois réalistes, simples et magnifiques car Paterson est une belle personne.

Si écrire ses poèmes semble suffire à son bonheur, il manque quelque chose à Paterson : est-ce un peu d’énergie ? Un peu plus de personnalité ? Difficile à dire tant ce personnage est mutique et étanche à toute interprétation.

Mais une chose est sûre : Paterson aime vivre une existence simple, modeste, mais qui le rend foncièrement heureux lui et sa compagne fantasque pour deux. Un peu comme si The Big Lebowski était croisé avec un personnage de Woody Allen.

Film sur la banalité de la vie, la routine et sur ce qui fait un artiste, Paterson permet de revoir Jarmusch dans ce qu’il fait de mieux : filmer les battements de la ville et la faune qui s’y trouve.

15
NOTE GLOBALE
Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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