Logan Lucky
Note de la rédaction :

On attendait de pied ferme le dernier Soderbergh après sa retraite officielle il y a quelques années. Son dernier film pour le cinéma, c’était Side Effects en 2013, qui était vraiment faiblard.

Logan Lucky, Botzky un peu moins

Le plot : deux frères un peu losers et estropiés sur les bords montent un braquage lors d’une course de NASCAR.

On s’était dit, s’il s’est remotivé,  c’est qu’il va nous pondre un truc exceptionnel… et là, premières réserves : le trailer convenu et les premières critiques du film faisant des rapprochements à l’univers des Frères Coens. On pouvait déjà craindre le pire.

Et le pire arrive toujours quand on l’attend, à la différence de l’amour, ce chien de l’enfer comme disait Bukoswki, qui savait de quoi il parlait (des fois) : on a une photographie très léchée, une réalisation très pro, très chouette, mais zéro originalité, ou plutôt, une fausse originalité. On a un film qui rappelera Raising Arizona pour le côté Amérique profonde, les films de Burt Reynolds des seventies pour le côté ploucs et les grosses bagnoles, les films de Tarantino et Ritchie pour le côté ellipse et dialogues cools.

On a une équipe de pieds nickelés hors la loi mais sympas déjà vue mille fois, un braquage peaufiné aux petits oignons déjà vu un million de fois depuis environ The Killing de Kubrick, qui date tout de même de 1956.

Pour les acteurs, on a Channing Tatum, qui a fait son dépucelage d’ « acteur de Blockbusters qui peut jouer des rôles indés et à contrepied » depuis les Huit Salopards,  on a Adam Driver, que l’on voit partout en ce moment, on lui colle un accent de plouc pataud lourdaud qui est pas crédible du tout, et puis on a Daniel Craig en tôlard tatoué et bourrin mais surdoué des maths  parce que c’est totalement décalé et du coup totalement cool, et on a une bande originale, là encore mélange des tous les trucs cités plus haut, et du coup plus originale du tout.

Ce qui est formidable et d’une honnêteté désarmante, est que tout cela est résumé, illustré dans une scène se déroulant dans les vingt premières minutes du film : le héros a collé une To Do List sur son frigo pour réaliser le braquage parfait et ne rien oublier. Génial, car c’est la métaphore exacte de ce que nous propose Soderbergh : le film de braquage comique teinté d’une légère nuance de  mélancolie (parce que sinon ça fait trop bouffon superficiel). A la fin, tout est coché, le cahier des charges est respecté, et le spectateur sent qu’il s’est fait discrètement enfler, mais tout en douceur avec promesses de plaisirs charnels chuchotés dans le creux de l’oreille.

Le degré zéro de l’originalité, donc

On attendrait limite un faux-pas, une grossière connerie, du grand n’importe-quoi, ne serait-ce que pour nous surprendre. Que tchi. Comme une parfaite mécanique bien huilée, le film se déroule, sans ennui ni temps mort, mais au terme de celui-ci, on se rend compte qu’il nous a laissé de marbre, que l’on aurait aussi bien pu faire un workshop de sculpture de pommes de terre, que c’était un joli exercice de style tout beau tout propre et parfaitement inutile.

Attention, ne nous méprenons pas, c’est beaucoup moins relou que toutes ces conneries de blockbusters qu’on nous sert et nous ressert jusqu’à l’indigestion fatale et logique, et je m’en suis tapé ces derniers temps, spectateur fainéant du bulbe que je suis parfois, du dernier Wonder Woman à Alien : Covenant en passant Spider Man Homecoming (le moins pire de la bande) et la Planète des Singes : Suprématie. Mais comme eux, c’est un objet cinématographique qui sert à rien.  On n’a pas une seconde un peu d’empathie pour des personnages qu’on a déjà vus et revus, si l’on est amateur de ce genre cinématographique.

C’est fort dommage, mais en  même temps, soyons un peu honnêtes  et replongeons-nous dans l’univers de Soderbergh : Out of Sight, la série des Ocean’s, son remake de Solaris et aussi, au risque de me faire des ennemis (bande d’envieux de mon corps d’albâtre !) Traffic ou Erin Brokovich. Franchement. C’est-y pas un peu surévalué ? C’est-y pas un tantinet autosuffisant et sans beaucoup d’âme ?

Je suis tombé dernièrement sur un film indé, Happy Hunting – un flic alcoolique qui se retrouve gibier d’une chasse à l’homme dans un bled de ploucs à la frontière du Mexique –  que je conseille vivement (coréalisé par le fils de Mel Gibson) et qui m’a rappelé mes émois adolescents. C’est certes con parfois, certes bourré de défauts, mais on y ressent une certaine honnêteté, une patate, une énergie, un désir de nous surprendre. De nous fournir, malgré les clichés obligés, malgré ce fameux cahier des charges du film indé, un produit bancal mais original. Un peu de nouveauté. Moins de budget, plus de tripes, des émotions quoi ! Faites nous vibrer ! Sinon c’est pas du bon cinéma, selon moi. Assez de ce recyclage vain et imbu qui va se délabrant lamentablement sous nos regards lourds de reproches. 

En conclusion, Steven (toi et l’autre montagne, tiens), s’il te plaît, prends ta retraite, tu l’as bien mérité, place aux jeunes en quelque sorte !

Botzky

About Botzky

Obsessionnel compulsif, polytoxicomane, polygame, polyglotte et professionnel de Pole-Dance, Botzky n’a pas une mais mille opinions selon le taux de salinité des saisons. Grâce à Doc Ciné, il peut enfin partager le point de vue schizophrène qu’il porte sur sa maîtresse préférée, Miss 7ème Art, et s’en pourlèche les babines avec un plaisir sanguin à rayures ingénues et perverse.

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