Note de la rédaction :

Après d’immenses succès, voire, à vrai dire, des révolutions cinématographiques, entre le renouveau de l’horreur, avec Alien qui allait de paire avec la réinvention d’un futur usé que Blade Runner continue de mettre en image, Scott réalise Legend. Il accouche d’une oeuvre « formaliste », qui provoque le désintérêt des foules comme de la critique, mis à part certains journaux, comme le très regretté Starfix, qui avait déjà vu en Legend l’oeuvre culte qu’elle allait devenir. Si aujourd’hui, les geeks ont gagnés, pour le meilleur (Lord of the Rings) comme pour le pire (L’uniformisation des productions Marvel), les choses étaient bien différentes à l’époque, et le film de Scott n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait pourtant. Il est l’une des nombreuses créations torturés du réalisateur britannique, à laquelle on a retiré de nombreuses minutes, mais aussi sa bande origniale, passant de Goldsmith à Tangerine Dream, alors plus plaisant (malgré leur talent) à des oreilles adolescentes. C’est le marché vidéo, VHS d’abord, mais surtout DVD, qui sauvera le film, en offrant au public la réelle vision de Scott.

Legend est un film simple. C’est un retour aux origines, aux peur primales, aux concepts premiers, c’est un retour à la fable, aux contes pour enfants, à l’enchantement, à la terreur comme à l’émerveillement. C’est une histoire manichéenne, faite de gentils et de méchants, d’une résistance du bien contre les forces du mal. Ce n’est cependant pas un film simpliste, comme le relève Scott lors d’une interview justement donnée à Christophe Gans, alors journaliste chez Starfix. Legend est abreuvé de thèmes vieux comme le monde, l’amour, la rédemption, l’innocence et sa corruption (« We are all animals, my lady. Most are too afraid to see it. »), la complémentarité du mal et du bien (« What is light without dark ? What are you without me ? »).

Mais au delà, Legend est surtout une oeuvre plastique féérique, magique. Scott donne naissance à une évidence Technicolor, un univers absolument artificiel, purement cinématographique. C’est une autre réalité, exagérée, magnifié, Siegfridienne, des mots de Scott, voire préraphaélite (voir par exemple La mort d’Ophélie, de Millais). C’est un film qui doit provoquer l’émerveillement, devant le ralenti de la course des licornes, dans une forêt enchanteresse, devant la neige qui tombe dans une forêt obscure mâtinée d’un rose sanglant, devant la valse funèbre et perverse du double noire de la princesse. Legend transporte, berce. Les maquillages de Rob Bottin (An American Werewolf in London, The Thing, etc.) continuent de plonger dans ce vrai-faux, ce rêve de cinéma. Outre le fait que ces derniers fleurent bon la production cinématographique des années 80, l’un de ces âge d’or de la Fantasy (L’histoire sans fin, Excalibur, Dark Crystal, etc), ils donnent à cet univers l’épaisseur du vrai, du concret, à travers ces gobelins, visqueux, suintants, mais surtout ce diable superbe, incarné par Tim Curry, qui n’aura jamais manqué de terrifier l’enfant qui se retrouve devant ce film.

Dans Legend, l’ombre creuse la lumière, les ténèbres dévorent la clarté, au coeur un pays fabuleux plongé dans une nuit qui se pourrait être éternelle. Scott crée un live action Disney, de son propre aveu, une  beauté enivrante, comme une peur viscérale (Il suffit de voir la réaction des enfants devant les projections de Blanche Neige en 1937). Legend n’est peut-être rien de plus qu’un conte, mais un conte qui fonctionne. À vrai dire, parler de fonctionnement lui retire sa force, sa force de maléfice, d’ensorcellement, d’envoutement, qui pour celui qui se laisse emmener, devient un retour aux mythes, à Tristan et Iseult que Scott voulait réaliser après Les Duellistes, un retour dans la forêt de Brocéliande, dans la forêt des Songes d’une nuit d’été, dans une forêt épaisse qui abrite nos rêves comme nos cauchemars.

Delarge

About Delarge

J’aime rappeler l’héritage des trésors qui façonnent encore aujourd’hui le cinéma, et en amateur de contre-culture et de psychédélisme qui fleure bon les 60-70’s, je révère bien sûr particulièrement le Nouvel Hollywood, et tous ses rejetons.

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