Lire le cinéma volume 2 : de Nanarland à Friedkin

By 30 janvier 2017 novembre 28th, 2017 Quoi de neuf doc ?
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Lire le cinéma volume 2. Après la sélection d’Etienne qui parvenait en quelques lignes à nous donner envie de lire tantôt un essai de Walter Benjamin, tantôt une autobiographie intimiste de Jean Renoir, tantôt carrément un monument de la philosophie (post)moderne de Gilles Deleuze, voici le volume 2, certes plus terre à terre mais vous ne m’en voudrez pas car vous commencez à me connaître !

Après avoir lu tous ces ouvrages, vous ferez certainement le même constat que moi : les cinéastes sont comme nous, parfois visionnaires, souvent passionnés, mais toujours fragiles.

La fabrique du cinéma Alexander Mackendrick

Le plus méthodique : La fabrique du cinéma d’Alexander Mackendrick

Est-ce que faire un film s’apprend ? Bien entendu. Et pourtant, la plupart des réalisateurs français de l’ancienne génération sont directement passés par la case réalisation en évitant soigneusement l’étape universitaire (ou par une école, parce qu’en France tout passe par une école…). Pour ne citer que les plus connus : Olivier Assayas a fait lettre moderne, Abdellatif Kechiche a débuté par le théâtre, Mathieu Amalric a fait hypokhâgne, Jacques Audiard fait lui aussi des études de lettres… Le vent est en train de tourner, mais il faut reconnaître que la France a un certain retard en la matière.

Pour tous les réalisateurs en herbe, l’ouvrage d’Alexander Mackendrick peut être un point de départ intéressant. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a forgé ses théories sur le terrain tout en ayant une forte capacité à conceptualiser son savoir empirique.

En effet, Alexander Mackendrick réalise des films importants. D’abord, des comédies flirtant avec les genres (polar, SF, drame…) en Angleterre comme Whisky à gogo ! (Whisky Galore !, 1949), L’Homme au complet blanc (The Man in the White Suit, 1951) et Tueurs de dames (The Ladykillers, 1955). Puis passe avec succès le test à Hollywood en dirigeant Le Grand Chantage (Sweet Smell of Success, 1957). Mais les années 60 lui seront fatales : l’Age d’or passe au bronze, l’ère des Studios touts puissants bat de l’aile et de jeunes loups aux dents longues prennent peu à peu le pouvoir.

Cela ne pose pas de réel problème Mackendrick. N’ayant aucune envie de nager à contrecourant toute sa vie, il décide d’abandonner la réalisation pour créer la chaire de cinéma à la prestigieuse California Institute of the Arts, école dans laquelle il enseignera jusqu’à sa mort en 1993.

Alexander Mackendrick maîtrisait si bien son art qu’il devient rapidement un modèle, voire un guide pour ses étudiants à travers des disciplines qu’il créera lui-même : la construction dramatique et la grammaire cinématographique. Le gros de son enseignement reposait sur l’appréhension des dispositifs narratifs et visuels qui ont été développés grâce à l’art de la mise en scène et améliorés continuellement durant la courte histoire du cinéma.

Pour lui, l’histoire est certes importante, mais pas plus que l’image, le jeu des acteurs, le montage et l’action.

En somme, apprenti réalisateur, grâce à Mackendrick, remettez l’église au centre du village et prenez le temps de réfléchir : chaque petit aspect de la réalisation passe irrémédiablement par là.

Hollywood Babylone

Le plus trash : Hollywood Babylone de Kenneth Anger

« Nous gagnions plus d’argent qu’il était possible d’en imaginer et n’avions aucune raison de croire que cela pouvait s’arrêter ».

Avec des extraits de conversations comme celle-ci et des phrases cultes comme « Lupe prépara sa dernière nuit sur terre avec la minutie d’un vieux flash-back allégorique signé DeMille », ce brûlot signé Kenneth Anger est non seulement indispensable mais tout simplement le plus génial livre qu’il m’ait été donné de lire sur les coulisses d’Hollywood. Tout en haut à côté de James Ellroy  et de Bret Easton Ellis. Hallucinant de justesse et surtout extrêmement bien écrit. En deux mots : gé-nial !

Conversation avec Sergio Leone

Le plus spaghettis : Conversation avec Sergio Leone de Noël Simsolo

Cette conversation a durée plus de quinze ans. Jamais ouvrage n’a réussi à percer le secret du génie de Sergio Leone comme cet ouvrage prenant la forme d’une longue conversation de près de 200 pages. On en apprend autant sur le caractère de Leone que sur sa manière de réaliser des films. L’originalité de cet ouvrage est la complicité des deux hommes qui se ressent à chaque page. L’auteur, restant à sa place, laisse volontiers Sergio Leone répondre en des dizaines de ligne à de simples questions comme « quel était le budget de Pour une poignée de dollars ? »

Résultat, Sergio Leone se confie comme jamais et balance même sur ses petits camarades, toujours avec certain sens de la répartie. Exemple : « Après avoir lu le scénario de Le Bon, la Brute et le Truand, (Clint Eastwood) m’a dit : « Dans le premier, j’étais seul. Dans le deuxième, nous étions deux. Ici, nous sommes trois. Si cela continue, dans le prochain, je serai accompagné de toute la cavalerie américaine ». En fait, Eastwood trouvait que le rôle de Tuco lui faisait de l’ombre… Autres infos étonnante, Leone avoue sans sourciller qu’il a tourné (beaucoup) de séquences de Mon nom est personne.

Nanarland volume 1 & 2

Le plus nanard compatible : Nanarland volume 1 & 2

« Infâme reliquat d’une expérimentation ratée dans les années 70, le spectre de la nuque longue plane sur la civilisation occidentale depuis lors, miroir inique de ses pires travers. »

C’est avec ce genre de sentences que l’on a découvert http://www.nanarland.com/ site web sympathique et le mieux documenté en France sur les nanards du monde entier.

Quand la note d’intention d’un projet de film suffit pour l’enfoncer, généralement les executives des sociétés de production du monde entier se contentent de hocher la tête et d’envoyer un bon coup de pied là où je pense (et souvent c’est dans la gueule https://www.youtube.com/watch?v=5Yj8YF-aa5A) à l’apprenti sorcier qui s’était rendu coupable de cet immondice.

Même Arte s’est amouraché de l’équipe de Nanarland en diffusant sur son site web 10 pastilles aussi bien montées que le Samurai Co. C’est dire !

Friedkin connection

Le plus passionnant : Friedkin connection de William Friedkin

Quand il s’agit de parler de soi, la médiocrité n’est pas de mise. Pour atteindre la postérité, rien de tel que d’écrire sa propre légende. Friedkin l’a bien compris et cet ouvrage passionnant à plus d’un titre et aussi le plus sûr moyen de comprendre la psyché d’un cinéaste.

Après plus de 600 pages bien écrites, vraisemblablement par Friedkin lui-même, vous en saurez plus sur la vie du réalisateur de French Connection, de L’Exorciste et To Live and Die in LA, mais le plus intéressant reste encore sa manière très directe d’évoquer sa carrière. Sans ambages, il ne mâche pas ses mots pour évoquer ses débuts à la TV, puis ses premiers documentaires à Chicago.

Ce n’est qu’à partir de la page 190 qu’on entre réellement dans le vif du sujet, c’est à dire le tournage de French Connection. Dès lors, c’est un véritable plaisir de cinéphile qui s’offre à nous : Friedkin nous livre avec un style pour le moins direct les coulisses du tournage. Ou plutôt, sa vision des coulisses du tournage. La nuance a son importance !

Un exemple ? Le choix du titre du film :

« (Les producteurs) s’ils savaient qu’ils étaient à la tête d’un empire en train de s’effondrer, ils n’en montraient rien. Pour eux, les films étaient des produits comme les autres. Ils avaient des graphiques, des sondages et des affiches-tests éparpillés partout dans la salle.

Jonas Rosenfeld (directeur de la branche marketing de la Fox) : les gars, on a fait des sondages et on pense qu’il faut changer le titre.

Johnny Friedkin (l’autre responsable du studio, aucun lien de parenté) : French Connection, ça ne dit rien à l’Américain moyen, rien du tout !

Jonas : En fait, les gens pensaient qu’il s’agissait soit d’un film étranger, soit d’un film porno ou bien d’une marque de préservatifs. On va se rétamer. Johnny, montre-leur ce qu’on a trouvé.

C’était une photo terne d’Hackman posant devant un groupe de flics en uniforme, son 38 spécial à la main. En bas de l’image était inscrit en grosses lettres noires : Popeye. »

Sans blague. Les pontes de la Fox avaient réellement l’intention d’appeler ce chef-d’oeuvre, Popeye !

Passionnante également est la description de la mise en production de L’Exorciste. D’après son propre récit, il se positionne à cette époque comme le fossoyeur d’Hollywood au profit de ses acteurs et, surtout, de son équipe technique qu’il vénère par dessus tout.

Le génie de cet ouvrage réside dans la capacité de Friedkin à nous livrer des milliers de détails techniques et référentiels sur la manière d’organiser la production d’un film, tout en nous proposant quelques secrets de mise en scène.

In-dis-pen-sa-ble !

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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