Katie_Says_Goodbye_Affiche
Note de la rédaction :

Le festival américain de Deauville fait son bout de chemin, avec des productions qui ont déjà marqué quelques esprits. Dans le paysage du cinéma américain indépendant se cachent encore quelques pépites. L’une d’elles se nomme Katie Says Goodbye. C’est le premier film de Wayne Roberts, un réalisateur venant de la New York Tisch School of the arts, une école prestigieuse par ses anciens élèves tel Martin Scorsese, Spike Lee et Oliver Stone.

Il est important de s’intéresser aux débuts de ce jeune réalisateur, qui sera très probablement un futur Jeff Nichols (Mud, Loving…). Car Katie Says Goodbye n’est que le début d’une vaste entreprise. En effet, Wayne Robert souhaite créer un triptyque cinématographique : Avec Katie Says Goodbye, puis Richard Says Goodbye qui se centrera sur un personnage masculin joué par Johnny Depp, enfin un troisième volet qui rassemblera les acteurs des deux premiers films.

Katie vient d’un milieu pauvre du sud-ouest des Etats-Unis, elle rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Pour atteindre son but, elle travaille en tant que serveuse et se prostitue avec certains de ses clients. Un jour, elle fait la rencontre d’un mystérieux Bruno…
C’est une vie minuscule, celle de Katie, une jeune serveuse qui tente tant bien que mal de gagner de quoi vivre, pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère. Si on peut considérer que Katie Says Goodbye est une réussite, c’est en premier lieu grâce à son personnage principal, interprété par une actrice en très grande forme : Olivia Cooke.

Katie, Katie, ooh Katie, c’est un personnage qui a hanté son créateur. Le film s’attarde sur la naïveté et l’empathie constante que cette dernière éprouve à l’égard de son entourage, et plus précisément sa mère. Katie est un personnage rare, qui aurait tout pour énerver le spectateur avec son optimisme et sa naïveté.

L’écriture est bien menée, et nous évite une reproduction des malheurs de Sophie. Katie est un personnage insouciant, et ce, malgré les trahisons et les échecs sur son chemin. En plus de l’écriture, Olivia Cooke nous enchante, porte le film à elle seule et propose une collaboration sincère avec son partenaire de jeu Christopher Abbott qui interprète Bruno. Concernant son homologue masculin, il nous donne l’impression que la caractérisation du personnage est délaissée : le rôle de l’amoureux de Katie est une brute taciturne aux yeux doux, du déjà vu sans finesse. Un contraste apparaît alors entre les deux compositions. Le jeu de ce dernier n’est pas à déplorer, mais il se fait littéralement dévorer par l’énergie d’Olivia Cooke. A tel point que celle-ci dévoile davantage les défauts d’écriture des autres personnages.

Le scénariste et réalisateur Wayne Roberts , établit dans son film une discussion nécessaire sur le rapport entre l’amour et la sexualité. Ils sont vus différemment par Katie qui ne conçoit pas le sexe comme un moment d’attachement et de secrets, à cause de l’activité sexuelle détachée de sa mère. Elles vivent, sans une once d’intimité, à l’étroit dans un mobile home. Par conséquent, Katie convient assez rapidement que l’amour et le sexe ne sont pas intimement liés, que le sexe peut découler de l’amour, mais pas forcément l’inverse.

On interprète tout particulièrement la vision de Katie quand on assiste à sa rencontre avec Bruno. Cependant il faut comprendre qu’il s’agit ici du regard du personnage, ce n’est donc pas une réponse gnomique voulue par l’auteur. La mise en scène du réalisateur obtient une certaine efficacité, en présentant les activités de Katie sans jugement de valeur. Elle est vue comme un personnage poétique, puissant et valeureux. Elle traverse sa petite vie en affrontant des épreuves et en livrant un combat titanesque. On apprend qui elle est grâce à l’image poussiéreuse et lumineuse du chef opérateur et aux quelques discrets violons qui existent pendant les évènements importants de l’intrigue.

Olivia Cooke est une révélation. Si vous devez la découvrir, c’est bien dans le film Katie Says Goodbye. Une production sincère, organique et puissante qui laisse présager à Wayne Roberts un avenir radieux.

En compétition à Deauville, première diffusion : 07 Septembre 2017.
Sortie en salle le 18 avril 2018

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NOTE GLOBALE
Pancake

About Pancake

Jeune scénariste, étudiant à Paris-Sorbonne et éventuellement critique de film

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