Note de la rédaction :

Le film noir, c’est le cinéma. C’est un genre avec ses propres codes (la censure était très forte à l’époque). Mais, comme toute forme d’art réprimée, les créateurs n’avaient de cesse de transgresser ces rigoureux codes grâce à de nombreux trucs, symboles, effets de manche subtils. Critiques Express #11 : Spécial film noir. C’est parti !

Le film noir, c’est des mecs en costard et chapeau stylés qui carburent au cocktail whisky-clope et se font manipuler par des femmes fatales. Le film noir, c’est la quintessence de l’existentialisme au cinoche, c’est Fritz Lang, Billy Wilder, Orson Welles et John Huston, c’est Bogart, Lauren Bacall, Rita Hayworth et Robert Mitchum. Jean-Pierre ne serait pas devenu Melville sans le film noir, et la nouvelle vague n’aurait été qu’une petite écume crachotante. Sans le film noir, Scorsese et Tarantino seraient devenus de petits vendeurs de frites à la sauvette. Voici onze classiques brièvement résumés pour vous mettre l’eau à la bouche sans en lâcher trop et vous faire partager mon amour inconditionnel pour ces joyaux cinématographiques.

This gun for hire (1942)

Durée : 81 min

Réalisateur : Frank Tuttle

Résumé en UNE phrase : Un tueur à gages trahi par ses commanditaires veut sa revanche.

Ce qu’on en dit : C’est sec, c’est nerveux, c’est tendu du slip, c’est court, c’est complet, c’est le film qui révèle Alan Ladd et lance la mode du tueur froid et solitaire avec un cœur (il aime les petits chats). The Killer avant l’heure. Un régal.

Acteurs : Alan Ladd, Veronica Lake, Robert Preston

La scène qui tue : Quand le tueur échappe aux flics en sautant d’un pont. Vlà d’l’action !

On le trouve : Génial

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Laura (1944)

Durée : 88 min

Réalisateur : Otto Preminger

Résumé en UNE phrase : Un flic tombe amoureux de la morte sur laquelle il enquête

Ce qu’on en dit : Le grand classique de Preminger a toutes les clés du film noir avec ses dialogues ciselés, du whisky et des clopes à tous les étages, un twist maintenant classique, des flash backs, une poignée d’acteurs excellents et un noir et blanc que plus travaillé, tu meurs.

Acteurs : Gene Tierney, Dana Andrews, Clifton Webb

La scène qui tue : Le flic s’endort un whisky à la main et se réveille pour voir la morte devant lui.

On le trouve : Très bon

Murder, my Sweet (1944)

Durée : 95 min

Réalisateur : Edward Dmytryk

Résumé en UNE phrase : Le célèbre privé Phillip Marlowe dans sa plus célèbre enquête !

Ce qu’on en dit : Encore un immense classique d’après le roman de Chandler, Farewell my Lovely, ce film contient des répliques mémorables balancées sur un ton nonchalant par un Marlowe formidable de cynisme, un plot très complexe, des trahisons et des retournements de situation à tire larigot, le tout raconté par la voix off du détective. Petite phrase qui résume le ton pinçant du film: “He died in 1940, in the middle of a glass of beer. His wife Jessie finished it for him”.

Acteurs : Dick Powell, Claire Trevor, Anne Shirley

La scène qui tue : La scène dans le sanatorium où Marlowe drogué à son insu fait un cauchemar visuellement bandant.

On le trouve : Vachement bien

Dead Reckoning (1947)

Durée : 100 min

Réalisateur : John Cromwell

Résumé en UNE phrase : Un soldat enquête sur la mystérieuse disparition de son collègue.

Ce qu’on en dit : Spécial femme fatale avec une blonde commak. Boggie sait qu’elle le fait courir à sa perte mais ne peut s’empêcher de tomber fou d’elle. Technique du flash back, voix off, méchants sadiques, tout y est. Pas dans le peloton des meilleurs films noirs, mais du solide.

Acteurs : Humphrey Bogart, Lizabeth Scott, Morris Carnovsky

La scène qui tue : Bogart assis au bar aperçoit la belle créature qui a fait tourner la tête de son pote et sait que c’est le début des emmerdes.

On le trouve : Très bon

Born to kill (1947)

Durée : 92 min

Réalisateur : Robert Wise

Résumé en UNE phrase : Dans un accès de jalousie mortelle, un homme tue sa petite amie et son amant puis s’enfuit pour refaire sa vie.

Ce qu’on en dit : Un film noir un peu différent car il se penche sur deux caractères, un homme violent, jaloux et ambitieux et une femme assoiffée de réussite. Une superbe étude de comment les démons intérieurs de ces deux créatures sans scrupules vont les conduire à leur perte. On n’échappe pas à un certain moralisme et  manichéisme final, mais la chimie des deux prédateurs, le dangereux et physique Lawrence Tierney (Joe Cabbot dans Reservoir Dogs) et la vénéneuse Claire Trevor ainsi que l’intense désir sexuel presque palpable qui se dégage de chacune de leurs confrontations font décoller ce film pour le déposer brusquement sur un ombrageux nuage gris menaçant et torride.

Acteurs : Lawrence Tierney, Claire Trevor, Elisha Cook Jr. (le p’tit gars de The Killing de Kubrick)

La scène qui tue : Lawrence Tierney baraqué comme un déménageur qui « s’occupe » de son rival et de sa petite amie

On le trouve : Super bien

Nightmare Alley (1947)

Durée : 110 min

Réalisateur : Edmund Goulding

Résumé en UNE phrase : Un jeune homme ambitieux devient un faux voyant couronné de succès.. plus forte sera sa chute.

Ce qu’on en dit : Encore un film noir au plot très différent, celui-ci se passe dans le monde du cirque et des voyants. Thématique de la grandeur et décadence, de l’alcoolisme, de l’égo à tout prix. Les scènes du « geek » nous rappellent fortement le fameux Freaks de Tod Browning. Voilà ce qui arrive quand on se prend pour Dieu.

Acteurs : Tyrone Power, Joan Blondell, Coleen Gray

La scène qui tue : Le voyant en disgrâce craque et commande une bouteille de gin. Dans ses yeux, la dégringolade annoncée.

On le trouve : Fort bien

Naked city (1948)

Durée : 96 min

Réalisateur : Jules Dassin

Résumé en UNE phrase : Une nuit à New-York et une femme est retrouvée assassinée dans sa baignoire au petit matin.

Ce qu’on en dit : Film noir de transition, il introduit le style documentaire et montre de manière réaliste le développement d’une enquête policière avec ses tâtonnements, ses laborieuses recherches dans les rues de New-York, ville qui est le personnage principal du film. Influence majeure sur A bout de Souffle de Godard.

Acteurs : Barry Fitzgerald, Howard Duff, Dorothy Hart

La scène qui tue : La poursuite finale sur un pont

On le trouve : Très bon

The Postman always rings twice (1946)

Durée : 113 min

Réalisateur : Tay Garnett

Résumé en UNE phrase : Un vagabond trouve un job dans un café tenu par une bonne pâte marié à une jeune femme très désirable.

Ce qu’on en dit : Largement supérieur au remake avec Nicholson et Jessica Lange, ce film explose de tension sexuelle, de symbolisme et de fatalisme. La blonde fatale est irrésistible, les scènes cultes s’enchaînent (la plage, le meurtre, le procès, l’accident final). Petit moralisme catho final à oublier.

Acteurs : Lana Turner, John Garfield, Cecil Kellaway

La scène qui tue : La mort du chat

They drive by night (1940)

Durée : 95 min

Réalisateur : Raoul Walsh

Résumé en UNE phrase : Un conducteur de camion devient chef d’entreprise mais se retrouve accusé de meurtre.

Ce qu’on en dit : Un petit film noir grandit grâce à la direction sans faille de Raoul Walsh (the White Heat, le plus grand rôle de James Cagney), la présence d’Humphrey Bogart dans un de ses derniers seconds rôles, la performance un peu too much mais géniale d’Ida Lupino en névrosée. Vous ne regardez plus jamais les portes automatiques de la même manière.

Acteurs : Georges Raft, Ida Lupino, Humphrey Bogart

La scène qui tue : Ida Lupino qui pète un boulon au tribunal.

On le trouve : Réussi

Angel face (1952)

Duré : 91 min

Réalisateur : Otto Preminger

Résumé en UNE phrase : Un chauffeur d’ambulance est séduit par une riche et dangereuse héritière.

Ce qu’on en dit : Otto Preminger ne voulait pas faire ce film et a été forcé par Howard Hugues qui voulait se venger de Jean Simmons, l’actrice principale. Bien lui en a pris, ce film est devenu un grand classique avec la petite musique de piano mélancolique qui vous trotte dans la tête et les deux accidents de bagnole fracassants. Mitchum est un peu pâlot dans son fatalisme comparé à sa magnifique performance dans Out of the Past. Jean Simmons en névrosée courant à sa perte vole la vedette. Supérieur ou inférieur à Laura ? A vous d’en décider, bon visionnage !

Acteurs : Robert Mitchum, Jean Simmons, Mona Freeman, Herbert Marshall

La scène qui tue : Les deux chutes de voiture dans le ravin

On le trouve : Fantastoche

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Somewhere in the night (1946)

Durée : 110 min

Réalisateur : Joseph L. Mankiewicz

Résumé en UNE phrase : Un vétéran amnésique se retrouve au cœur d’une histoire de billets verts et de meurtre.

Ce qu’on en dit : Mais qui est Larry Cravat ? Bien avant Memento, un super thriller d’un Mankiewicz encore débutant mais très prometteur. On partage la détresse de cet homme qui veut à tout prix retrouver la mémoire mais a  peur de découvrir qu’il est un monstre. Il manque peut-être un soupçon d’ambition à cette œuvre pour en faire un GRAND classique, mais c’est tout de même très recommandable.

Acteurs : John Hodiak, Nancy Guild, Lloyd Nolan, Richard Conte

La scène qui tue : La recherche de la valise sous les pontons

On le trouve : Bien foutu

Botzky

About Botzky

Obsessionnel compulsif, polytoxicomane, polygame, polyglotte et professionnel de Pole-Dance, Botzky n’a pas une mais mille opinions selon le taux de salinité des saisons. Grâce à Doc Ciné, il peut enfin partager le point de vue schizophrène qu’il porte sur sa maîtresse préférée, Miss 7ème Art, et s’en pourlèche les babines avec un plaisir sanguin à rayures ingénues et perverse.

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