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Note de la rédaction :

10 ans déjà. 10 ans que l’un des films d’horreur les plus marquants de ce début de 21ème siècle est sorti en salle : Morse de Tomas Alfredson. Coïncidence, sort en salle une nouvelle adaptation de Lindqvist : Border de Ali Abbasi. Critique.

Sensibilité extrême

Ce qui nous avait bouleversé dans Morse est, plus que le fantastique du quotidien désormais bien intégré par le cinéma mondial, ce mélange de naturalisme et de sensibilité extrême au service d’une histoire n’hésitant pas à frayer avec des sujets dérangeants. On retrouve dans Border cette même sensibilité à fleur de peau. Tina (impressionnante Eva Melander sous un maquillage parfait) est une sorte de douanière dans un port suédois. Alors que les passagers empruntent un long couloir, elle est postée en retrait pour littéralement renifler leurs états d’âmes.

Tina a un don. Elle ressent la culpabilité des gens. Cette manière toute littérale de traduire un élément fantastique dans la narration est le premier point fort de Border. Plongé d’emblée dans ce qui s’avère le quotidien routinier de cette personne, le spectateur n’a pas le temps de se poser des questions, ni de se demander pourquoi Tina a ce physique si particulier. On se prend même à se reprocher de s’être posé cette question.

Habituellement, le quotidien de Tina se résume à coincer de petits délinquants, mais un jour, elle arrête un homme en costume qui dissimulait une carte remplie de pornographie enfantine. L’enquête policière démarre.

Mais au final, Ali Abbasi délaisse volontiers l’enquête et semble beaucoup plus intéressé par la vie quotidienne de Tina. Celle-ci semble vivre à la marge de la société dans une petite maison à la lisière de la forêt en compagnie d’un homme qui ne l’aime pas et élève des chiens avec lesquels la cohabitation semble impossible.

Les meilleurs moments de ce film au naturalisme touchant en plein coeur sont indéniablement ceux où on suit Tina dans cette forêt luxuriante. La voir évoluer dans ce contexte particulier est révélateur : elle paraît beaucoup plus à son aise dans la nature qu’avec ses congénères.

Arrive bientôt Vore (Eero Milonoff), un homme partageant des traits physiques semblables à ceux de Tina. Vore étudie les larves d’insectes et ramasse les asticots (pas seulement pour les collectionner…). Il semble en savoir beaucoup sur Tina et ses dons physiques. Il sera temps pour elle d’en apprendre davantage sur elle-même et sur les secrets que son père, aux prises avec la démence, lui a caché pendant des années.

Frontières thématiques

Border est un film surprenant par sa capacité presque naïve à se calquer sur son sujet sans essayer d’en tirer des questionnements méta-textuels encombrants. Vous pourrez, si vous le souhaitez, y voir une critique de notre société assimilatrice, un témoignage poignant sur la différence ou une vision renouvelée sur le genre. Ces éléments infusent bien évidemment et enrichissent l’histoire poignante de cette jeune femme.

Pour autant, on y verra surtout la capacité d’un jeune réalisateur à croire en son sujet sans s’amuser à faire le malin avec son histoire et sans prendre de haut ou manipuler le spectateur. Avec un style simple et dépouillé, Ali Abbasi parvient à donner corps et renouveler le genre autour d’une histoire pourtant maintes fois vue au cinéma.

La dernière partie du film rentre un peu dans le rang et n’est pas exempte de scènes un peu trop didactiques, mais à ce stade Border regorge suffisamment de beaux moments pour passer outre ces quelques réserves.

Ce film n’a pas usurpé sa réputation : il puise dans le talent narratif de Lindqvist tout en lui insufflant une sensibilité à la fois naturaliste et mystique. On lui reprochera une ou deux scènes explicatives mais il serait dommage de passer à côté de ce film bouleversant.

Noodles

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