J-ai perdu mon corps
Note de la rédaction :

J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin se penche sur les péripéties mouvementées d’un petit être qui s’efforce par tous les moyens de retrouver une part de lui-même. Tout ceci s’entendant au sens propre du terme. Vraiment, au sens propre. Puisque ce petit être n’est autre qu’une main qui s’échappe d’un centre hospitalier pour partir à la recherche du reste de son corps. En parallèle, on découvrira peu à peu son passé émouvant.

Le risque du high-concept est bien connu et la probabilité que la montagne accouche d’une souris est au moins aussi élevée que la perspective de se retrouver face à un film dont le pitch de départ ne parvient jamais à dépasser son dispositif initial.

Dans le cas présent, rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité. Tout d’abord, la mise en scène ambitieuse de Jérémy Clapin fait de la main le personnage principal de cette histoire en adoptant son point de vue à chaque fois que celle-ci apparaît à l’écran. Car, en plus, précisons que nous suivons, dans un montage alterné absolument étourdissant de savoir-faire, le parcours semé d’embuches de la main et le passé représenté sous forme de nombreux flashbacks de Naoufel jusqu’à cet événement tragique qui l’a vu « perdre » sa main.

Malgré la difficulté de faire vivre plusieurs temporalités et, surtout, plusieurs points de vue si éloignés, J’ai perdu mon corps est constamment à la hauteur de ses ambitions.

Adapter la mise en scène à ce postulat repose essentiellement sur des aspects techniques totalement maîtrisés : l’utilisation de gros plans et de « focales » faisant en sorte que le spectateur adopte le point de vue de la main et découvre en même temps que celle-ci cet univers prenant une tournure totalement différente et parfois effrayante à « hauteur de main », des effets sonores impressionnants faisant jusqu’à passer les cris d’un rat dans une dimension quasi horrifique et, bien sûr, une animation ambitieuse rendant palpable les transitions entre ces deux mondes.

Mais plus que cet exploit formel, l’émotion qui se dégage de cette histoire absolument bouleversante est tout simplement impressionnante. Nous savons depuis des lustres que l’animation est capable de donner corps à des concepts, même si ce niveau de maîtrise est rarement atteint, mais parvenir à une telle imbrication entre narration, temporalités et différents degrés de symbolique est tout simplement bluffant.

Une sensorialité désarmante

Le personnage de la main, symbolisant à bien des égards la mémoire du jeune Naoufel, devient au fil des péripéties le catalyseur de l’action mais surtout le poids du passé dont il faut au sens propre se détacher pour pouvoir définitivement tourner le dos à une vie qui n’a jusqu’alors pas épargné le jeune homme.

Si bien que la force se dégageant de ce récit (je vous laisse imaginer la scène fatidique de la perte de la main qui s’avère un pur moment de tension horrifique) surprend par la profondeur du propos universel qui s’en dégage. Le tout sans effort, mais avec une immense sensibilité et un regard poétique se déployant à la fois dans le choix des cadres et de la musique (magnifique) offrant des moments suspendus qui s’incrusteront pour un moment dans vos rétines et vos cœurs. Un film absolument bouleversant.

Résumé : A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches, et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

 

Date de sortie : 6 novembre 2019
Réalisateur : Jérémy Clapin
Producteur : Marc du Pontavice
Société de production : Xilam
Scénario : Jérémy Clapin, d’après Happy Hand de Guillaume Laurant

Noodles

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