Ghostland de Pascal Laugier – Critique

By 15 mars 2018 mars 17th, 2018 Critiques
Note de la rédaction :

De Pascal Laugier, on apprécie la constance – c’est une qualité, surtout lorsqu’il s’agit de creuser un sillon qui semble véritablement représenter quelque chose pour le réalisateur – et la fulgurance de ses intuitions. C’est pour cela qu’on avait hâte de découvrir Ghostland, Grand prix, Prix du public et Prix du jury SyFy au Festival de Gérardmer 2018. Critique.

Résumé :
Suite au décès de sa tante, Pauline (Mylène Farmer) et ses deux filles (Emilia Jones et Taylor Hickson) héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles…

Le cas de Ghostland est vraiment très intéressant. Les premières minutes nous plongent en terrain familier, pour ce qui s’apparente presque à un remake de Massacre à la tronçonneuse. Pourtant, Pascal Laugier emprunte subrepticement une autre voie, à rebours du célèbre film de Tobe Hooper. Non content d’abandonner la thématique de l’altérité et des freaks, il opte pour un huis-clos resserré autour de ses trois personnages principaux, une mère et ses deux filles adolescentes, coincées dans leur demeure isolée et, forcément, effrayante.

Le spectateur attentif reconnaîtra tous les codes du film d’horreur des années 80 où les décors baroques laissaient peu de doute quant à la nature du danger. Les poupées toutes plus horribles les unes que les autres ne feront que confirmer cette impression générale. Ainsi, tel un prestidigitateur de l’horreur, Pascal Laugier nous manipule une nouvelle fois : à mi-chemin entre Dolls de Stuart Gordon (1987) et les décors baroques déviants des meilleures productions de l’époque inspirées de Mario Bava et Dario Argento, il nous laisse entrevoir les contours d’un film qui n’aura jamais voix au chapitre.

Plus dérangeant, Laugier utilise avec la même boulimie les effets de style les plus éculés du cinéma horrifique des années 2000. Tout y passe pour le meilleur et surtout pour le pire jusqu’aux jumpscares les plus éculés. Et pourtant, encore une fois, c’est pour mieux tromper son monde que le réalisateur de Martyrs nous laisse pressentir que nous allons assister à un énième home invasion avec son lot de montagnes russes émotionnelles.

Si visuellement, la tenue des personnages ainsi que les décors pourront rappeler aux plus jeunes les films de James Wan et si les clichés véhiculés sciemment par le réalisateur pourraient se retrouver dans n’importe quelle production de seconde zone, la richesse thématique et la cohérence du propos n’en sont que plus impressionnantes.

Ce panachage référentiel prend la forme d’un ascenseur référentiel tant ces codes sont autant de fausses pistes servant à nous désorienter et, au final, beaucoup plus effrayant que le plus scary des jumpscares.

A contrario, si l’horreur est bien présente, c’est pour mieux la comprendre – avec les personnages et non contre ou malgré eux –, si la tension narrative est au cœur du récit, c’est pour mieux la questionner. Que sont ces micro-événements faisant le sel du cinéma d’horreur contemporain : de simples artifices ? Rassurez-vous, Ghostland est tout sauf un film d’horreur meta : Pascal Laugier est un passionné d’horreur et ne cherche à aucun moment à faire le malin. D’ailleurs, il n’est pas nécessaire de se poser ces questions pour apprécier le film à sa juste valeur tant l’histoire est menée tambour battant.

Sur ce point, on ne peut qu’admirer le travail d’orfèvre sur la photo et la production design dont le moindre détail semble être pensé avec soin et talent.

Seul petit bémol à ce concert de louanges, la figure du « croque-mitaine », que nous ne vous spoilerons pas ici, demeure un brin déceptive. Si un bon film d’horreur ne doit pas nécessairement répondre à toutes les questions (voir la fin de Martyrs), on peut regretter de ne pas apprendre grand-chose sur cette altérité dérangeante.

Autre élément essentiel faisant de Ghostland un thriller horrifique très largement au-dessus du lot, le casting avec en tête le duo de jeunes filles, Emilia Jones et Taylor Hickson, à qui est arrivé un drame horrible lors du tournage (nous vous laissons vous renseigner par ailleurs). Mieux encore, loin de dénaturer la crédibilité du projet, la présence de Mylène Farmer, très juste, ajoute un peu de relief à ce casting.

Car Ghostland est avant tout un film d’apprentissage, dépassant la superficialité des dernières productions du genre (on pense à Grave où le contexte n’était qu’un prétexte).

Ainsi, à mesure que les antagonistes s’affaiblissent en n’étant incapables ne serait-ce que de communiquer, les protagonistes prendront peu à peu confiance en elles. A l’image de Beth, fan inconditionnelle de H.P. Lovecraft au point de redéfinir sa vie par le prisme de son imaginaire et de Vera, plus cynique mais qui apprendra à s’aimer à travers le sauvetage de sa propre sœur.

Tension extrême, violence, torture, le spectateur sera mis à rude épreuve pendant 1h30. Si techniquement et esthétiquement, tout est impeccablement mis en scène, Ghostland regorge de ce qui fait la sève du cinéma de Pascal Laugier : l’amour et la croyance aux pouvoirs du cinéma quitte à guérir le mal par le mal.

  • Titre original : Incident in a Ghost Land
  • Réalisation : Pascal Laugier
  • Scénario : Pascal Laugier
  • Acteurs principaux :
    Crystal Reed
    Anastasia Phillips
    Emilia Jones
    Taylor Hickson
    Mylène Farmer
  • Sociétés de production :5656 Films
  • Pays d’origine : Canada, France
  • Genre : horreur
  • Durée : 89 minutes
  • Sortie : 14 mars 2018
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