Note de la rédaction :
Cette année, le meilleur film des frères Dardenne est un film roumain. Preuve une fois encore de la bonne santé de ce cinéma et l’heure aussi d’en finir avec quelques clichés. 

On prend son souffle et on y va, on rentre dans la salle pour voir le dernier film de Christian Mungiu, le réalisateur palmé pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » en 2007. On prend son souffle parce qu’on n’aura sûrement plus beaucoup l’occasion de sourire et même de respirer. Voilà l’image glauque, malsaine, d’un « cinéma social » fait pour les festivals qui colle à la peau du cinéma roumain et de Mungiu en particulier. Première erreur : « Baccalauréat » c’est beaucoup plus que ça.

Mungiu, cinéma social fait pour les festivals ?

Il faut commencer par rappeler que Mungiu a aussi gagné le prix du scénario à Cannes en 2012. Si son nouveau film évoque aussi fortement les frères Dardenne, c’est parce qu’il est si bien construit, écrit, tellement de son temps, à charge contre une Roumanie pourrie par la corruption, bref un grand film politique, un grand film en colère.
Deuxième cliché, qui a longtemps valu pour les Dardenne : ces films sociaux, avec leurs thématiques grosses comme ça et leurs acteurs plus vrais que nature se passent de mise en scène. En gros on met de bons acteurs en survet, avec des cernes et des dialogues par très ragoûtants et le tour est joué. Faux archi faux, la mise en scène est la clé du succès des frères belges, comme elle porte ici remarquablement ces quelques jours à Bucarest. Elle peut être effacée, discrète, comme le plan séquence du début du film dans la voiture, une première scène clé, elle peut se nicher dans les cadres précis où les personnages sont au choix, isolés, impuissants, séparés etc. Mais chaque scène, chaque plan offre des idées de cinéma : Mungiu qui a été formé à l’école Tavernier comme assistant réalisateur ne se contente jamais de filmer platement son excellent scénario.

Résumé

Et parlons-en de ce script : deux acteurs, un père et sa fille (même si les seconds rôles pullulent et sont tous meilleurs les uns que les autres), une ambition, un programme. Depuis toujours, le père, médecin important à Bucarest vise l’excellence pour sa fille et l’excellence, c’est quitter au plus vite la Roumanie. La petite est douée (Maria-Victoria Dragus, déjà vue dans « Le ruban blanc »), elle est déjà prise dans une école prestigieuse à Londres, il lui reste la formalité du bac, passer et réussir ses examens avec 9/10 de moyenne. Le problème c’est que la jeune fille est agressée à la veille des dits examens et perd totalement ses moyens. Il reste une solution pour tenir le plan convenu : acheter ses bonnes notes.
En Roumanie tout se vend, un avortement, un rein, une bonne note au bac, un officier de police conciliant. Grand film moral et glaçant, « Baccalauréat » pose alors des questions violentes, sans jamais tomber dans le cynique ou le condescendant. Questions d’autant plus troublantes pour cette jeune fille, bien élevée et première de la classe à qui on va devoir expliquer que des fois, dans la vie, il faut savoir obtenir ce dont on a besoin, et que oui, la fin justifie les moyens.
Un film explosif donc, qui ne roule jamais des mécaniques, mais pour lequel mérite assurément une note moyenne de 9/10. Et un prix du scénario Doc Ciné avec mention (quelle fin !). 
Date de sortie : 7 décembre 2016
18
NOTE GLOBALE
Étienne

About Étienne

Né en 1982, journaliste de formation. Je vis à l'étranger depuis 2008. J'ai travaillé pour 5 magazines et 2 émissions de télévision. Je cherche obstinément un cinéma à la marge, qui aurait un langage propre. Le cinéma expérimental et l'art contemporain m'attirent particulièrement.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :