Qu’est-ce qui fait une série tv culte ? Partie 1

By 17 janvier 2015 mars 10th, 2017 Gros plan
série TV culte Mad Men

Aujourd’hui on en a tous conscience, les séries tv ont dépassé le champ qui leur était réservé jusqu’alors : celui du pur divertissement qu’on oublie aussitôt visionné.

Les showrunners des séries tv

Attention, loin de moi l’idée de minorer l’importance de séries plus anciennes. En vrac : La Quatrième Dimension, Le Prisonnier, Star Trek, Columbo, Docteur Who, Amicalement vôtre, Miami Vice, Code Quantum ont chacune à leur manière révolutionné le genre. Mais depuis disons une vingtaine d’année, les séries tv connaissent une reconnaissance sans commune mesure du grand public. Le genre télévisuel en vient même à concurrencer le cinéma dans son pré carré habituel : l’ambition auteuriste. Cette ambition se matérialise par la volonté de dérouler sur plusieurs saisons une narration complexe dans laquelle la plupart des personnages suivent une évolution dans le temps, le tout accompagné d’une vision artistique cohérente.

Ces deux points qui font l’identité d’une série sont contrôlés généralement aux États-Unis par une personne que l’on nomme le showrunner. Ce showrunner est à la fois le créateur de la série, son auteur principal et, dans la plupart des cas, son executive producer (en Europe, producteur délégué, c’est-à-dire celui qui gère concrètement les tournages et les budgets). Il a un rôle essentiel puisqu’il est le garant artistique et technique de l’identité de la série. Ce modèle anglo-saxons fait donc la part belle aux auteurs et, contrairement au cinéma où le réalisateur d’un long-métrage est le responsable de la production sur le plateau de tournage et le garant de la « réalisation » du scénario, dans celui-ci, le showrunner est le personnage clé d’une série. D’ailleurs, ce modèle tant à se développer en France où, pendant longtemps, ce rouage n’existait tout simplement pas dans les tournages et on fonctionnait un peu au cas par cas : soit le scénariste détenait le pouvoir soit, au contraire, on faisait appel à des tâcherons pour écrire les scénarios au kilomètre. Et, de toute façon, l’ambition n’était pas de réaliser des oeuvres pour la postérité (si l’on excepte bien sûr la rediffusion jusqu’à l’overdose des épisodes de Maigret, Navarro ou Julie Lescaut).

Le Prisonnier : un choc esthétique

Donc, le showrunner apporte une vision qui lui est propre et demeure la caution artistique d’une série. Mais il est aussi et surtout son principal moteur en tant que producteur exécutif. Encore une fois, des séries comme La Quatrième Dimension ou Le Prisonnier, pour évoquer les plus anciennes, ont été créées par des auteurs : Rod Sterling en est le plus fameux exemple. Il est le créateur de La Quatrième Dimension et écrira les scénarios de 92 épisodes sur un total de 156 ! Il en est surtout le narrateur principal et apparaîtra même dans le champ de la caméra à partir de la saison 2. Dans Le Prisonnier, la caution artistique de la série est représentée par Patrick McGoohan, le co-créateur et l’acteur principal de la série. Il écrit également les scénarios et réalise plusieurs épisodes de cette géniale série. L’un comme l’autre sont producteurs délégués de leur programme, donc on peut considérer qu’ils sont des exemples pertinents de ce dont nous allons parler plus loin : les showrunners modernes.

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Miami Vice et le génie de Michael Mann

Autre exemple, Miami Vice, plus connue sous le nom de Deux Flics à Miami en France. Cette série très marquée par les années 1980 est, à mon sens, l’une des véritables premières séries modernes. Son créateur, le génial Michael Mann, a tout mis en oeuvre pour créer un univers éminemment personnel dans une série qui se voulait réaliste. Contrairement au Prisonnier, à La Quatrième Dimension ou autres séries citées plus haut, Miami Vice se déroule dans un Miami d’aujourd’hui, avec des soucis d’aujourd’hui (le trafic de drogue, la mafia, les réseaux en tous genres…).

Le projet de la série aurait émergé lors d’un brainstorming au sein du network NBC. Un producteur aurait dit grosso-modo : « il nous faut une nouvelle série surfant sur la vague MTV » (la nouvelle chaîne de TV venait en effet de révolutionner la télévision en créant, en quelque sorte, l’identité visuelle des années 1980 faite d’images très colorées, léchées, « clipesques » et forcément musicales). Michael Mann est arrivé sur le projet quelques mois plus tard. Mais le génie de Michael Mann a été de percevoir la nécessité de penser cet espace pour le rendre télévisuel. Il a donc décidé de recréer un « Miami » qui est un Miami télévisuel dans lequel les flics roulent en Ferrari ou en Corvette, dans lequel ils portent des costumes Armani de couleur flashy et taillés sur mesure. Cet univers ostentatoire est crédible car ces flics sont sensés travailler en couverture au sein de la pègre de Miami.

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Évolutions artistiques & techniques

Mann apporte également son exigence technique : il impose par exemple le son stéréophonique (une première pour l’époque) et travail sur tous les moindres détails apparaissant à l’écran. Son goût pour l’esthétique de l’image et du son font, non seulement qu’il impose une certaine manière de filmer : ralentis, cadrages recherchés, jeux de lumière et de transparences, tonalité de couleurs, mise en valeur des décors et de l’architecture de Miami, allant de l’art déco au contemporain, mais aussi qu’il soigne le moindre costume, le moindre détail vestimentaire de tous les personnages apparaissant à l’écran. Ce goût du détail et son penchant pour l’esthétique feront mouche immédiatement et la série va littéralement imposer une mode vestimentaire durant les années 1980. La veste Armani colorée sur un t-shirt deviendra un classique de cette période. Tout comme les Ray-Ban Wayfarer. Les couleurs flashy, à l’image d’un Miami malfamé qui deviendra peu à peu bling bling au cours de cette période, s’imposeront naturellement : le rose, le bleu, le fuchsia, le vert pomme… En cela, Miami Vice est un témoignage historique incroyable sur la transformation en temps réel d’une ville dangereuse et déshéritée en un « paradis artificiel » aseptisé.

Tout ceci deviendra sa marque de fabrique que l’on retrouvera plus tard dans ses chefs d’oeuvres des années 1990-2000 : Heat, Révélation et Collatéral (nous en reparlerons dans un autre article).

Michael Mann n’est pas à proprement parler le créateur de la série mais il en est le créatif. Son apport est donc essentiel car sans lui la série Miami Vice n’aurait jamais été ce qu’elle est devenue. C’est sur ce point-là qu’il faut insister. Il révolutionne le métier de showrunner car il amène, en plus de ses idées d’écriture, son univers, sa créativité et sa vision qui permettent de faire d’une série tv lambda une oeuvre cohérente à l’identité affirmée.

À suivre…

Noodles

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