Note de la rédaction :

2019 débute et le cinéma populaire Français réuni déjà des millions de spectateurs autour de comédies plus ou moins inspirées. Plutôt silencieux, la promotion se compose de 3 trailers chiches en images, Le Chant du Loup émerge enfin. Premier film français de sous-marin, le projet suscite des attentes proportionnelles à son budget et à l’originalité de son sujet.

Humain avant tout

Le sous-genre du film de sous-marin reste associé majoritairement au cinéma américain. Souvent situé pendant la Seconde Guerre Mondiale, ces films peuvent se résumer aux aventures d’un équipage plein de bravoure, prêt à défendre la bannière étoile.

Fort heureusement, Le Chant du Loup esquive le patriotisme sale. L’angle choisi par Antonin Braudry, scénariste de Quai d’Orsay au cinéma et en BD, est plus humain. Sa première réalisation dresse le portrait du métier d’oreille d’or. Un officier à l’ouïe sur-développée en charge de détecter les sons alentours et prévenir des éventuelles menaces. Une approche humaine personnifiée par le soldat Chanteraide. Présent sur tout les plans du film, Chanteraide, surnommé Chaussette, n’est pas mis sur un piédestal. Il n’est pas un héros, ni un militaire gonflé à la testostérone mais une oreille, sensible, proche finalement d’un artiste. L’humanisme insufflé à Chanteraide se retrouve évidemment chez tous les personnages. Avec plus ou moins de réussite. Pour autant, le film n’est pas un spot publicitaire pour la marine nationale.

Cette sensibilité et ce réalisme se retrouvent aussi dans l’élaboration des scènes d’actions. Le crescendo dramatique grimpe avec beaucoup de maîtrise. Les dialogues et les différentes phases de la mission permettent de présenter la mentalité des ces hommes. Chaque choix, chaque action ont des incidences et des enjeux qui peuvent coûter la vie. Plutôt que d’y aller frontalement, Baudry construit un montage parallèle qui tient en haleine.

Ainsi le film alterne entre intérieur et extérieur du sous-marin. Plaçant son spectateur dans les mêmes conditions que ses personnages, la mécanique est très bien huilé pour nous permettre d’apprécier les possibilités cinématographiques du sous-marin. A la fois à l’écrit et à l’image. Qui vient contraster avec des phases au sol très rouillées.

La tête hors de l’eau

Si la solitude semble être très présente, rien à l’image ne montre leur changement de comportement. Si ce retour à la vie normale pourrait être l’objet d’un autre film tant il mérite d’être creusé, le scénario s’empêtre dans quelques poncifs maladroits. Une construction légèrement archaïque à laquelle viennent s’ajouter quelques personnages et moments fonctionnels. Une pause plutôt longuette qui exacerbe l’aspect de césure voulu initialement. La vie des personnages est entre parenthèse, mais également le dispositif filmique. Un temps plutôt lent, qui permet lors de certaines séquences d’aborder le don de Chanteraide dans la vie quotidienne.

Si l’écriture est très artificielle, visuellement quelques idées instillent l’idée d’une grande sensibilité au personnage. Cela se traduit par des touches de couleurs qui dénotent de la palette militaire. Du jaune, du vert fluo, du orange. Des éléments synesthésiques traduisant le caractère du personnage. Une manière donc d’amplifier et de symboliser les oreilles parfaites du personnage.

Technicien(s)

Tout comme dans le cinéma de Brian DePalma, le héros est un personnage technicien. Son don sert d’écrin minutieux à une spécificité du médium audiovisuel. Brillant, le sound design est la plus grande réussite du film. La spatialisation, la distance et toutes les subtilités de l’écoute sont retransmises avec justesse. Mixé au Skywalker Ranch, le film bénéficie d’un soin technique rarement vu dans le cinéma français. Tous les sons utilisés sont le fruit d’un travail de recherche d’une extrême précision. Donnant une très grande crédibilité au film.

Cette crédibilité, elle provient d’un facteur indispensable dans ce genre de production. La foi de son casting envers le projet. Ils croient tous en ce qu’ils jouent. Premièrement car l’escouade principale est une réunion des meilleurs acteurs Français actuels. Le casting s’étend sur un spectre allant des figures de mentor (Mathieu Kassovitz) aux confirmés (Omar Sy et Reda Kateb) jusqu’au petit nouveau. François Civil prouve d’ailleurs une nouvelle fois qu’il est un des comédiens les plus prometteurs du cinéma Français. A la fois drôle, touchant et plein de fougue.

Tous sont au service d’un projet unique dans le cinéma hexagonal. Cette confiance peut s’expliquer par un dénominateur commun entre les têtes d’affiches : Chacun a eu une expérience dans une production américaine. Ce segment de leurs carrières nourri leurs jeux dans Le Chant Du Loup. Pourtant, ils ne jouent pas aux acteurs américains. Ils ne singent pas les gimmicks et les tics de jeu. C’est dans l’incarnation et le sérieux qu’ils donnent à gérer les différents conflits du film.

Ces interprétations sont ainsi retranscrites par une mise en scène étudié et extrêmement lisible. La caméra ne suggère pas la claustrophobie du sous-marin. L’aspect exiguë de l’engin est parfaitement représenté. A l’image, Antonin Baudry a traduit ça par une mise en scène minimaliste mais pas pauvre. La profondeur de champ est mise à l’honneur. Les couloirs paraissent interminables et extrêmement fins. Les personnages sont en contact en permanence. La réalisation limite aussi ses déplacements dans l’espace. A bord, ce sont des mouvements panoramiques qui sont privilégiés. Suggérant l’incapacité à se mouvoir correctement dans la salle des commandes.

Enfin, la réalisation se focalise à différents stades du récit sur une led rouge. Que ce soit un sonar, un pointeur laser ou un indicateur de saturation. Transcription visuelle du son, cet élément ajoute une superstition et une source d’angoisse pour l’équipage. Cette impulsion subtile fonctionne à merveille pour symboliser le danger et les enjeux qui reposent sur les épaules de tous ces officiers.

Le Chant Du Loup est un pari réussi. Nourri par un savoir-faire américain, le film ne s’embourbe pas dans la copie carbone. Il se démarque par une identité forte, fruit d’un casting impérial et d’une technique luxueuse. Malgré un ventre mou ronflant et procédurier, Le Chant Du Loup est un thriller grandiose.

Keyser Swayze

About Keyser Swayze

Biberonné à la Pop Culture. Je tente d'avoir une alimentation culturel saine et variée, généralement composée de films qui ne prennent pas leurs spectateurs pour des cons. Carpenter, Wright et Fincher sont mes maîtres.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :