Les freres sisters
Note de la rédaction :

Premier film américain de Jacques Audiard, Les Frères Sisters reprend le genre du western pour livrer le récit de quêtes animées par des chimères : le pouvoir pour l’un, le repos et la famille pour l’autre, et même une société utopique pour les deux derniers personnages de ce quatuor. Critique.

Les Frères Sisters (interprétés par Joaquin phoenix et John C. Reilly), deux chasseurs de prime aux ordres du commodore (interprété par un Rutger Hauer qui passera une vingtaine de secondes à l’écran) partent à la poursuite d’un chasseur d’or aux méthodes chimiques nouvelles et d’un détective passé dans le camp de ce dernier.

À l’instar de la quasi-totalité des films du genre, c’est la morale qui va jouer un rôle prépondérant dans The Sisters Brothers, et décider de la destiné de ses personnages. La pondération sera récompensée, et la cupidité, punie. Ainsi le vice affronte la vertu dans cette fratrie que tout oppose, fractionnée entre violence et sagesse. Cette entité morale bicéphale se divise donc en suivant les topos bien établis du genre, et sans réellement les renouveler. Au delà de l’individu, et conformément à la philosophie transcendantaliste de Thoreau, largement partagée et diffusée par les westerns, c’est aussi la nature abondante et protectrice que l’on oppose à la civilisation, à l’image de ce San Fransisco qualifié par Charlie Sisters de Babylone – un paradis pour ce pécheur – lorsqu’il y pénètre.

En de nombreux points, le film étonne dès lors de par sa filiation avec un certain classicisme hollywoodien, contrairement au projet déclaré de Jacques Audiard, disant rechercher l’ambiance, le rythme, et le propos des westerns crépusculaires, « qui contiennent la critique de quelque chose – du genre lui-même peut être ». Le réalisateur livre pourtant ici, à l’image des derniers plans – hommage certain au monumental travelling arrière qui clôt La Prisonnière du désert – un western qualifiable sans aucun doute de classique, qui tout au long du rythme boiteux d’une intrigue qui peine à démarrer, aditionne les topos, et autres lieux-communs sans les subvertir ou ni-même les décaler.

À une réalisation moderne (celle des Peckinpah et autres Leone) se substitue une mise en scène peu expressive, et dont l’imagerie numérique cherche à retrouver, avec le directeur de la photographie Benoît Debie, l’éclat du Technicolor d’antan. Le film s’éloigne ainsi étrangement de ce que voulait à priori en faire Audiard, comme de ce que désirait également le romancier, Patrick Dewitt, qui déclarait vouloir dynamiter le western. Ici on recolle donc les morceaux plus qu’on ne les éparpille.

Le spectre de la déception plane sur un film qui manque d’ambition, qui ne se distingue pas du reste de la production du genre. Dernière revendication absente, le cynisme, sapé par la présence de la figure pleine de bonhommie de John C Reilly. Et c’est finalement là que The Sisters Brothers trouve sa singularité. Au crépuscule cède l’espoir et la joie, dans un final au flottement cotonneux qui est, lui, assez étranger au genre. Ce grand frère sans faille, un monolithe de vertu et de décence face à son frère auto-destructeur (et donc forcément bien interprété par Joaquin phoenix) apporte un décalage de bon aloi et éclaire un film qui porte en somme sur la fratrie :  The Sisters Brothers est en effet dédié au frère ainé de Jacques Audiard, décédé à l’âge de 25 ans. En s’appropriant ce scénario, le réalisateur ne cherche donc pas à refonder le genre, mais à explorer la fraternité, qui se lie dans le sang comme dans l’amitié.

  • Titre original : The Sisters Brothers
  • Réalisation : Jacques Audiard
  • Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain
  • Acteurs principaux :  John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed
  • Sociétés de production : Why Not Productions, Annapurna Pictures, Page 114 Productions
  • Pays d’origine : États-Unis, France
  • Genre : Western
  • Sortie : 19 septembre 2018
Delarge

About Delarge

J’aime rappeler l’héritage des trésors qui façonnent encore aujourd’hui le cinéma, et en amateur de contre-culture et de psychédélisme qui fleure bon les 60-70’s, je révère bien sûr particulièrement le Nouvel Hollywood, et tous ses rejetons.

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