Note de la rédaction :

Sur une trame ultra classique, Kiyoshi Kurosawa réalise avec Creepy un thriller où les fantômes de sa filmographie s’invitent pour jouer un match retour… dans l’enfer du quotidien. Critique.

Après un drame ayant coûté la vie à une otage et dont lui-même a réchappé de justesse, Takakura (Hidetoshi Nishijima, vu notamment dans l’extraordinaire Dolls de Takeshi Kitano), quitte la police et devient professeur en criminologie spécialisé dans les serial-killers et s’installe avec Yusakon, son épouse, (Yûko Takeuchi, vue dans Ring) dans un nouveau quartier, à la recherche d’une vie tranquille. Alors qu’on lui demande de participer à une enquête à propos de disparitions, sa femme fait la connaissance de leurs étranges voisins.

On sent dès les premières minutes que ce n’est pas cette histoire cousue de fil blanc qui a intéressé Kiyoshi Kurosawa. Le film s’ouvre avec cette fameuse scène d’exposition vue des dizaines de fois au cinéma illustrant le drame originel du personnage. Sans parler de Nishino, le voisin « creepy », joué par l’extraordinaire Teruyuki Kagawa (vu dans des rôles beaucoup plus en retenu : Shokuzai, Tokyo Sonata). On ne trahira pas de secrets en révélant que ce personnage étrange cache à secret terrible.

Si on se dit rapidement que le réalisateur a opté cette fois-ci pour un film de facture classique pour mettre en valeur ses talents de metteur en scène, on finit par comprendre qu’il y a un deuxième niveau de lecture à cette confrontation entre un tueur en série et un flic à la retraite. Ce n’est pas tant l’enquête (de suspects, il n’y en a pas beaucoup), ni le pourquoi du comment (ici encore le mobile et le modus operandi s’avéreront relativement classiques : citons par exemple Audition de Takashi Miike…) qui nous ont intéressés mais le rapport à l’espace urbain et plus particulièrement à ce que la promiscuité du voisinage a comme conséquences bonnes et mauvaises sur notre façon de vivre.

Depuis Fenêtre sur cour, on sait que la proximité du voisinage peut être un fabuleux terrain de jeu pour transmettre des émotions fortes et soulever des questions sur l’essence du cinéma. Dans Creepy, Kurosawa s’intéresse une nouvelle fois, 50 ans après le maître du suspens, à ce diptyque qui fait tout le sel du cinéma : le regard et le décor. La juxtaposition des enjeux purement narratifs alliés à une réflexion renouvelée sur cet espace familier qui devient un enjeu de tension permet au réalisateur de s’interroger une nouvelle fois sur l’étrangeté du quotidien.

Ici il n’est plus question de fantômes au sens propre, comme dernièrement dans Vers l’autre rive,   mais le couple est une nouvelle fois vu comme le lieu de l’étrange où la question du bien-être et de l’épanouissement personnel se heurte à l’altérité : représentée tantôt par l’antithèse du couple, à savoir le voisinage maléfique, et tantôt tout simplement par l’autre. Le voisin et sa maison étrange offrent d’ailleurs un intéressant jeu de miroir au foyer chaleureux du couple. Beaucoup de questions restent en suspend, ce que recherche Yusakon, le regard surprenant sur un voisinage nécessairement hostile, l’absence d’enfants et ce que pense le réalisateur de ce foyer de substitution, mais ce foisonnement donne clairement envie de voir les prochains films de Kiyoshi Kurosawa qui demeure plus que jamais l’un des réalisateurs japonais les plus intéressants de sa génération.

En cela, Creepy permet à Kiyoshi Kurosawa de creuser le sillon entamé quelques années plus tôt avec Tokyo Sonata et d’apporter une nouvelle facette à sa réflexion sur le foyer.

Noodles

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