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Note de la rédaction :

Dans le cadre du Festival Lumière, nous avons eu la chance de voir Bleeder, le deuxième long-métrage de Nicolas Winding Refn. Film le moins connu de NWR, Bleeder n’était jusqu’à présent jamais sorti en salle en France, voire dans le monde, et demeurait introuvable en DVD jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, le (génial) distributeur français La Rabbia a financé la restauration du film en 4K et permet sa distribution dans plusieurs salles en France. Cela valait-il le temps d’attendre ? Of course.

Bleeder, c’est un peu l’histoire de NWR. Mais quand certains créateurs embellissent un peu les choses, pour forcer les portes de la légende, lui aurait plutôt tendance à les noircir. On pourrait même dire que Bleeder est à NWR ce que Anarchie in the UK est aux Sex Pistols : une manière de fantasmer sa vie en la rendant plus dangereuse.

Nicolas Winding Refn est né dans le cinéma : mère chef-opérateur, père monteur. D’ailleurs, il plonge la tête la première dans le cinéma dès le plus jeune âge. Après avoir vécu une bonne partie de son enfance à New York, il revient à l’âge de 17 ans au Danemark pour finir sa scolarité avant de retourner aux États-Unis pour tenter l’American Academy of Dramatic Arts.

Cette expérience sera brève : NWR est renvoyé au bout d’un an pour avoir « massacré une table ». De retour au Danemark, il fait partie des heureux élus de la Danish Film School mais il plaque tout avant même d’y mettre les pieds. C’est le début d’un longue période de gestation créative.

À 24 ans, Nicolas Winding Refn réalise un court métrage grâce à la caméra 16 mm de son beau-père et à l’aide financière de sa mère. Il y interprète le rôle principal, s’invente un avatar (Jang Go Star), souhaite développer ce court en long. Séduit, le producteur danois Henrik Danstrup lui propose d’exaucer son fantasme. Ce sera Pusher, sorti en 1996. Véritable bombe atomique déferlant sur toute l’Europe underground, Pusher propulse la carrière de NWR.

Suite à ce succès, la dichotomie entre le succès du personnage de Frank, son impact sur la société danoise de la fin du 20ème siècle, et le fait qu’il soit ouvertement décrit comme un loser interroge NWR sur le pouvoir des images et de la mise en scène.

Fort de cette réussite, Nicolas Winding Refn fait appel aux mêmes acteurs et à la même équipe technique que celle de Pusher pour Bleeder (1999). Sauf que le film n’est jamais sorti en France et comme le dit NWR :

« Pas seulement en France, un peu partout dans le monde. C’est pour cette raison d’ailleurs que le plus souvent, seuls des spectateurs Danois me parlent de ce film. Au départ, Bleeder a été présenté à la Mostra de Venise en 1999. Kamikaze, la société de production qui s’en occupait, a immédiatement fait faillite. Elle ne s’occupait que d’un film et c’était le mien ! Du coup, Bleeder a quasiment disparu de la circulation. À l’exception de quelques pays comme la Suède ou la Norvège, il n’a pas été distribué à l’étranger. Par chance, j’ai pu racheter les droits il y a un an et je suis content que les spectateurs puissent enfin le découvrir dans une salle de cinéma. C’est un film qui m’est très cher car j’ai beaucoup appris en le tournant, sur la mise en scène comme sur qui j’étais profondément ».

Bleeder raconte la vie de Lenny joué par le génie Mads Mikkelsen, l’alter-ego du cinéaste.

Ce dernier, joignant l’utile à l’agréable grâce à son job derrière le comptoir d’un vidéo-club, est un cinéphage assoiffé de VHS (au même titre que notre Botzky nationale, dont l’auteur de ces lignes peut confirmer la ressemblance) fou de cinéma. Si bien qu’il est incapable de parler d’autre chose que de cinéma, de genre de préférence.

À côté, gravite une bande de bras plus ou moins cassés, de petites frappes et de jeunes filles aux rêves mis en stand by.

Parmi eux, Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Le frère de Louise, videur légèrement facho passe son temps à refuser l’accès aux boîtes de nuit à des personnes de couleur, puis à regarder des films en compagnie de Lenny, son patron et de Léo dans une salle avec vidéoprojecteur, capable de faire rêver n’importe quel cinéphile vivant dans les années 1990.

Sur le fond, Bleeder est une tragédie sobre, bien écrite et touchante. Sur la forme, il s’agit d’un essai de mise en scène dingue faisant la part belle aux cadrages magnifiques, accompagné d’une musique contextualisée à la Scorsese.

On retrouve plusieurs gimmicks qui semblent indiquer que ce film est le brouillon des futurs films de NWR : le fondu au rouge, le grand angle, l’échelle des plans, la caméra à l’épaule.

Le vidéo-club ressemble à un sanctuaire (Only God forgives), à un lieu mortifère. Du coup, pour toutes les séquences se déroulant dans le vidéo-club, on a l’impression, à travers les mouvements de caméra, qu’on se promène dans un lieu secret, presque macabre.

On sent avec Bleeder poindre les questions futures que se posera NWR sur le cinéma et la création : comment, en tant que créateur peut-on s’affranchir de tous les codes ? Peut-on, au contraire, s’en servir ?

NWR est plus qu’un bon faiseur, comme beaucoup semblent le penser, il est un chercheur, un philosophe testant des formules et des motifs avec l’aide de sa caméra.

Bleeder n’est pas un coup de maître mais plutôt un essai passionnant qui permettra la naissance de ses films suivants. En cela, sa vision au cinéma est indispensable à tous ceux qui apprécient NWR.

Sortie en salle : mercredi 26 octobre 2016

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Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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