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Note de la rédaction :

Vu en avant-première par notre équipe au Festival Lumière (13 au 21 octobre 2018, Lyon) et à la Viennale (25 octobre – 8 novembre 2018, Vienne – Autriche).

Dans l’espace, personne ne vous entend crier. Par contre, dans la salle, on entend à peu près tout le monde soupirer devant le décevant « High Life ».
S’inscrivant dans une tradition de science-fiction de l’intériorité dont « Solaris » est probablement l’étoile filante jamais inégalée, Claire Denis tente avec « High Life » de donner à son cinéma une dimension supplémentaire. On la connaît, capable avec trois bouts de ficelles, quelques jeunes acteurs, de nous concocter un des meilleurs films français des années 1990 (le délicieux « US Go Home », tourné pour Arte en 1994), mais on a rarement vu Denis aux commandes d’une grosse machine avec casting international et tout le toutim.

Son style, proche des corps et de l’humain, produisant des effets puissants avec des moyens simples (« Trouble Every Day » en reste à ce jour le meilleur exemple), promettait d’exploser dans l’espace. Et dès le début on retrouve la touche de Claire Denis sans aucun doute : il y a une forme d’animalité qui traverse le film, l’envie de pousser son cinéma dans ses retranchements et la volonté d’aller au bout, de produire un objet radical qui dérange peut-être mais qui ne ressemble pas à son voisin.

Le résultat malheureusement n’a pas la force visionnaire d’un Kubrick, la profondeur de Tarkovski ou même l’humour de « The Martian » de Ridley Scott. « High Life » est magnifiquement éclairé et la bande d’acteurs est solide, mais le film ressemble à une belle coquille vide. Qu’y a-t-il derrière le mysticisme de façade ? La violence prévisible et complaisante ? Les 110 minutes d’attente ? Pas grand chose. De belles intentions. L’envie de filmer un orgasme cosmique ou la vie et la naissance comme Malick mais sans cette voix-off pesante.

Même les scènes les plus visuellement tranchantes ne laissent pas une impression aussi forte que le « Under the Skin » de Jonathan Glazer dont on se souvient encore des années après (on ne se souviendra pas de « High Life » d’ici la fin de l’année). Parce que la cuisine de la mère Denis ne prend pas cette fois, qu’on reste un peu à la porte de toutes ces émotions sur commande (le spectateur ne ressent rien, lui, même quand il sait qu’il devrait), de Binoche en sorcière sexy, de Pattinson qui écope en vain alors que le naufrage est inévitable.

Il y a bien des effets de lumières, une production impeccable (le film à été tourné en Pologne), surtout un design sonore remarquable avec encore une fois Tindersticks sur la bande originale, mais il n’est plus question de technique ici, tout le monde fait son travail. Le problème c’est à quel point le film ne trouve jamais son point d’équilibre pour nous emmener avec lui. Il y a ces films qui nous prennent par la main dès la première image et j’ai senti quasiment immédiatement que je ne rentrerai jamais dans « High Life » alors même que j’étais excité et motivé par le projet.

Je me souviens qu’on avait pas mal tapé sur son dernier film que je défendais volontiers, cette adaptation un peu bancale de Roland Barthes avec des failles mais qui proposait aussi une vraie singularité dans le paysage français. Là encore il y a la singularité, j’imagine que c’est la plus grande qualité du film, mais sa trajectoire me semble catastrophique (tout ça pour dire quoi ?, aurait-il fallu le monter autrement ? le problème vient-il de l’écriture des personnages ?).

Saluons au moins Claire Denis pour cela : relancer les dés à chaque film, combien de réalisateurs osent sincèrement risquer tout avec autant de panache ?

Réalisé par : Claire Denis
Écrit par : Claire Denis, Jean-Pol Fargeau
Musique et sound design : Stuart A. Staples
Image : Yorick Le Saux
Montage : Guy Lecorne

Casting :
Robert Pattinson : Monte
Juliette Binoche : Dibs
André Benjamin : Tcherny
Mia Goth : Boyse
Agata Buzek : Nansen
Lars Eidinger : Chandra
Claire Tran : Mink

Étienne

About Étienne

Né en 1982, journaliste de formation. Je vis à l'étranger depuis 2008. J'ai travaillé pour 5 magazines et 2 émissions de télévision. Je cherche obstinément un cinéma à la marge, qui aurait un langage propre. Le cinéma expérimental et l'art contemporain m'attirent particulièrement.

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