Juste la fin du monde – Critique

By 22 septembre 2016 mars 12th, 2017 Critiques
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Note de la rédaction :

Juste la fin du monde de Xavier Dolan est un film très problématique. Désespérant de bons sentiments et compilant les dispositifs devenus une marque de fabrique, ce film aura le mérite d’illustrer ce qui ne fonctionne pas dans le cinéma du réalisateur québécois. Critique.

Le réalisateur de Laurence Anyways a casé ce long-métrage, sorti de nul part, entre deux chimères. D’abord, l’immense succès critique et public de Mommy (prix du jury à Cannes) et son fameux projet américain maintes fois annoncé et maintes fois différé. Il semblerait qu’il ait enfin entamé la production de ce film, ce qui nous évitera un nouveau brouillon de cinéma l’année prochaine.

Même si le cinéma de Xavier Dolan n’est pas notre tasse de thé, nous étions bienveillants à son égard. Pour son tempérament, pour sa virtuosité technique, moins pour ce qu’il avait à nous raconter. Hormis Laurence Anyways, qui demeure à ce jour sa plus belle réussite, le problème de ses précédents films s’avère décuplés ici. Le cinéma de Dolan repose essentiellement sur un système : une (bonne) idée étirée à l’envie transformant un court-métrage en un long. Le tout saupoudré d’effets plus ou moins subtiles permettant d’enrober la copie et d’en faire un objet consommable aussi bien par les festivals que par le grand-public.

Si Mommy avait le mérite de transmettre une énergie, certes candide, et quelques moments de bravoures, Juste la fin du monde replonge dans les travers habituels du réalisateur. Le pompiérisme s’avère plus que jamais désarmant de naïveté. Si bien que de la pièce de Jean-Luc Lagarce, il ne subsiste que quelques dialogues excellents dénaturés par une direction d’acteurs en totale contradiction avec les mots de l’auteur.

Une histoire simple

L’histoire est pour le moins classique : Louis (Gaspard Ulliel) revient voir sa famille après 12 ans d’absence afin d’annoncer sa mort prochaine et inévitable. Son retour bouleverse ses proches et génère des conflits.

On ne va pas se mentir, c’est du déjà vu. Des mots de Jean-Luc Lagarce qui devaient faire le sel de cette pièce, Dolan n’a gardé que la banalité des interactions.

Intérieurs désincarnés

Parlons du dispositif formel, car on ne voit que cela. Dès les premières minutes, Xavier Dolan nous impose sa présence par l’utilisation d’un diptyque ravageur : une voix off totalement désincarnée, celle de Gaspard Ulliel (plus absent t’es mort), et des gros-plans constants sur ses personnages.

Les décors qui auraient pu jouer un rôle intéressant dans cette histoire familiale sont, par l’utilisation non-raisonnée de ce dispositif, sacrifiés par Dolan. Ni le lieu, ni le temps ne semblent intéresser le réalisateur. Pourtant, il s’agit d’une histoire s’inscrivant dans une époque : Lagarce meurt du sida en 1995.

Où sommes-nous ? Les paysages et le décor que l’on entraperçoit ressemblent au Québec. À quelle époque se déroule l’action ? Visiblement au milieu des années 2000 : une chanson de O-Zone (la fameuse chanson ringarde que l’on retrouve désormais dans chaque film de Xavier Dolan) tout comme les téléphones portables nous le rappellent. Pourquoi ces choix ? Nous le sauront jamais.

Le résultat est contreproductif. Les personnages semblent totalement hors-sol, désincarnés et dépourvus de ce qui pourrait les inscrire dans leur histoire familiale que l’on imagine torturée.

Les enjeux ne sont jamais réellement posés puisque la famille de Louis n’est là que pour servir d’altérité aveugle à elle-même. Ne reste que l’attente d’un dénouement constamment artificiellement repoussé. Le spectateur pris en otage de ce système vain est au mieux amusé par le jeu outré des acteurs totalement en roue libre (Vincent Cassel méritant la palme du meilleur imitateur de Jean-Pierre Bacri), au pire exaspéré par tant d’attente. Le pire étant la scène du repas, sensée représenter une catharsis, qui au final s’apparente plutôt à une montagne accouchant d’une souris.

Car, autre point faible du film, en plus d’être dépourvus d’un passé à cause de l’absence de décors (les gros-plans étant l’alpha et l’omega de la mise en scène de Dolan dans ce film), les personnages sont privés de présent. En effet, les acteurs, déjà cantonnés à l’espace étriqué de la caméra, n’ont comme seule marge de manoeuvre que de jouer les archétypes pour le moins problématiques proposés par le metteur en scène.

La mère Absolutely Fabulous (Nathalie Baye nous rejoue Patsy Stone en plus vulgaire), le fils rustre et ronchon (Vincent Cassel nous rejoue Jean-Pierre Bacri en plus populo), la fille fragile et écorchée vive (Léa Seydoux nous rejoue Léa Seydoux en plus vulgaire), sans parler de l’anomalie totale : Marion Cotillard qui est d’emblée dans le pathos alors qu’elle devrait plutôt être dans la retenu.

En somme, Xavier Dolan, qui semble dépassé par la profondeur de la pièce, fait du Xavier Dolan. Incapable de dépasser ce qui semble être sa première intuition, à savoir filmer en gros-plan pour dépasser les limites du théâtre filmé, il s’enferme dans un système totalement hermétique. Oubliant au passage de traiter son sujet et laissant à la traîne ses personnages.

Encore une fois chez Dolan, sa mise en scène qui se résume bien souvent à trouver des concepts, des petites idées qu’il tourne en boucle, tombe à plat. Filmer en gros-plan pour illustrer le passage du théâtre au cinéma n’était pas une bonne idée. Par ailleurs, ce procédé qui est sensé symboliser l’étouffement des personnages et du lien familial (la lourdeur) n’en est que plus artificiel : au lieu de le montrer en l’imposant par des procédés artificiels, pourquoi ne pas le raconter par le biais de sa mise en scène ?

Enfin, lui qui est sensé tant aimer ses acteurs, pourquoi ne propose-t-il qu’une peu estimable revisite des meilleurs personnages du cinéma français de ces quelques dernières années ? A oublier.

6
NOTE GLOBALE
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