Ingmar Bergman – LATERNA MAGICA

By 2 juin 2016 mars 10th, 2017 Gros plan
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Ingmar Bergman est un cinéaste incontournable, un génie avec qui on a appris ses premiers mots de suédois, un metteur en scène qui peut mettre mal à l’aise, un homme à femmes, un cinéaste dont on parle trop peu ici sur Doc Ciné, il était temps d’une petite séance de rattrapage. Tour d’horizon de la carrière du grand homme en 5 films clés et 5 périodes – un peu comme Picasso a eu les siennes. Magnéto Serge.

MONIKA (1953)

Ce sont les premières années, celles où Bergman se cherche, où il trouve une actrice et une femme (la belle Harriet Andersson, son premier divorce) et où s’installe, doucement mais sûrement un cinéma léché, que l’on n’appelle pas encore d’auteur mais qui en a le goût et l’odeur. La photographie de ses films est remarquée, signée Gunnar Fischer qui le suivra pendant près de dix ans, Bergman s’entoure déjà des meilleurs, et ses deux films, sortis au début des années 1950, « Jeux d’été » en 1951 puis « Monika » deux ans plus tard, marquent les premiers coups d’éclat du réalisateur. Ces deux films baignent dans une lumière d’été d’une clarté aveuglante mais au fond noir et pessimiste comme peu de drames de l’époque. La mort, la trahison rôdent, pas de repos pour les braves, et derrière la beauté des paysages la cruauté des hommes et parfois du destin. « Monika » en particulier reste comme une date majeure dans son œuvre et dans le coeur des cinéphiles, tant on fait encore aujourd’hui référence au regard-caméra d’Harriet Andersson trahissant son amant et regardant droit dans les yeux du spectateur nous rendant comme complice ou témoin de son affront.

LES COMMUNIANTS (1963)

La décennie suivante, pour caricaturer un peu, est consacrée à la religion. Pas exclusivement bien sûr puisque Bergman réalise aussi « Les fraises sauvages » un de ses chefs d’oeuvres – il gagne à Berlin son premier grand prix, mais du « Septième sceau » (1955) aux « Communiants », la question de la foi revient constamment, plutôt pour la maltraiter, la remettre en perspective, l’interroger, la critiquer. Par ailleurs, le succès aidant, Bergman trouve son rythme de travail et se voit offrir de nouvelles opportunités : il travaille à de nouveaux films au printemps et en été et met en scène pour le théâtre en automne et hiver (il a en réalité, on l’oublie parfois, débuté par le théâtre et est venu ensuite au cinéma). « Les communiants », revenons-y est une important puisqu’il y règle ses comptes assez durement et pour la première fois avec Dieu, oui, mais surtout avec son père pasteur (que l’on reverra bien entendu dans « Fanny & Alexandre »). Le film n’est pas spectaculaire mais il cristallise un certain nombre d’enjeux de cette période souvent autobiographique. Noirceur et feu intérieur. En 1963, Bergman devient directeur du théâtre royal de Stockholm.

PERSONA (1966)

Bergman rentre dans une phase de transition géniale où il expérimente beaucoup. Il le fait tout au long de sa carrière, relance constamment les dés, mais « Persona » en est le symbole le plus frappant. Ce sont les années où il rencontre la norvégienne Liv Ullmann (futur mère de sa fille Lin) et celles où il s’éprend de Fårö, l’île de ses films. L’île du « Sacrifice » de Tarkovski. Dans « Passion » il convoque ses acteurs pour des interviews face caméra qui ponctuent le film. Dans « Le silence » il perfectionne sa technique autour des visages, qu’il filme en très gros plan, comme personne avant lui. « La honte » est un film de guerre sans arme où la guerre est hors champ, presque fantasmée. Enfin « L’heure du loup » un film d’horreur ! Sur la folie d’un homme qui sombre, sur l’isolement et ses dangers. La santé du maître se dégrade. Sa vie privée se complique aussi. Mais les années 1960 sont d’une productivité et d’une richesse hors norme.

CRIS ET CHUCHOTEMENTS (1972)

Pourquoi « Cris et chuchotements » ? Parce qu’il marque le passage quasi systématique et somptueux de Bergman à la couleur. Il y en a eu d’autres avant, il y en aura encore beaucoup, mais aucun ne supporte la comparaison avec les arbres orange en automne et les fondus au rouge de ce film de chambre sur l’agonie. La couleur est encore célébrée avec brio dans son adaptation de « la flûte enchantée ». Sven Nykvist est chef opérateur sur ces deux pièces de choix. Encore une fois Bergman se réinvente, jamais à cours d’idées, jamais essoufflé par son propre rythme créatif effréné. Son cinéma de l’intime et du férocement vrai s’oriente toujours davantage vers le film de chambre comme le vénéneux « Sonate d’automne », son dernier très grand film pour le grand écran.

SARABANDE (2003)

Bergman dernière période, c’est comme pour Rossellini l’histoire d’un génie qui travaille pour la télévision. « Scènes de la vie conjugale », peut-être mon préféré d’entre tous. « De la vie des marionnettes » pour la télé allemande où il alterne couleur et noir et blanc. « Fanny & Alexandre », fresque familiale grandiose et littéraire, le plus cher de toute sa filmographie. « Sarabande » enfin, à 85 ans, film somme en forme de testament, morceau de bravoure de mise en scène. Bergman meurt 30 juillet 2007 sur son île, jour de la mort d’Antonioni. Il laisse un trou béant dans l’industrie suédoise et une empreinte unique dans l’histoire du cinéma, et ce n’est pas Woody Allen qui vous dira le contraire.

Étienne

About Étienne

Né en 1982, journaliste de formation. Je vis à l'étranger depuis 2008. J'ai travaillé pour 5 magazines et 2 émissions de télévision. Je cherche obstinément un cinéma à la marge, qui aurait un langage propre. Le cinéma expérimental et l'art contemporain m'attirent particulièrement.

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