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Note de la rédaction :

Note de la rédaction :

On n’avait pas spécialement envie de faire la critique de Batman v Superman : L’Aube de la Justice de l’inénarrable Zack Snyder parce que d’une, on n’en peut plus des super-héros, et de deux, tous les fanboys ont déjà dit tout et son contraire sur le film bien avant qu’il ne sorte… Mais vu la vague de hate ayant déferlé, ce film est devenu l’illustration d’un symptôme mêlant sacralisation à outrance des comics et montée d’une forme de diktat des fanboys. Pour notre part, on a certes lu des comics, mais on ne se focalisera ici que sur le film. Critique apaisée.

Premier élément de taille, Batman v Superman : L’Aube de la Justice est sensé installer à lui seul le DC Extented Universe (rappelons que Man of Steel n’était qu’un brouillon). Donc à lui tout seul, le film se devait d’introduire d’une manière ou d’une autre tous les personnages de la Justice League tout en rappelant, pour les novices, l’origin story de nos deux héros. Résultat, le film est long, très long. Mais, il est loin d’être chiant, bien au contraire.

DC s’est positionné comme le pendant adulte de Marvel. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans ce film, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère : quasiment aucune vanne (alors que dans les Avengers, on tourne à une punchline par minute), thématiques plutôt osées (religion, politique, droit à la différence, immigration, racisme et oui !…), mise en scène certes hallucinée (cela reste du Snyder) mais ambitieuse et sortant de l’ordinaire (des scènes de rêve à couper le souffle)…

Bref, entre les scènes d’exposition nécessaires à tout film traitant des origines d’une saga et l’apport de toutes ces thématiques, cela ne laisse pas beaucoup de temps à l’action. Ah, c’est sûr qu’on n’est pas dans Avengers 2… La première véritable scène d’action doit arriver au bout d’une heure trente de film !

D’ailleurs, j’ai entendu beaucoup de critiques sur le fait que le film aborde encore une fois l’origin story de Bruce Wayne. Certes, on commence à le savoir que ses parents se sont faits assassinés, mais ici le film aborde la question de manière très pertinente en l’incluant dans le générique du film. Par conséquent, le segment est détaché du film et sert d’introduction onirique plutôt bien construite permettant à la fois d’évacuer rapidement la question, tout en distillant une information capitale aux novices.

L’autre point fort de ce film est l’affrontement entre Batman et Superman évidemment. La réussite de Snyder a été de bien avoir pensé le build-up pour que l’on sente toute la frustration de Batman qui grandit suite aux dommages collatéraux causés par Superman : il a certes sauvé Métropolis dans les événements relatés dans Man of Steel mais, chose très intéressante, on s’intéresse aux conséquences de cette bataille épique du point de vue des « petites gens », des masses, de ceux qui sont dans les buildings qui font de jolis décors en carton-pâte dans tous ces films de super-héros. Cette injustice, Bruce Wayne la prend de plein fouet. Par la suite, il se sert de sa frustration pour se construire un personnage de justicier.

Pendant ce temps, les pouvoirs publics se posent la même question : comment confier le destin de toute une planète au bon vouloir d’une seule personne ? Une société doit toujours reposer sur des contre-pouvoirs. Ce qui pose également la question de la démocratie : sous prétexte qu’elle en a ma capacité, une personne, même avec les meilleures intentions du monde, a-t-elle le droit d’utiliser la force sans l’assentiment des représentants du peuple ? La réponse est évidente et pourtant, elle n’avait jamais été posée en ces termes dans un film de super-héros.

Tout l’enjeu du film s’inscrit là : repositionner le genre super-héros dans des questionnements plus politiques et sociaux. Le risque était de dénaturer l’esprit des comics, mais, à mon sens il fallait tenter le coup, car je suis épuisé par ce genre qui tourne littéralement en rond depuis plusieurs années à force de ne pas vouloir réfléchir. Vu les réactions du public, on peut dire que sur ce plan, le film est un véritable échec, tant le sous-texte semble déranger une grande partie du public.

Pour ma part, je trouve au contraire que ce build-up autour de la montée de l’antagonisme de Batman envers Superman est très bien fait. On comprend même le point de vue radical de Wayne : on ne peut pas laisser le pouvoir à une seule personne qui a en plus le pouvoir de détruire à lui tout seul la planète, le contrôler s’avère être presque une option de bon sens. Il n’y a qu’un pas à franchir avant l’affrontement final…

Et puis cela nous amène à parler des acteurs. Ce film nous apporte 1 chose essentielle : un excellent Batman ! Il était temps ! Ben Affleck est absolument remarquable dans la peau d’un Bruce Wayne, un peu badass, fatigué, mais ayant soulevé vachement de fonte. Et dans la peau de Batman, il bénéficie de l’un des costumes les plus réussis de toutes les adaptations. D’ailleurs mention spécial au training montage où on voit Ben hulk Affleck soulever de la fonte, tirer des pneus à bout de bras, dans une scène très classe !

Par contre, Jesse Eisenberg est assez étrange en Lex Luthor : il cabotine beaucoup et se rapproche davantage du personnage du Joker que d’un Lex Luthor froid et calculateur. J’espère qu’il va rectifier le tir dans le prochain épisode.

Pour en venir au combat entre Batman et Superman : le résultat est tout simplement sublime, c’est très propre, bien monté, très lisible. La scène ne s’éternise pas, ce qui peut évidemment s’expliquer par la nature des combattants : nous avons un quasi-dieu à ma gauche et un homme avec de la kryptonite à ma droite.

Alors, gros spoil, le dénouement de la scène intervient alors que Batman s’apprête à achever Superman en lui enfonçant une lance en kryptonite. Superman lui demande de sauver Martha, sa mère, qui est prisonnière. En entendant ce prénom, cela fait tilt dans la tête de Batman (sa mère avait le même prénom) qui renonce à tuer Superman. J’ai lu énormément de critiques de cette scène sur le net, la plupart reprochant à la scène d’être ridicule puisque Batman change en un instant de point de vue uniquement en entendant le prénom de sa mère. Permettez-moi de vous dire que ce sont plutôt ces critiques qui me paraissent ridicules. En fait, à cet instant précis, en entendant le prénom de sa mère, Batman se revoit dans la peau du meurtrier de ses parents (l’origin story du générique, vous suivez ?). C’est un électrochoc : il se rend compte qu’il est en train de devenir un vulgaire assassin et son expérience personnelle fait qu’il réagit de manière brutale à cette prise de conscience.

Ce retournement est certes très soudain, mais il s’explique aisément, il y a une logique à cela. Et c’est là où on se rend compte que Batman est un personnage très perturbé (mais en même temps, un mec qui se déguise en chauve-souris, sérieusement ?).

D’un point de vue de pure mise en scène, les scènes d’actions sont toutes très impressionnantes et cohérentes : les gadgets de Batman sont intégrés aux scènes sans qu’on s’y attarde trop, on évite avec plaisir le « syndrome James Bond ». La meilleure scène d’action étant celle entre Batman et des bandits lambdas : le découpage de cette scène et les quelques chorégraphies sont parfaits.

Maintenant les problèmes, car il y en a beaucoup ! Comme tout film lançant une saga, il faut présenter les personnages. Du coup, on est obligé de se farcir les origins story de Batman et, dans une moindre mesure, de Superman et Lex Luthor. J’ai conscience que cela peut déranger les fans, surtout qu’on a quand même eu le droit à la trilogie Nolan il y a quand même moins de dix ans, mais cette origin story est nécessaire. Reste qu’il a été judicieusement décidé de la « torcher » rapidement pendant le générique du film.

Ensuite, qui dit saga, dit introduction des futurs protagonistes de la Justice League. Ici, je dois bien reconnaître que cela a été fait avec les pieds : sérieusement, Bruce Wayne qui trouve sur son ordi une vidéo youtube avec les miniatures des personnages ? C’est vraiment nul. Idem pour Wonder Woman, qui a le droit à un peu plus de place dans ce film, sans doute parce que son personnage devait être développé, en attendant son propre film qui sortira l’année prochaine. Elle apparaît mystérieusement sans que l’on sache pourquoi ni comment, pour apprendre au final qu’elle est une super-héroïne.

Autre point noir qui découle de tout ce que l’on vient de dire, c’est-à-dire des choix de production, le build-up, que j’ai personnellement plutôt apprécié, est relativement long (1h30) au regard du dénouement en deux actes du film : l’affrontement des deux héros puis le combat final. De gros problèmes d’écriture affaiblissent l’impact de cette première partie réussie au regard du dénouement qui vient affadir le propos et laissent un arrière goût de gâchis et tout un tas de questions. Personnellement, j’ai ma réponse, tout est une question de cahier des charges : Doomsday arrivant tel un cheveu sur la soupe, juste pour que le spectateur ait le droit à sa grosse scène de baston finale en CGI, le showdown entre les deux héros avant de se réconcilier, le plan iconique « team up » entre les trois héros avant d’affronter Doomsday, le plan sur le crane rasé de Luthor, l’introduction de tous les personnages tel un catalogue de jouets… Tout cela sent trop le préfabriqué pour réellement convaincre.

Au final, ce film est beaucoup plus intéressant que toutes les critiques négatives laissent le croire, mais il subit les conséquences des enjeux financiers colossaux (250 millions de budget) et d’un cahier des charges bien trop contraignant pour faire de ce film une réussite. Quant aux habituelles critiques sur les excès de tics de réalisation de Zack Snyder, je trouve ces reproches aussi absurdes que celles qui se félicitent de retrouver dans les films de Terence Malick toujours les mêmes plans iconiques.

Comment peut-on critiquer des intentions de réalisation d’un auteur à moins qu’on lui dénie l’autorisation d’en être un ? Vous avez 4 heures !

13
Note globale

Fiche technique :

Titre original : Batman v Superman: Dawn of Justice
Réalisation : Zack Snyder
Scénario : David S. Goyer, Chris Terrio
Acteurs principaux : Ben Affleck, Henry Cavill, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Gal Gadot
Sociétés de production : Dune Entertainment, DC Entertainment, Warner Bros.
Pays d’origine : États-Unis
Genre : super-héros
Durée : 151 minutes
Sortie : 23 mars 2016
Noodles

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Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

One Comment

  • Patrice Colati dit :

    Merci pour cette critique constructive, il y a tellement de gens qui se disent critique et qui bavent sur ce film sans même argumenter…
    Cependant je ne suis pas d’accord avec 2 de vos remarques, qui se retrouvent souvent dans les crititiques « assassines » du film :

    – « Bruce Wayne qui trouve sur son ordi une vidéo youtube avec les miniatures des personnages »

    Ces données ne sont pas sur son ordi, ce sont les données qu’il a volé auparavant à Lex Luthor. Et quand on voit la paranoïa de ce dernier vis à vis de Superman et de ses pouvoirs, il apparaît tout à fait logique qu’il mène des enquêtes et rassemble des informations sur ces « meta humains ».
    Pour moi c’est au contraire une manière originale d’introduire ces personnages, en se démarquant des films Marvel et de leurs systématiques scènes post-générique.

    – « Wonder Woman … apparaît mystérieusement sans que l’on sache pourquoi ni comment »

    Elle explique pourtant dans le film qu’elle est là justement pour récupérer chez Luthor les données la concernant (la fameuse photo de 1918). Je concède que c’est un heureux hasard qu’elle soit présente chez Luthor au moment où Wayne dérobe ces données, mais après tout il s’agit d’une soirée de gala, elles sont peut être rares, ce qui augmente cette probabilité. Et puis on ne va pas non plus chercher du réalisme absolu dans un film où un extra terrestre se bat contre un type en costume et cape 😉 Nous en saurons peut être plus lors du film qui lui sera consacré, il faut garder un peu de mystère (et sans doute aussi ne pas encore rallonger le film et détourner les spectateurs de l’intrigue en faisant un focus sur elle). Personnellement je n’étais pas emballé par l’idée d’un film sur cette héroïne (trop marqué par la série avec Linda Carter sans doute), mais après avoir vu la version de Snyder dans ce film j’ai hâte, le bref aperçu de ses pouvoirs mets l’eau à la bouche (plus à l’aise face à Doomsday que Superman).

    Dans une justice league avec ces versions surpuissantes de Superman et Wonder Woman, il va falloir du lourd en façe ! (et Batman n’a pas fini de traverser les murs…).

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