Black-Head
Note de la rédaction :

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E-CINÉMA

Black est le deuxième long-métrage de Adil El Arbi et Bilall Fallah, un film sortant directement en e-cinéma le 24 juin 2016. Ce West Side Story contemporain tourné à Molenbeek a eu, semble-t-il, un certain succès en Belgique. Sauf que ce film, un brin excessif mais aux intentions plus que louables, ne sera pas distribué en France à cause de la frilosité maladive des exploitants de notre bon vieux pays. Même si on peut le regretter car ce film dépeint une jeunesse bruxelloise à cent lieux de ce que l’on a pu voir dans les médias suite aux récents attentats, Black n’en demeure pas moins un film très naïf sur le plan de la mise en scène. Critique.

Résumé : Mavela, 15 ans, membre des Black Bronx, tombe éperdument amoureuse du charismatique Marwan appartenant à la bande rivale, les 1080. Les deux jeunes gens sont brutalement contraints de choisir entre la loyauté à leur gang et l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre. Mais est-ce possible ?

Love-story sur fond de guerre des gangs, Black dépeint une jeunesse bruxelloise contradictoire. À peine capable de savoir pourquoi elle agit violemment, elle revendique : sa volonté de s’en sortir (par la délinquance), la violence de la police (alors qu’il semblerait surtout que cette dernière tente vainement de rattraper cette jeunesse autodestructrice ), sa volonté de se démarquer du carcan familial (alors que mères et pères veulent surtout s’intégrer et ont le secret espoir de voir leurs progénitures s’en sortir)…

En somme, cette jeunesse nous paraît surtout paumée et incapable de se heurter à des limites : les simples petits délits laissent la place à des actes de plus en plus graves. Bientôt, ces derniers s’amoncèlent aussi vite que les excuses pleuvent : tantôt la violence policière, tantôt le racisme anti-noir ou anti-arabe, la difficulté de s’intégrer lorsqu’on est étranger dans une ville où même les langues officielles semblent subir les mêmes luttes de pouvoir. En effet, à Molenbeek, cette jeunesse parle arabe, français ou lingala. Mais jamais le flamand, qui semble pour eux symboliser la société des classes dirigeantes.

Une scène touchante montre un des membres Black Bronx regarder un documentaire à la tv sur une guerre où un soldat noir africain tient une arme : pourquoi ? Pour qui ? Tels sont les questions que semblent se poser ce jeune homme.

Cet aspect du film est une vraie réussite. Ne cherchant pas à leur trouver des excuses, le duo de cinéastes Adil El Arbi et Bilall Fallah semblent vouloir s’intéresser aux conséquences de cette machine incontrôlable. D’où une mise en scène volontairement axée sur l’action et sur un montage efficace.

Autre point positif, le casting à 100% amateur reflétant un certain renouveau dans le cinéma belge qui a tendance à se regarder le nombril. On découvre quasiment pour la première fois à l’écran une jeunesse cosmopolite, ce qui fait un choc lorsque l’on voit le cinéma très blanc (et pourtant très populaire !) des Frères Dardenne, Felix Van Groeningen, Michael R. Roskam, Robin Pront, Bouli Lanners et tant d’autres…

Néanmoins, si nous n’en saurons pas plus sur les motivations des personnages, le fond n’étant là que pour donner un peu de matière au film, la forme pose question. Comme dit précédemment, ce film n’est qu’une version radicale de Roméo et Juliette dans un contexte difficile. Et là, le film souffre de la comparaison avec ses (très nombreux) glorieux aînés de West Side Story jusqu’à La Cité de Dieu. Qu’apporte en plus le film de Adil El Arbi et Bilall Fallah ? Si ce n’est le contexte très particulier de la banlieue bruxelloise, coincée entre immigration et tension flamande-wallonne ? Rien ou pas grand chose.

Voulant « montrer » à l’image leur aisance technique, les deux cinéastes ont pêché par un trop grand formalisme, erreur classique du cinéaste débutant. Il en résulte une compilation de mouvements de caméras sympathiques et d’effets de styles jolis à l’écran dont on aurait pu se passer tant ils n’apportent rien à la narration.

N’ayant pas su ou voulu creuser leurs personnages, Adil El Arbi et Bilall Fallah se retrouvent confrontés à de grosses difficultés dans la conduite du récit. Certains événements étant pour le moins attendus puisqu’aucun personnage n’avait l’épaisseur suffisante pour apporter un le grain de sable espéré dans cette mécanique un peu trop bien huilée.

En résumé, Black est un bon film d’action dont le sujet semble un peu trop ambitieux pour ces deux réalisateurs en devenir mais qui, à notre avis, n’ont pas su (ou pu) creuser leurs personnages, ce qui leur aurait permis d’aborder leur histoire avec plus de profondeur.

11
NOTE GLOBALE
Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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