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Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

Creed est plus qu’un film, c’est un pari. Le risque était grand, tant pour Sylvester Stallone que pour les producteurs du film, de relancer Rocky Balboa, qui avait pourtant tiré sa révérence dans un film aussi ambitieux qu’émouvant en 2006 (Rocky Balboa). Et pourtant, ce pari est relevé avec brio et humilité par toute l’équipe du film : du réalisateur, aussi inconnu que talentueux, aux acteurs (formidables Michael B. Jordan et Sylvester Stallone). Une merveille. Critique.

Synopsis

Adonis Johnson (excellent Michael B. Jordan) n’a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d’être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa (on ne présente plus Sylvester Stallone), que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D’abord réticent, l’ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…

Les légendes ne meurent jamais. Enfin, c’est ce qu’on dit généralement quand on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent (jurisprudence Star Wars). En tout cas, les studios l’ont bien compris ces dernières années. On voit bien qu’ils ont mis en place une véritable politique visant à rebooter une partie (on espère que cela ne concernera pas TOUTES) leurs licences à succès d’antan  : la Warner avait ouvert la voie avec Batman Begins en 2005, puis se fut au tour de James Bond avec Casino Royale l’année suivante, ainsi de suite jusqu’à l’année dernière. 2015 fut une année charnière avec du lourd, du très lourd en la matière, avec les reboots de licences mythiques prouvant que les studios se moquaient pas mal des critiques en la matière : Mad Max Fury Road, Terminator Genesys, Jurassic World et Star Wars : The Force Awakens. Ah et on oubliait le reboot le plus risible : Les 4 Fantastiques et son reboot médiocre d’une franchise vieille d’à peine… 5 ou 6 années !

Justement, en parlant des 4 Fantastiques, rappelons que Michael B. Jordan, le génial Adonis Creed, en est un heureux rescapé. Enfin, pas si heureux que cela, car si on revient un instant sur la polémique des Oscars (vous savez le boycott de la cérémonie par une partie de la communauté noire), on ne peut que regretter l’absence de celui-ci dans la catégorie meilleur acteur, tant il impressionne dans tous les registres : « badassitude » low profil, mais aussi, émotion, subtilité, sobriété. En somme, un style de jeu plus réaliste qui permet d’envisager avec sérénité une autre série de films à la hauteur, mais très différente, de la précédente.

Petite incise : Premièrement, cela ne me dérange absolument pas que les studios décident de mettre en place une politique de reboots. Les agendas politiques n’ont pas de réelle importance pour moi, tout ce qui compte, c’est la qualité des films. Ceci dit, cela me gênerait beaucoup que cette politique empêche de voir d’autres films : des créations originales voire des films de genres risqués, mais ne rêvons pas trop… Deuxièmement, cela ne me dérange pas que ce soient les studios qui portent les films et non les réalisateurs : c’est méconnaître l’histoire du cinéma que de croire que les films doivent, absolument, être portés par des génies créatifs qui seraient également les réalisateurs de ces films. Non, historiquement, le cinéma est une industrie qui repose sur une mécanique bien huilée et pyramidale allant du producteur aux équipes créatives. Ce n’est que pendant une courte période (en gros le cinéma des années 1960-1970 en a été le point d’orgue) que le cinéma grand public a été dominé par les réalisateurs. Personnellement, je ne pense pas que l’une ou l’autre des méthodes de mise en production de films ait plus de légitimité.
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Un reboot réussi

Que vaut réellement ce Creed ? Est-ce juste un hommage nostalgique ? Est-ce une version 2.0 recyclant les (bonnes) vieilles idées des précédents films ?

Non, ce film est bien plus que cela. On va commencer par évoquer ce que l’on a le moins aimé dans le film, pour les évacuer rapidement : la relation entre Adonis et sa copine. La romance entre le jeune Adonis et sa voisine musicienne n’est pas à proprement parler un échec, c’est juste qu’elle souffre d’un trop plein de clichés malheureux : rn’b sirupeux, handicap physique rappelant la timidité maladive d’Adrian et son incapacité à communiquer, c’est un peu gros comme symbolique, désolé, alors qu’elle n’en demeure pas moins un faire-valoir au personnage d’Adonis. Cette relation paraît, en conséquence, très en deçà de ce que le film apporte en terme d’intensité dramatique et de finesse dans les enjeux narratifs.

L’autre petit regret concerne l’apprentissage de Adonis Creed : nous savons, certes, qu’à la prise en charge de son entraînement par Rocky, Adonis est déjà un boxeur accompli, mais il n’en demeure pas moins un boxeur lambda en comparaison avec son futur adversaire. Aussi, on peut regretter que sa formation ne soit pas plus intense, ou du moins, que le spectateur ne sente pas suffisamment la dureté de l’entraînement. C’était un point fort des films précédents : ils parvenaient à nous faire ressentir l’âpreté des entraînements, par des plans austères mais magnifiant avec talent la sueur, le sang, les larmes, les odeurs, tous ces éléments étant autant de marqueurs du difficile apprentissage. C’est également ce petit reproche que je ferais à la scène finale : même si le combat est extrêmement bien filmé, il manque de sueur et semble un peu trop aseptisé à mon goût.

Enfin, autre point que je ne sais pas vraiment où placer tant il y a des points positifs et des points négatifs : la musique du film. J’aime bien le parti-pris de privilégier des sonorités urbaines d’aujourd’hui, principalement du hip-hop. Mais, je trouve que le score manque de sonorités permettant d’atteindre les climax autrefois atteints par les différentes bandes-originales de Bill Conti.

Par contre, par contre ! Que dire du personnage d’Adonis à part qu’il nous transporte à nouveau dans ce que la saga Rocky avait de meilleur : le dépassement de soi. Non pas juste par conformisme, reprenant les clichés d’une société qui nous dit « soyez meilleurs, soyez l’acteur de votre réussite en donnant 100% de vous-mêmes », alors que, d’un autre côté, cette même société nous exhorte à être réaliste et à accepter de faire des compromis : accepter des emplois aliénants, voire même multiplier les petits boulots, travailler plus… Bref, le message actuel est plus que contradictoire : soyez les meilleurs, mais ne faites pas trop de vagues. Dans Creed, le dépassement à valeur d’apprentissage. Adonis se cherche autant qu’il tente de faire le deuil de son enfance. C’est par l’acceptation de son patronyme, et de son passé, qu’il parviendra à s’accomplir en tant que boxeur et en tant qu’homme.

L’autre point positif de ce film est l’évolution du personnage de Rocky. Après le chant du signe de la carrière de boxeur qu’a représenté Rocky BalboaStallone n’avait pas d’autre choix que d’accepter l’idée de devenir en quelque sorte le mentor de la nouvelle génération (un peu comme dans Rocky V mais en mieux 😉 ). Vieilli, acceptant enfin de lâcher prise, Rocky impressionne par sa présence à la fois fantomatique et, pourtant, bien ancrée au sol, comme si, pour la première fois, il avait intégré le fait qu’il n’avait plus à jouer des muscles pour se faire entendre. Ironie du sort, son corps, et surtout son visage, n’ont jamais été aussi impressionnants que maintenant qu’il n’a plus à l’exhiber. Un Stallone moins show-off, laissant les scènes d’action à son talentueux poulain, c’est plus de Stallone que l’on a toujours admiré, celui qui affirmait sans sourciller :

Ah come on, Adrian, it’s true. I was nobody. But that don’t matter either, you know? ‘Cause I was thinkin’, it really don’t matter if I lose this fight. It really don’t matter if this guy opens my head, either. ‘Cause all I wanna do is go the distance. Nobody’s ever gone the distance with Creed, and if I can go that distance, you see, and that bell rings and I’m still standin’, I’m gonna know for the first time in my life, see, that I weren’t just another bum from the neighborhood. Rocky

Creed permet à Stallone d’endosser une nouvelle fois un rôle à la mesure de l’intelligence de ce grand monsieur du cinéma. Juste récompense pour un acteur qui a permis au cinéma de genre de faire une entrée fracassante dans le cinéma dit social avec Rocky, chef-d’oeuvre inégalé de cinéma vérité mêlant sans complexes les codes du pur actionner jouissif.

Chapeau à Ryan Coogler qui a réellement compris l’esprit de la saga Rocky tout en évitant d’en faire un simple remake à la sauce d’aujourd’hui. N’est-ce pas cela un véritable reboot ?

La mythologie de la saga est respectée, la continuité scénaristique également, son essence, ce qui en fait une histoire à part dans l’histoire du cinéma, également. Adonis Creed n’a rien à voir avec Rocky : c’est un fils de riches, sa manière de s’exprimer trahit le fait qu’il a certainement suivi des études universitaires, au contraire de Rocky, il n’a pas besoin de boxer pour gagner sa vie. Pourtant, est-ce à dire qu’il ne boxe pas pour survivre ? Ce serait trop simple. Son passé de délinquant, son incapacité à suivre la voie royale qu’on a tracé pour lui prouvent qu’il ne parvient pas à s’inscrire dans ce schéma préétabli. Alors, oui, Adonis Creed est l’antithèse de Rocky : il ne boxe pas car il ne sait faire que cela. Néanmoins, il boxe pour se construire, pour se prouver à lui-même quelque chose. Peut-être qu’il existe ? N’est-ce pas en cela que Adonis est le digne héritier de Rocky ?

Alors, ne boudons pas notre plaisir, d’autant que la mise en scène de Coogler est impressionnante d’inventivité  : le plan séquence des vestiaires à l’entrée dans le ring, lors du premier combat, est non seulement un morceau de bravoure inégalé dans l’histoire récente du cinéma, mais contribue à créer une atmosphère brûlante et vibrante, permettant de partager un peu de ce que doivent ressentir les grands boxeurs avant un combat. Enfin, la scène où Adonis regarde une vidéo d’un combat de son père au vidéoprojecteur et finit par se lever pour combattre virtuellement avec lui. C’est simple, cette scène est la quintessence du cinéma. En quelques images, elle dit tout : la filiation, l’envie, le manque, l’admiration d’un fils pour un père qu’il n’a pas connu et surtout le manque… Des idées de mise en scène aussi simples et, à la fois, aussi pertinentes et réussies, il y en a peu de nos jours.

Petit détail particulièrement émouvant : Adonis sera hébergé par Rocky dans l’ancienne chambre de Mickey. En regardant une photo de Rocky en noir et blanc posant en tenu avec son fils, c’est en fait tout le passé de Sylvester Stallone qui ressurgit, car la photo n’est autre qu’une véritable photo d’archive de Stallone avec son jeune fils Sage, décédé en 2012. C’est aussi cela, Creed, une immersion impudique dans la vraie vie de ses personnages, au même titre que Rocky qui en disait beaucoup de ce qu’était la vie de Stallone dans les années 1970.

Ce film respire le cinéma et ce n’est pas ses quelques défauts qui gâchent notre plaisir de cinéphile. Creed est un grand film, ouvrant la voie à une (nouvelle) saga qui, on l’espère, sera aussi belle que la précédente.

17
Note globale

Fiche technique :

Titre original : Creed
Réalisation : Ryan Coogler
Scénario : Ryan Coogler, Aaron Covington
Acteurs principaux : Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tony Bellew, Andre Ward
Sociétés de production : Chartoff-Winkler Productions, Metro-Goldwyn-Mayer, New Line Cinema
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Drame
Durée : 133 minutes
Sortie : 13 janvier 2015
Noodles

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