Note de la rédaction :

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8 inconnus, parmi lesquels Daisy Domergue, que le chasseur de prime John Ruth « The Hangman » entend livrer à la Ville de Little Rock pour pendaison, se retrouvent coincé par le blizzard dans un relais de diligence. Critique.

Très attendu, Les 8 Salopards (The Hateful 8), le dernier film de Quentin Tarantino, ne s’en est pas moins attiré les foudres d’une partie de la critique.

Reprocher, comme l’ont fait certains, à Tarantino de signer un film bavard est pour le moins étonnant, tant les dialogues sont au cœur de son travail. Chez Tarantino, la parole ne précède pas l’action, elle est l’action et la clé de ses récits, et The Hateful 8, où elle participe d’une inéluctable explosion de violence, ne fait pas exception.

Cette dernière n’est en effet pas que physique, même si elle atteint dans ce domaine son paroxysme, mais également morale, les rapports entre les personnages étant marqué par l’âpreté de l’Amérique de la fin de 19ème siècle et les haines de la Guerre de Sécession.

Dès le premier plan, idéal et parfaitement accompagné par la musique d’Ennio Morricone, le réalisateur installe une atmosphère d’isolement et d’affrontement imminent. Elle est malheureusement en partie contrariée par une direction d’acteur amenant un jeu trop appuyé, seule une partie du casting, emportée par Samuel L. Jackson, parfait, tirant son épingle du jeu, et des dialogues plus brefs qu’à l’accoutumés, au rythme et à la progressivité moins propices à la montée en tension.

Il faut attendre le premier mort – et l’entracte, pour ceux d’entre nous qui, bien nés et êtres d’exception, auront eu la chance de bénéficier d’une projection en 70 mm – pour que le film, alors de nouveau tendu, retrouve dans l’expression de la sauvagerie une vigueur qui ne le quittera plus jusqu’à la fin. C’est d’ailleurs dans cette seconde partie que s’exprime le mieux le talent de réalisateur de Quentin Tarantino, pourtant présent tout au long du film.

Il reste un point à souligner et qui nous tient à coeur : ce long-métrage n’est évidemment pas un western. Ou plutôt, si on devait trouver des analogies avec un western, il faudrait moins regarder du côté de Sergio Leone que du côté d’Howard Hawks et plus particulièrement de l’un de ses classiques : Rio Bravo. En ce sens, le film nous rappelle le chemin parcouru par Tarantino depuis la sortie de son autre huis clos, Reservoir Dogs. Dans The Hateful 8, contrairement au premier long-métrage de Tarantino, les dialogues prennent une tournure plus dramatique et conscients d’eux-mêmes comme si l’auteur voulait mettre fin à un genre qu’il avait lui-même contribué à créer plus de 20 ans plus tôt : le film méta. Ici le discours est sombre, avec des fulgurances humoristiques certes, mais personne n’est dupe. L’enjeux est de taille : Tarantino se positionne clairement comme un auteur et assume. Le huis clos en est le terrain de jeu, comme si le roi des dialogues dans le cinéma moderne avait compris qu’il serait (aussi) jugé sur sa capacité à dépasser son savoir-faire habituel.

Comme un symbole, la porte devra être clouée violemment par les protagonistes à plusieurs reprises, comme si Tarantino voulait nous dire qu’il assumait sa volonté de court-circuiter les clichés du genre : non, cette fois-ci nous n’auront pas le droit aux grands espaces. Cette fois, le grand angle servira à visiter d’autres territoires : ceux des visages burinés par le temps et les coups de ses acteurs adorés.

S’il ne restera pas comme l’un des meilleurs films de son auteur, The Hateful 8 n’en reste pas moins bon et, contrairement à Django Unchained, devrait prendre de la saveur avec le temps.

Il ne nous fera malheureusement pas oublier qu’aujourd’hui la vie est une pute, David Bowie est toujours mort, et Zaz toujours vivante.

Fiche technique :

Titre original : The Hateful Eight
Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Acteurs principaux : Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demián Bichir
Sociétés de production : The Weinstein Company
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Western, thriller
Durée : 167 minutes
Sortie : 6 janvier 2015
15
note globale
Ghost Writer

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