Guillermo Del Toro, le nécromancien des genres

By 31 octobre 2015 mars 10th, 2017 #Culte : les cinéastes, Gros plan

Alors que Crimson Peak a débarqué sur les écrans Français le 9 Octobre 2015 après un échec cuisant au box-office U.S, Guillermo Del Toro tient toujours une place importante dans le cœur de millions de cinéphiles du monde entier, grâce, entre-autres, à un univers visuel superbe. Cependant, le réalisateur mexicain ne souhaite pas seulement plaire à un public de niche. Il souhaite transmettre cet amour du « beau » cinéma au plus grand nombre.

Au regard de ses deux derniers films, la volonté de Guillermo Del Toro est de renouer avec un cinéma disparu. Un cinéma old-school dont on pourrait croire au premier abord qu’il est fait uniquement pour les vieux de la vieille. Par exemple dans Crimson Peak, l’auteur du Labyrinthe de Pan nous confronte à pléthore de clin d’œils, de citations visuelles et scénaristiques empruntées aux films de ce bon vieux Hitchcock mais aussi provenant de ceux de Terence Fisher, de la Hammer en générale et aux Gialli (thrillers horrifiques italiens apparus pendant les années 60-70).

La majorité des critiques ont vu en Crimson Peak, une déclaration d’amour au genre de la romance gothique mais ont reproché à Del Toro de ne pas assez s’affranchir de ses références pour livrer un film personnel, à la manière de son début de carrière avec des films tels que Cronos ou L’Echine du Diable. Les cinéphiles connaissent ces références et ces codes. Del Toro le sait très bien et en les citant, il veut faire plaisir à ce panel de cinéphiles qui attend qu’un réalisateur fasse enfin un film appartenant à ce genre en alliant la technologie d’aujourd’hui pour offrir une nouvelle référence en la matière.

Comme les fantômes du passé présents dans le film, les références reviennent à notre bon souvenir et permettent de créer une nouvelle mythologie. Mais pour pouvoir la créer, il faut en poser les fondations. C’est ce que Del Toro a voulut faire dans Crimson Peak, rendre accessible à un public extrêmement large toutes les clés de compréhension d’un genre, via ces références très classiques voire cliché pour les connaisseurs. Personnage profondément humaniste, Del Toro souhaite influencer les jeunes générations avec ses films comme lui a été influencé par les auteurs qu’il souhaite. Il sert de passerelle entre ces grands et petits films et la nouvelle génération. Comme le personnage interprété par Mia Wasikowska, Guillermo Del Toro tente de libérer des fantômes, comprenez ici les genres, laissés trop longtemps enfermés et tués par des industriels pervers et maniaques. Mais Crimson Peak n’est pas son coup d’essai en matière de méta histoire, ni même pour partager son amour pour le fantastique et la science-fiction de qualité avec le grand public.    

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En 2013, le réalisateur de la saga Hellboy avait réussi le pari insensé d’amener sur les écrans du monde entier, l’univers des Kaiju et des Mechas. Grâce à un brassage de références provenant de tous les continents, Del Toro est parvenu à créer une méta-histoire, tout comme dans Crimson Peak. Dans le film, les nations s’allient pour combattre les Kaijus, immenses monstres ultra destructeur comparable aux tentpoles (ces blockbusters qui coûtent encore plus chers! qu’un blockbuster basique). Ces combats, les humains les font grâce à des robots géants très stylisés et à forme humanoïde. Et au delà d’utiliser l’imagerie de la culture pop pour parler de l’extinction des films originaux, Del Toro parvient à écrire un film où l’humanité, grâce à sa volonté de faire face ensemble au problème, réussi à se créer une nouvelle religion grâce à ses avancées technologiques et son brassage culturel. Les immenses Jaeger sont comparables à des dieux ou des titans tous droits sortis des tableaux du peintre espagnol Francisco de Goya.  Le motivational speech de Idris Elba juste avant le 3ème acte témoigne de cette intention. En effet, le personage de Elba utilise un vocabulaire religieux en employant des mots tels que l’Apocalypse par exemple.

Guillermo Del Toro, grâce à l’appui de Legendary Pictures, parvient à nous livrer des films d’une qualité rarement vue au cinéma ces dernières années. Véritables anomalies cinématographiques au sein du système actuel. Crimson Peak et Pacific Rim sont des œuvres sincères et généreuses, témoignant de la volonté d’un artiste érudit à partager sa vision et ses références avec un public toujours plus large. Des films qui deviennent peu à peu de nouveaux piliers de la pop culture nourris par l’enthousiasme des fans aux quatres coins de la planète. Des œuvres qui inspirent et permettent l’émergence de nouveaux auteurs qui citeront certainement Guillermo Del Toro comme influence majeure.

Keyser Swayze

About Keyser Swayze

Biberonné à la Pop Culture. Je tente d'avoir une alimentation culturel saine et variée, généralement composée de films qui ne prennent pas leurs spectateurs pour des cons. Carpenter, Wright et Fincher sont mes maîtres.

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