Jurassic World Fallen Kingdom de J.A. Bayona – Critique

By 6 juin 2018 Critiques
jurassic world fallen kingdom
Note de la rédaction :

Jurassic World Fallen Kingdom ou insuffler un supplément d’âme à une franchise abîmée par des échecs artistiques. Critique.

Sans vouloir détruire un mythe, Jurassic Park, premier du nom, est un deal accepté un peu à contre cœur par Steven Spielberg afin d’obtenir carte-blanche pour réaliser son film le plus personnel : La Liste de Schindler.

Surtout, Jurassic Park repose sur deux clés : des CGI renouvelant le genre et quelques idées de mise en scène qui feront date (on aura le droit à des « plans rétroviseurs » plus ou moins dispensables pendant plus de vingt ans).

Reste une question : comment faire de ce jalon du cinéma autre chose que ce qu’il est devenu, à savoir un prétexte pour produire un film à grand spectacle sans âme ?

Sans âme, car on sait depuis King Kong (1933) en passant par les merveilles créées par Ray Harryhausen (1920-2013), le génial animateur et créateur d’effets spéciaux visuels, que les dinosaures ont un pouvoir fantasmagorique immense. Moi-même, enfant, j’avais une obsession pour les dinosaures au point de passer mon temps à en dessiner au crayon et ce, bien avant la sortie de Jurassic Park (et oui, je suis vieux).

Rappelons qu’il n’a pas été nécessaire d’attendre Colin Trevorrow pour écorner la légende : Steven Spielberg a contribué à détruire ce mythe qu’il avait contribué à revivifier en commettant Le Monde Perdu, un film s’évertuant à réduire en cendres toute magie.

A toutes ces interrogations, nous avons obtenu un début de réponse lorsque fut révélé le nom du réalisateur de Jurassic World Fallen Kingdom : J.A. Bayona, un réalisateur talentueux et, surtout, sans doute l’un qui s’avère être le plus attaché à transmettre des émotions quitte à user d’artifices tires larmes. Ceux que d’aucuns appelleraient des trucs de mise en scène putassiers – grincheux (ou amnésiques) – n’ont pas compris que depuis Charlie Chaplin, Jean Vigo ou Marcel Carné, le cinéma consiste, justement, par le biais de ces mêmes subterfuges techniques qui ne sont jamais laissés au hasard à transmettre des émotions fortes.

Une franchise à 1 milliard

Il ne faisait aucun doute que la sortie en salle de Jurassic World en 2015 lançait un projet de nouvelle franchise. Le succès monstrueux de ce dernier (652 millions de dollars en Amérique du Nord soit le cinquième succès de tous les temps  – sans prendre en compte l’inflation, mais personne ne prend jamais en compte l’inflation…), faisait de cette nouvelle franchise un mastodonte sur lequel repose désormais des attentes énormes.

Comme on pouvait s’y attendre, Universal a pris les choses en main et de la meilleure des manières possible et ce, grâce à un plan en deux temps : se débarrasser du tâcheron Colin Trevorrow, responsable du premier opus, et confier la mise en scène de la suite à l’un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération, J.A. Bayona.

Avec plus d’un milliard de dollars de recette à travers le monde, inutile de préciser que les attentes d’Universal sont immenses. Ils n’ont donc pris aucun risque, ce qui signifie deux choses : les ingrédients qui ont fait le succès du premier opus allaient être confortés et deuxièmement, J.A. Bayona n’aurait en quelque sorte que son talent pour faire de ce projet autre chose qu’un film un peu idiot brossant dans le sens du poil le spectateur.

Donc bien entendu avant de pouvoir évoquer les aspects positifs de Fallen Kingdom commençons par ce qui fâche, à savoir les fondations bancales sur lesquelles repose cette suite.

Trois années se sont écoulées depuis les événements de Jurassic World, et les dinosaures ont été laissés à eux-mêmes sur Isla Nublar et cela ne semble avoir dérangé personne. Tout est bien qui finit bien.

Non bien sûr, un élément perturbateur déclenche une réaction en chaîne qui sied forcément à merveille à un film traitant de manipulation génétique et de darwinisme.

Ainsi, un volcan entre en irruption sur Nublar et menace d’éradiquer pour de bon (hum…) les dinosaures. Plutôt que de prendre cela comme un signe que ces créatures ne devraient définitivement pas exister, comme l’aurait fait Ian Malcolm (ou pas…) une expédition est montée en urgence par Benjamin Lockwood (héritier de projet et de barbe de John Hammond) pour organiser le sauvetage de plusieurs spécimens.

Voilà, le film est sur de bons rails me direz-vous ? Pas tant que cela… Contrairement à toutes attentes, Fallen Kingdom ne raconte pas un sauvetage tournant à la catastrophe : celui-ci est expédié fissa et tout comme le confort du spectateur.

Ceci étant, comme on pouvait s’y attendre, le scénario écrit par Colin Trevorrow et Derek Connolly (on ne change pas une équipe qui gagne des dollars) est sournois comme un dimanche sans soleil. Il y en aura un peu pour tout le monde : les amateurs d’action virile avec un Chris Pratt en roue libre, les féministes avec Bryce Dallas Howard, beaucoup plus dans l’action que dans le premier opus, et des sidekicks sympthiques pour détendre l’atmosphère.

Sur le plan thématique, rien de très nouveau : certains y trouveront une critique du capitalisme, ce qui est la moindre des choses puisque tous les blockbusters actuels s’évertuent à nous faire croire qu’ils proposent une critique du grand capital, les méchants étant tous devenus des hommes blancs en costumes trois pièces (dernièrement : Ready Player One, Solo…).

Hormis ce passage certainement devenu contractuel dans les blockbusters (et qui ne trompe personne), d’autres y verront une référence à L’Ile du Docteur Moreau ce qui est la moindre des choses car toute la saga, y compris le livre de Crichton repose sur cette influence écrasante. Spielberg l’a d’ailleurs surlignée en affligeant John Hammond d’un chapeau et d’un look ne laissant aucun doute là-dessus.

J.A. Bayona : le nouveau maverick

Evacuons l’histoire qui rebondit sans cesse entre des personnages archétypaux et des enjeux finalement assez prévisibles, jusqu’à un final ouvrant la porte à toutes les fenêtres, pour nous concentrer sur le (très) positif. On n’a de cesse de le répéter sur Doc Ciné mais c’est si rare qu’il ne faut pas bouder notre plaisir : J.A. Bayona est exceptionnel. Ce réalisateur respire littéralement le cinéma. Bien entendu, il accepte volontiers de jouer le jeu des Studios et ne rechigne pas à tomber dans le clin d’œil avec les nombreux plans rétroviseurs devenus la marque de fabrique de la licence. Mais quelle classe, quelle vision, quelle volonté de raccrocher constamment l’histoire à quelque chose qui la dépasse et la transcende !

On en doutait, pourtant J.A. Bayona s’avère être le cinéaste idéal pour éviter tous les pièges se trouvant dans le scénario linéaire de Fallen kingdom, tant certaines péripéties font écho à ses précédents films : The Impossible (l’irruption volcanique fonctionnant comme un miroir cataclysmique du tsunami, la première s’achevant d’ailleurs dans le même élément) et surtout L’Orphelinat (avec le décor totalement inattendu de la deuxième partie du film).

Mais bien plus que ces clins d’œil à sa filmographie encore en devenir, ce qui s’avère encore plus impressionnant dans Fallen Kingdom est la capacité de Bayona à s’inspirer tout en magnifiant les références les plus glorieuses du cinéma fantastique dans la première partie (King Kong et Le Monde perdu) puis du cinéma d’horreur dans le deuxième partie (Hitchcock et surtout le cinéma de la Hammer avec un climax rappelant Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher).

La puissance de la mise en scène de Bayona se savoure dès la séquence d’ouverture dans laquelle ce dernier joue comme jamais, depuis Spielberg, avec le danger invisible rendu palpable tantôt grâce au cadre ou au contraire grâce au hors-champ.

Mieux encore, Bayona parvient à donner un second souffle à certaines scènes d’anthologie en proposant des money shot dans la plus pure tradition du cinéma populaire : certains plans vous donneront à n’en pas douter des frissons de bonheur.

Bayona sait, enfin, utiliser toutes les possibilités que lui offrent ses décors par l’utilisation de la lumière et des ombres.  En s’appuyant constamment sur sa caméra virtuose et son sens du tempo, il parvient à créer une tension impressionnante. Ici pourtant point de jump scares : la mise en scène enveloppante ayant des visées autant esthétiques qu’informatives, cette dernière venant à la fois cartographier le décor et positionner les protagonistes sur celui-ci, ayant pour effet de rendre ces scènes situées dans le manoir réellement inoubliables.

Ne boudons pas notre Plaisir : Jurassic World Fallen kingdom est un film absolument incroyable. Rarement on avait vu un tel soin et une telle magnificence dans la mise en scène dans un film de cet acabit. A voir et à savourer impérativement dans de bonnes conditions.

Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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