Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

On m’a confié la tâche ô combien ardue de commenter ce royal canin morcif de Cinoche.

Bon, soyons réalistes, les poteaux, tu peux pas faire court, c’est pas trop possible, alors t’as le choix entre la critique analyse intello, la critique aspects techniques pyrographiques, la critique avec anecdotes et j’en passe… (enfin surtout j’ai plus d’exemples, et je suis un peu en panne de vocabulaire depuis quelques temps mais ne nous laissons pas grignoter les orties par l’arachide). Critique de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, c’est parti !

Commençons par le commencement, on y verra peut-être plus clair.

Je suis tombé sur Reservoir Dogs après être tombé en larmes de joie hystérique et incontrôlable devant Pulp Fiction en 1995 si je ne m’abuse. C’est la première fois que j’éprouvais un sentiment s’apparentant à un orgasme devant un film. Si je me suis retenu de juter sur les spectateurs assis devant moi, c’est uniquement parce que ma mère se trouvait à mes côtés et que j’ai toujours été un bon garçon respectueux des normes.

J’ai décidé d’un coup d’un seul en sortant de ce film que j’aimais le ciné, et surtout le ciné barré, irrévérencieux et violent (ô jeunesse fofolle) et je suis donc allé bien vite louer en format VHS Reservoir Dogs, l’autre film de Queenteen que je n’avais pas vu, puis me suis empressé de pirater la vidéo pour l’avoir dans ma collection perso (je peux le raconter, y’a prescription).

La vidéo de Reservoir Dogs, je l’ai depuis vu une bonne cinquantaine de fois et j’ai même acquis en 1999 le poster du film en format géant lors de mes années estudiantines. Celui-ci m’a accompagné fidèlement au long de mes nombreux déménagements, il trône actuellement au-dessus de ce tas de boue abject et informe que j’ose appeler un lit et est même taché de mon propre sang, mais ceci est une autre histoire.

Reservoir Dogs, donc, vous l’aurez lu entre les lignes, c’est un film que j’aime, que je vénère même. A vrai dire, cela a été longtemps « mon film préféré » comme on dit dans le jargon de fan waouh glouglou je mouille dans mon slip de joie intense, même si ne l’ai pas revu depuis presque dix ans.

Alors, me direz-vous à ce moment de mon article qui tarde à décoller et parle plus de moi que du film «  mais Botzky bordel de merde tu causes trop et pourquoi c’est culte »?

Ce qui me fait sourire, car je ne blablate pas plus que les personnages d’un film de Tarantino, celui-ci étant connu pour ses dialogues étirés, et justement son premier film commence par un formidable plan séquence nous introduisant une bande de truands assis dans un café et causant de tout et de rien, et PAF si c’est pas de la transition ça, ben allez-vous faire foutre.

Soyez pas vexé si je suis vulgaire, putain, c’est pour vous mettre dans le ton de Tarantino, qui dès les premières lignes de son film est super cru on entend «  bite » et « putain » et » bordel » à chaque seconde et PAF une seconde transition dans ton fion.

Reservoir Dogs est le premier film de Tarantino si l’on excepte le Best Friend’s Birthday qui compte pour du beurre puisque la bobine du film a moitié cramé et que le film est quasi introuvable et pas fini.

Donc, le petit Tarantino a réussi à se faire quelques dizaines de milliers de dollars en vendant le scénar de True Romance à Tony Scott et s’apprête à tourner ce film entre potes avec Lawrence Bender comme producteur lorsque l’immense, le génial, le magnifique Harvey Keitel a vent du projet, décide de participer et de produire. Le budget du film passe à plus d’un million, on refait un casting et voilà Steve Buscemi, Michael Madsen, Tim Roth, Chris Penn, Lawrence Tierney qui se rajoutent.

Monte Hellman, le grand réalisateur indépendant (Two-Lane Blacktop, The Cockfighter), s’apprête à tourner le film, mais Tarantino se bat pour le faire lui-même, Monte finira comme producteur exécutif sur le projet. Incorrigible tchatcheur travaillant dans un vidéo club (on l’imagine bien comme l’un des personnages de Clerks de Kevin Smith) Quentin vit pour et par le ciné et sent que c’est sa chance de percer. Donc, il se place lui-même derrière la caméra.

Histoire de cambriolage qui a mal tourné inspiré d’un film de Ringo Lam (City on Fire-1987-, avec l’excellent Show Yun Fat), ce film contient tous les éléments qui feront la patte Tarantino :

Des dialogues ultra longs, ultra triviaux et ultra cools sur des sujets aussi divers que la chanson like a virgin de Madonna ou le fait de savoir s’il faut donner un pourboire à une serveuse ou non, qu’on peut rapprocher du massage de pied ou des différences entre fast foods européens et américains dans Pulp Fiction. Il est de bon ton de placer des fucks et des dicks tous les deux mots pour bien choquer ces cochons de bourgeois, of course.

Des plans de caméras virtuoses inspirés des grands classiques, comme la caméra qui suit Mr Blonde allant chercher de l’essence pour cramer le flic, plan que l’on revoit également dans Pulp Fiction et d’autres films de Queenteen, tout comme le maintenant classique et un milliard de fois copié plan filmé depuis le coffre de la voiture.

Des effets malins, comme le fait de raconter une histoire de différents points de vue (par exemple, comment chacun s’est échappé du braquage) et avec différents avis, procédé qui date du génial Rashomon de Kurosawa et que Quentin reprend également assez souvent, notamment dans Jackie Brown.

Des références cinéphiliques en veux-tu, en voilà :

  • à Bande à Part, à l’extravaganza de violence est du cinéma de Hong-Kong des années 80 ,
  • le coup des types en costard et les gunfights viennent directement de A Better Tomorrow 2 de John Woo, par exemple.
  • Et des clins d’œil au genre du Western, du film noir, des policiers des 70’s, les noms de codes de couleur viennent de The Taking of Pelham 1.2.3 (1974),
  • on sent aussi l’influence de Peckinpah avec le côté macho, et puis enfin tout cela est bourré à chaque plan de références aux films de série B, dont Tarantino se réclame le fan number one.

Des personnages  avec un style. Pour ça, faut de bons acteurs, naturellement, mais il faut aussi donner du corps aux personnages. Tous les personnages de Reservoir Dogs, à l’exception de Mr Blue qui décroche presque pas un mot, ont une putain de personnalité, on sent que les acteurs ont été rancardés sur la bio de chaque type, comme le faisait Kurosawa sur ses films (bon lui il écrivait carrément un BOUQUIN biographique pour chaque personnage avec ancêtres et machin, je pense pas que Quintine aille aussi loin)

Une bande originale vintage, des tubes de jadis bien groovy qu’on écoute plus mais qu’on se dit « ouh que c’est bon, ça » surtout si on les place au bon moment dans le film, et ça, notre Queentine il sait faire :

  • Le fantastique et ultra cool ralenti du générique de départ sur la musique de Little Green Bag
  • Stuck in the Middle with you pendant la scène de torture
  • Hooked on a feeling pendant la scène en voiture

Et puis et puis et puis, ce qui nous l’a fait adorer quand on était ados et ce pour quoi il se fait encore et toujours critiquer : la VIOLENCE, mais pas une violence froide et écoueurante, non, une violence jouissive et, comme l’ambiance du film, ultra cool.

Mais pourquoi es-tu si violent, Quinetineuh ?, lui disent avec l’accent marseillais du Texas ces journalistes qui veulent lui coller le massacre de Columbine sur le dos.

Ce á quoi Queentine répond en général « ferme ta gueule journaliste de merde, je te chie sur les omoplates ».

Alors hein, bon, la violence, elle est dans le film, évidemment, mais en fait très peu graphique. Bon okay, y’a Mr Orange qui baigne dans son sang pendant une heure trente, mais hein, bon, c’est rouge, quoi, c’est salissant, mais est-ce vraiment violent ? je vous le demande. Comme dit, matez deux trois films d’action de Hong-Kong ou du Japon de la même époque, Reservoir Dogs c’est du Walt Disney en comparaison.

Ensuite, la fameuse SCENE de TORTURE. Ouh lala, qu’est ce qu’on l’a fait chier avec cette scène de torture. Ben oui, elle est gratinée, mais pas graphique. Ce qui marche, c’est le décalage très comique entre l’horreur de la scène et ce psycho qui chantonne et dansote tout en tailladant une oreille.

A ce propos, j’ai lu que Michael Madsen avait beaucoup de mal avec cette scène (c’est un gros nounours sensible en fait) donc dans le fameux plan, on peut entendre si on se concentre bien et qu’on met les pouces comme ça Tarantino qui dit dans le fond « no, no, no » parce qu’il a peur que Madsen s’arrête encore une fois en pleine scène, bouleversé.

La Violence, revenons-en là, on a fait chier Peckinpah avec, maintenant on recommence avec Quintwin, hé ben oui ce film a une espèce de vague sous-jacente de violence du début à la fin, on rit bien sûr, mais on rit souvent jaune, mal à l’aise, mais scotché.

Parce que c’est bien cela la magie qui opère à la fois dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction, et qui commence à marcher moins bien dans les autres films de Mister T : tu es littéralement scotché devant ce film, tu peux à peine croire que tu es scotché sur une bande de mecs en train de raconter comment une serveuse black a collé la bite de son mec avec de la super glue, et pourtant tu l’es (scotché).

Tarantino en 1992 il a déboulé sur les festivals de Films avec sa petite bombe en puissance et il a fait se soulever des sourcils, et puis la Tarantinomania a commencé avec Poulpe Fiction. And the rest is history, comme y disent.

Personnellement, c’est mon préféré sans me poser de questions. Je pense que Pulp est quelque part, d’un point de vue esthétique et cinématographique et je sais pas quoi d’autre meilleur, mais Reservoir Dogs est le premier film que tous les cinéastes rêvent de faire.

C’est brut de balle, peut-être en raison du budget, peut-être parce que ce film sort des tripes d’un jeune homme survolté et surexcité qui a pas encore bien mis tous les dés en place, qui manque d’expérience mais compense par une passion gigantesque. Tu sais, c’est comme de contempler un moment de grâce. Je mettrais tout de même un petit bémol sur la partie ou Tim Roth se fait coacher par le flic , je trouve qu’elle ne colle pas trop avec l’ensemble, et est limite, limite un peu longuette, je dis cela pour lui trouver un petit défaut qui ne souligne que davantage encore la magie de l’ensemble. Jouissif, c’est l’adjectif qui me vient tout de suite aux lèvres en pensant à ce film et au bonheur presque enfantin qu’il m’a toujours apporté. Enfant terrible.

Il faut naturellement rajouter qui’il y a un casting de rêve, Harvey Keitel et Steve Buscemi, deux de mes acteurs fétiches, Tim Roth également génial, et Michael Madsen, maverick d’Hollywood ultra cool, a droit à l’un des ses meilleurs rôles avec Mr Blonde. Et puis il y a papy Lawrence Tierney, le mec le plus violent d’Hollywood qui a foutu en l’air sa carrière bien partie après Born to Kill (1946, voir critiques express #11) dès les années cinquante à trop picoler et se bastonner avec les flics. Il parait qu’il leur en a fait baver sur le tournage, d’ailleurs.

Ouais à tous points de vue, ce film est parfait de chez parfait, même dans ses chtis défauts, et l’appellation FILM CULTE a été faite pour lui.  Alors écoutez-moi bien bordel de merde parce que je vais pas me répéter, ok ? Je vais pas me répéter. Donc, je m’adresse à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu :

Regardez-le de ce pas, maintenant, tout de suite, sans coup férir, ou je vais me fâcher et des mots malheureux vont encore être échangés.

MATEZ CE PUTAIN DE BON FILM !

Et si vous n’avez vraiment aucun moyen de le trouver, de le voler, de l’acheter, de le louer ou que vous habitez genre super loin de toute civilisation moderne, par exemple dans le Limousin, ben suffit de m’envoyer une enveloppe kraft A4 timbrée avec votre adresse, je vous fais péter une bonne vieille copie de ma VHS ! 

Botzky

About Botzky

Obsessionnel compulsif, polytoxicomane, polygame, polyglotte et professionnel de Pole-Dance, Botzky n’a pas une mais mille opinions selon le taux de salinité des saisons. Grâce à Doc Ciné, il peut enfin partager le point de vue schizophrène qu’il porte sur sa maîtresse préférée, Miss 7ème Art, et s’en pourlèche les babines avec un plaisir sanguin à rayures ingénues et perverse.

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