Après l’ombre de Stéphane Mercurio – Critique

By 29 mars 2018 Critiques
apres l'ombre
Note de la rédaction :

La situation carcérale en France est toujours sujette à des polémiques, pour le manque de place, les installations dans les cellules. Il est souvent question de stéréotypes quand on essaie d’aborder un tel sujet. Pour la plupart du temps éloigné de nous, nous voyons les prisonniers et les prisons comme des chiffres et sommes trompés par des images cruelles tirées de faits divers. Après l’ombre traite, à sa façon, ingénieusement du sujet de la prison, en apportant un regard curieux et plein de tendresse dans le projet d’un metteur en scène – Didier Ruiz – qui consiste à donner la parole à des anciens détenus de longues peines.

Résumé : Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris. Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles. Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ». Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

C’est quelque chose, ces anciens détenus de longues peines qui acceptent de participer à une œuvre ouverte sur une aventure humaine. Les longues peines sont synonymes de solitude, isolement et abandon. Il est évident qu’il n’est aucunement question de pleurer ces hommes, d’autant plus qu’on ne connaît pas vraiment les causes de leur incarcération et c’est tant mieux.

Le film se base sur deux choses, la construction du spectacle, ses coulisses et comprendre de l’intérieur cette vie de prison, ses longues peines. Car à la surface, on n’aurait aucunement imaginé que ces hommes auraient vécu cet enfer. Le travail effectué par le documentaire est fin, il gratte cette apparence en accompagnant le travail du metteur en scène qui cerne ses personnages. Il s’agit alors d’une transformation pour ses anciens détenus, accepter le passé en l’extériorisant pour ensuite s’en détacher. En plus de suivre ces hommes et la femme d’un ancien détenu, le documentaire essaye de donner une certaine poésie au matériau d’origine.

Le spectacle a été préparé en une semaine dans une salle de répétition isolée par la nature. La réalisation a été attentive à la signification profonde des sens que peuvent avoir l’intérieur et l’extérieur pour ces hommes. Des plans d’illustrations de la nature, aide à comprendre ce qu’ils souhaitent raconter, l’importance d’être libre. Le film porte certes un sujet assez difficile : la réalisation et l’ambiance générale du film peuvent décourager de nombreux spectateurs, mais en quittant la salle, une réflexion se démarquant des stéréotypes habituels peut émerger. Mais n’est ce pas là le but du cinéma ? Etre dérangé, sortir de son confort pour après ouvrir un débat – même intérieur – sur ce qu’on vient de voir.

Travail nécessaire que de voir la construction de la mise en scène de Didier Ruiz, ces témoignages solennelles proposant une voix aux silencieux, qu’on n’écouterait pas. Car il pose là un problème de société, l’ancien détenu peut avoir payé sa dette, il restera pour l’opinion un criminel dont la parole n’a que peu de valeur.

Pancake

About Pancake

Jeune scénariste, étudiant à Paris-Sorbonne et éventuellement critique de film

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