Mother
Note de la rédaction :

Ereintant. Un objet non identifié, quelque chose qui pénètre l’inconscient du spectateur attentif. Darren Aronofsky nous raconte la Vie, la Création à plusieurs niveaux. Mother! ravira les cinéphiles ayant comme plaisir secret d’analyser à outrance le sens profond des films.

Un couple vit paisiblement dans une maison retirée de toutes civilisations. L’arrivée d’un mystérieux médecin (Ed Harris) dans leur maison, va bouleverser leurs vies.

Il est important de vous prévenir que le synopsis est d’une imprécision phénoménale : il dit toutes les possibilités de narration et son contraire. Sur le plan formel, Darren Aronofsky semble avoir réussi son pari en respectant un cahier des charges exemplaire. Notamment en créant un mystère autour du film, entre autres avec un teaser qui ne dit pas grand-chose. Après visionnage, c’est un choix qui s’avère judicieux tant il était nécessaire de jouer la carte du secret, surtout avec des acteurs aussi populaires : Jennifer Lawrence et Javier Bardem. Sur le plan des thèmes abordés, c’est un peu toujours la même histoire avec Aronofsky : il aime jouer avec les indices, s’amuse avec le spectateur en créant un mystère, y compris avec le point d’exclamation de Mother!.

Sur ce plan là, on peut dire qu’il est de retour, après le modeste Noé, il y a trois ans. Mother! est une œuvre plus personnelle, et évite le gigantisme de son prédécesseur. Darren Aronofsky est principalement connu pour faire des films sur l’obsession, notamment Requiem For a Dream et Black Swan, le réalisateur nous délivre aussi des pépites d’inventivités tels que Pi, The Fountain et The Wrestler. Avec Mother!, il franchit un cap à la fois esthétique, narratif et formel en proposant une variation très personnelle sur des thèmes métaphysiques (la Création, la Nature, la Mort…). Le résultat en déroutera plus d’un, mais il n’en demeure pas moins qu’avec ce film, Darren Aronofsky se retrouve à frayer des chemins rarement pratiqués et côtoie à ce titre les plus grands : de Stanley Kubrick à Andreï Tarkovski.

Rentrons dans le vif du sujet, que peut-on dire du contenu ? C’est une très bonne surprise de la part d’un réalisateur qui a aussi pour réputation de faire un cinéma tape-à-l’œil. Sans être un chef d’œuvre, Mother! est intelligent et fascinant. Sans trop vous en dévoiler, Aronofsky utilise le huis clos avec inspiration. Il nous le démontre avec force par une mise en scène élégante et pleine de sens. Le personnage de Jennifer Lawrence est le fil narratif, le pivot du film. Une performance pour l’actrice, qui livre ici sa meilleure interprétation. Javier Bardem n’est pas en reste, en jouant avec précision un personnage qui a le don de nous énerver.

Le film est minutieux, polyphonique et propose une aventure personnelle. Innovant et étrange, le réalisateur allie mise en scène et casse-tête scénaristique. Comme disait le réalisateur, ce n’est pas un film sur sa mère, ni sur la nôtre, mais sur Mère nature. Rien est évident, chaque scène est à peser, analyser et interpréter. A la façon d’un mécanisme bien huilé, tout peut faire figure d’indice.

Mother! est un film qui épuise, qui pousse le spectateur dans ses derniers retranchements. Est-ce pour autant un chef d’œuvre ? Pas vraiment, mais la finesse des niveaux de lecture nous convainc qu’il aura droit à son exégèse.

Pancake

About Pancake

Jeune scénariste, étudiant à Paris-Sorbonne et éventuellement critique de film

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