Horreur – Un rituel traditionnel

By 6 octobre 2017 Gros plan
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Note de la rédaction :

Le cinéma d’horreur grand public subit une mutation à grande échelle. L’été 2017 a vu le sacre au box office de la nouvelle itération de Ça. Adaptation du roman de Stephen King remaniée à la sauce Amblin et par conséquent adoucie de tous ses éléments les plus terrifiants. En face, on a vu l’échec cuisant de La Momie. Tentative de création d’un cinematic universe monstrueux mettant en avant le bestiaire classique de la Universal. En périphérie Blumhouse a annoncé la création d’un Conjuring universe regroupant toutes les créatures découvertes dans les films de James Wan. Un cinéma fantastique à plusieurs facettes donc, où le slasher est relayé quelques rangées en arrière. Pourtant une partie du public reste attachée à cette tranche de l’horreur qui a connu son âge d’or dans les années 80-90. Et c’est pourquoi certains mythes horrifiques subsistent encore de nos jours, d’une bien étrange manière.

Talkin’ bout my generation

Pour la génération actuelle, la poupée tueuse ultime se cristallise sous les traits d’Annabelle, pour une autre c’est le brave gars Chucky qui porte ce titre. Tous deux ont fait leur retour en cette rentrée. Étonnamment, la poupée possédée par le tout aussi ensorcelé Brad Dourif n’a eu le droit qu’à une sortie en direct to video (DTV) pour sa 7ème aventure en date, Cult Of Chucky.  Ce fut déjà le cas pour son prédécesseur, l’agréable Curse of Chucky datant de 2013.

Ce choix de distribution pouvait être compréhensif, 9 ans après la dernière incursion de la poupée sur grand écran. Le fils de Chucky reçu un avis critique négatif au moment de sa sortie. Les principaux reproches furent un aspect technique frôlant l’amateurisme et une écriture vulgaire manquant d’inspiration. Ce qui entraîna un échec au box-office. Avec ce cuisant déclin d’intérêt, la saga n’était légitimement et pécuniairement plus en droit d’être distribuée au cinéma.

Ce Chucky nouveau se retrouve donc greffé d’un faible budget et des délais de production très serrés. En comparaison Annabelle 2 a coûté 10 millions de dollars de plus que Cult Of Chucky. Le film de Don Mancini a débuté son tournage en janvier 2017, le montage achevé en avril pour une sortie début Octobre. Une petite production qui trouve pourtant quelques moments de grâce.

Un mal pour un bien: Le Mal

Don Mancini, créateur de la saga, est un artisan du genre. Un faiseur ayant ça et là quelques fulgurances, notamment en terme d’ambiance. En effet, les 3 premiers Child’s Play bénéficiaient d’une atmosphère travaillée qui contribua amplement au statut culte de la saga.

Nappe visuel que l’on retrouve également dans les 2 derniers volets en date. Mais qui techniquement n’atteignent pas les attentes d’un film « de cinéma » . Une photographie beaucoup moins travaillée, un production design limité. Le faible budget se retrouve également dans les effets spéciaux. Les images de synthèse et les effets pratiques, notamment les marionnettes, trouvent vite leur apogée. Néanmoins, le combo Curse/Cult parvient à se redresser par un déferlement gore alors inédit dans la saga. Conséquence d’une sortie vidéo, le film ne subit pas l’impact économique d’une classification R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés). Il s’en donne donc à cœur joie dans le splatter. Universal, producteur et distributeur de la saga a donc remporté son pari. Perpétuer l’exploitation de la franchise à moindre coût avec un succès assuré.

Armée des ténèbres

Le bilan est très différent chez le Frères Weinstein. Dimension Films, la branche Horreur de Miramax, écoule également des productions fantastique en DTV. Hellraiser Revelations en 2011 suivi par Hellraiser Judgement cette année ont bénéficié d’une sortie en magasin et en VOD. Tout comme les Chucky, la raison invoquée se trouve dans un maigre budget. Ces deux épisodes issues de la franchise imaginée par Clive Barker peuvent au moins avoir le mérite d’être sortis. Pourtant, les métrages de nos réalisateurs expatriés chez les Weinstein n’ont pas le même traitement.

Leatherface, prequel sur les origines du tueur texan à la tronçonneuse, réalisé par le duo Julien Maury Alexandre Bustillo (Entre les murs, Livide…), a achevé son premier tournage en 2015. Avant de partir en reshoot en 2016. Le film a subit de nombreux remontages suite aux retours désastreux des projections tests. Pour finalement sortir en 2017 sur le territoire américain, avec une promotion inexistante, dans un premier temps en VOD puis dans un nombre limité de salles.

Pire encore, le Amityville Awakening de Franck Khalfoun (Maniac) . Annoncé sous le nom Amityville Horror : The Lost Tapes en 2013, sa sortie est programmée en janvier 2015. Il termine son tournage en portant le nom d’Amityville en 2014. Le film repart en tournage en février 2015, un mois après sa date de sortie initiale. A ce jour, le film a été repoussé 4 fois, a de nouveau changé de nom (Amityville Awakening) et n’apparaît désormais plus sur les plannings de sortie. Un film qui connaîtra une sortie en VOD, si il sort un jour. Aucune raison n’a été donné concernant cette mise sur le carreau.

Etrangement, cette malediction touche des franchises mythiques du cinéma d’horreur. Afin de gonfler le constat, on peut ajouter à la liste le navrant Phantasm: Ravager et également le sympathique Tremors 5 : Bloodlines.

Aux origines du culte

Toutes ces sagas  ont connu leur moment de gloire avec l’apparition des vidéo-clubs. Les spectateurs ont découvert ces personnages en VHS, bien installés dans leur canapé. Et c’est içi que réside la réponse à cette énigme. Les spectateurs attachés aux slashers d’antan forment une niche très réduite. Et bien souvent, ce public est également attaché au support physique comme il le fut lors de la découverte de ces figures mythiques en K7.

Avec objectivité, les scénaris de ces films appartiennent au passé. Leurs structures, enchaînement de tous les passages obligés ont désormais un goût banal. Le public connait les règles. Le visionnage de ces sequels, reboots, prequels, relève purement d’un sentiment de nostalgie. D’une époque où le visionnage d’un film était autre chose que le lancement d’un fichier en .MKV. Où il fallait sortir de chez soi pour sélectionner la cassette. Celle à la jaquette la plus outrancière ou le titre le plus racoleur. Retourner dans son chez soi, l’ôter de son fourreau et laisser le lecteur ingérer puis nous recracher le sordide contenu dans ces boîtiers plastiques. Un ensemble d’actes, de symboles et de codes qui forment un rituel. Un rituel qui avec l’apparition du numérique a fini par devenir désuet. Es-ce pour un mal ou un bien, là n’est pas le débat.

Leatherface, Chucky, Pinehead sont les derniers représentants d’une époque. Celle où leurs pérégrinations étaient synonymes de qualité en matière d’horreur. Des valeurs sûres où chacun en aurait pour son compte. Mais aujourd’hui, ils sont devenus les gardiens des souvenirs de millions de spectateurs. Les étendards de ces découvertes remplies d’effroi. Des emblèmes, agités par des financiers avides de se faire de maigres – mais toujours ça de pris – recettes sur les souvenirs de cinéphiles sous prétexte de prolonger un peu plus la vie de ces personnages. Une considération que chaque spectateur devrait avoir en tête, tant il parait odieux de participer à cette vaste tournée d’un marchand de glaces aux intentions plus que saugrenues.

Leatherface, Chucky, Pinehead resteront et doivent rester les émissaires de nos peurs primales. Des émotions fondamentales que les œuvres modernes ne sont que le simulacre.  

Keyser Swayze

About Keyser Swayze

Biberonné à la Pop Culture. Je tente d'avoir une alimentation culturel saine et variée, généralement composée de films qui ne prennent pas leurs spectateurs pour des cons. Carpenter, Wright et Fincher sont mes maîtres.

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