Creed 2
Note de la rédaction :

Creed 2 surprend d’emblée par sa facture intimiste flirtant même parfois avec la comédie, avec une mise en scène à l’avenant. La deuxième partie retrouve heureusement toute la beauté de la saga entrelaçant les leçons de vie et les destins. Le film finit par nous terrasser à l’arrachée au dernier round. Critique.

Des personnages éternels

Parfois, on a beau accorder une importance quasi religieuse au travail de mise en scène au point de défendre des objets filmiques écrits en dépit du bons sens (le dernier exemple en date étant de mémoire Jurassic World : Fallen kingdom), il n’en demeure pas moins qu’il existe une règle d’or tacite pour tout cinéphile : quand on est vraiment attaché à des personnages et à leur destin, tout le reste importe finalement peu.

Creed 2 en est l’exemple parfait. L’histoire repose sur un canevas relativement classique et le jeune réalisateur, Steven Caple Jr., prend son temps dans une longue première partie pour dérouler des enjeux dramatiques peinant à éveiller l’excitation. Adonis Creed (Michael B. Jordan excellent comme toujours) est champion du monde et projette de se marier avec Bianca (Tessa Thompson), ce qui nous donne l’occasion de voir une scène émouvante dans laquelle Rocky raconte sa propre demande en mariage. En somme, tout roule.

Plus problématique encore, les scénaristes ont cru bon introduire des moments de pure comédie de mœurs (la demande en mariage mama mia !…) très éloignés de l’esprit de la saga.

Heureusement, passé ce début plutôt poussif, le film prend sa vitesse de croisière lorsque vient le moment que tout fan de la saga attend, celui de la fameuse question existentielle : pourquoi Creed combat-il ? Pour défendre son nom (celui du pater familias) ou pour des raisons plus personnelles ?

En écho à cette question, nous suivrons le parcours en creux de Viktor Drago (Florian Munteanu, touchante armoire à glace), dont la quête de gloire, qui en fait s’avère celle de son père déchu, masque mal une tentative désespérée d’attirer l’attention de ses parents.

Un entraînement cathartique

Le point d’orgue de cette deuxième partie repose sur une sorte de renaissance. Adonis suit Rocky dans le désert où ce dernier lui réserve un entraînement, donc pour la première fois délocalisé en dehors de leur environnement quotidien, prenant la forme d’un véritable chemin de croix. Cet entraînement donne l’occasion au réalisateur de s’extraire de son dispositif intimiste qui avait tendance à corseter la narration. Il permet également d’introduire les images les plus iconiques du film qui marqueront la rétine autant qu’elles redonneront une véritable bouffée d’oxygène à la narration. Une renaissance à tous les points de vue.

On retrouve finalement dans cette deuxième partie aux accents mélancoliques une pincée de Creed, notamment dans la thématique de la filiation, un peu de Rocky 2, dans la mécanique interne, dont le remplacement du metteur en scène talentueux par un yes man de circonstance (sans vouloir être désobligeant avec Steven Caple Jr.) en est la plus cinglante illustration et surtout beaucoup de Rocky 3, dans la remise en question existentielle du champion.

Bien sûr, Rocky 4 est dans toutes les têtes, même si, ne vous y méprenez pas, le destin familial des Dragos va vous surprendre et vous les rendre étonnamment sympathiques. En effet, même si Dolph Lundgren n’a pas grand-chose à jouer, ses quelques punchlines badass rendent un hommage plaisant à son personnage qui demeure au final le plus intéressant du moins bon des films de la saga.

Surfant sur la finesse d’écriture de Sylvester Stallone, Creed 2 n’est pas un film de boxe chimiquement pur, ni aussi maîtrisé que le premier opus. Pour autant, il navigue entre les aspects les plus dramatiques de la saga tout en lui insufflant une profondeur meta-textuelle inattendue : la revanche du combat légendaire questionne, au même titre que Ready Player One quelques mois plus tôt, notre rapport à nos personnages favoris tout en le doublant d’un discours sur nos idoles d’enfance… et à leur devenir : la fin de carrière, les succès, les échecs, la mort et la finalité de tout cela…

Loin d’être le meilleur film de la saga, loin d’être un film de boxe totalement maîtrisé, Creed 2 n’en demeure pas moins un film attachant respectant la singularité de ses personnages. Et c’est déjà beaucoup…

Noodles

About Noodles

Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :