Le Grand Jeu de Aaron Sorkin – Critique

By 3 janvier 2018 Critiques
le grand jeu
Note de la rédaction :

Aaron Sorkin a écrit ce qui constitue parmi les meilleurs scénarios de ces 10 derniers années : The Social Network de David Fincher et  Le Stratège (Moneyball) de Bennett Miller. Il est également le créateur et showrunner de 2 séries cultes : À la Maison-Blanche et  The Newsroom. Rien que pour cela, il a sans conteste un totem d’immunité aussi gros que celui de James Cameron. Alors quand il passe à la réalisation avec Le Grand Jeu, cette adaptation de l’autobiographie de Molly Bloom, on ne se fait pas trop de souci pour le scénario. Par contre, est-ce que Sorkin est parvenu à transformer l’essai ? Critique.

Molly Bloom (Jessica Chastain) est une jeune skieuse et ancien espoir olympique. Après une chute accidentelle, elle rate de peu les Jeux Olympiques et décide de s’offrir une année sabbatique à Los Angeles pour devenir serveuse de cocktails. Mais elle se retrouve peu à peu à la tête de tournois de poker de haut niveau internationaux, ce qui pousse notamment le FBI à enquêter sur elle…

Le plus incroyable dans cette histoire, c’est qu’elle est vraie. Tout comme dans The Social Network, Aaron Sorkin s’intéresse à une personnalité populaire à la fois intelligente et à la langue bien pendue. Et une nouvelle fois, c’est une vraie réussite : après avoir dépeint un Mark Zuckerberg au débit de mitraillette et à l’intelligence foudroyante et Peter Brand, l’assistant-génie en probabilité de Billy Beane, manager général des Oakland Athletics, Sorkin nous plonge dans la vie, en apparence un peu plus triviale de Molly Bloom, pour mieux déconstruire le mythe américain.

Soutenu par des dialogues si vifs et subtiles qu’ils sont parfois difficiles à suivre, Le Grand Jeu est avant tout un formidable portrait de femme. Cette Molly Bloom et son parcours incroyable sont passionnants à suivre. Après 2h20 de ping pong verbal souvent hilarant une question demeure : comment une jeune assistante a pu devenir en quelques années la reine du poker ?

Donc, avant d’en venir aux défauts du film, une évidence s’impose : si vous êtes un inconditionnel de la touche Aaron Sorkin, à savoir des personnages incroyablement intelligents échangeant des lignes de dialogues à couper le souffle, ce film est fait pour vous. En effet, débarrassé de ses habituels garde-fous (les metteurs en scène 😉 ), Sorkin lâche la bride et nous offre un spectacle euphorisant ou rien, ni personne ne semble maîtriser le flot de la narration, pour le meilleur et pour le pire…

Dans cet exercice flirtant avec la virtuosité, qui finira tout de même par tourner un peu à vide, Sorkin a trouvé en Jessica Chastain l’actrice idéale pour ce personnage à la fois haut en couleur et touchant. Tout comme dans Zero Dark Thirty, Jessica Chastain a tout pour rafler un nouvel Oscar : sa présence, sa subtilité, sa propension à capter l’objectif, c’est un sans faute.

En dépit de son comportement cynique et distancié, elle campe un personnage toujours à la limite : du bon goût, de la vérité, de la rupture.

Venons-en aux limites du film. Elles tiennent en une interrogation : mais pourquoi diable Sorkin a-t-il accepté de réaliser lui-même le film ? Quelle tristesse quand on imagine ce qu’aurait pu donner ce film dans les mains de David Fincher, J.C. Chandor ou Bennett Miller. La mise en scène de Sorkin est si prévisible qu’elle finit par plomber le rythme pourtant effréné de la narration. Difficile de discerner un point de vue dans cette succession de scènes ponctuées par le même montage très séquencé. Pire encore, le choix de narration entremêlant les souvenirs de Molly et le laps de temps entre son arrestation et son procès en devient vite lassant. Soudain, on se remémore Gone Girl qui maniait avec autrement plus de virtuosité les temps narratifs.

Si l’évolution de la relation entre Molly et son avocat (formidable Idris Elba) est finalement ce qu’il y a de plus passionnant dans ce film, il est regrettable que celui-ci s’achève sur une note un brin convenue. On se contentera de préciser que le personnage interprété par Kevin Costner peine à convaincre en père-psychiatre.

Il n’en demeure pas moins que Le Grand Jeu est un très bon film de scénariste et c’est loin d’être une tare. Tout bon film a besoin d’un bon scénario, ce terreau fertile que trop de metteurs en scène ont tendance à oublier de nos jours.

Noodles

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