AMERICA_Photo2© Gloria Films
Note de la rédaction :
AMERICA_DVD NOIR

Une question nous taraude souvent en tant  qu’européens : comment les Américains ont-ils pu élire Donald Trump comme président des Etats-Unis ? America de Claus Drexel réussit ce tour de force en nous plongeant au cœur de l’Amérique profonde pendant les élections américaines. Critique.

Synopsis : En novembre 2016, les États-Unis s’apprêtent à élire leur nouveau président. Claus Drexel effectue une plongée dans l’Arizona, à la rencontre des habitants d’une petite ville traversée par la Route 66, les héritiers cabossés du rêve américain qui livrent leurs espoirs et leurs craintes…

 

L’année dernière, un autre documentaire intitulé We blew it de Jean-Baptiste Thoret qui avait la particularité d’avoir été tourné pendant les élections, avait commencé à toucher du doigt ce phénomène que nous avons du mal à comprendre vu d’ici. Les Etats-Unis ne sont pas un pays univoque, contrairement à la France qui peut se targuer de porter en son sein des valeurs et un idéal communs. Par conséquent, on devrait toujours retenir deux leçons : il est impossible de prévoir une élection américaine et il est inutile, voire stupide, d’interroger des journalistes de grands media mainstream pour essayer d’anticiper la chose.

Mais loin de se contenter de poser sa caméra et de dépeindre une communauté en vase clos un peu freak, Claus Drexel pose un vrai regard de metteur en scène sur la ville de Seligman. La beauté à couper le souffle des paysages de cette petite ville coincée entre Las Vegas et Monument Valley apporte évidemment un sous-texte intéressant à ce film. Le rêve américain et son dévoiement semblent entièrement circonscrit dans cette bourgade et si la Route 66 passe effectivement par-là, c’est pour mieux illustrer son impact négatif sur la population.

Les personnages, car il est difficile de les définir par un autre terme tant ils sont tous bigger than life, ont tous une personnalité et un physique à faire passer Trump pour un enfant de cœur. Mais Claus Drexel les considère avec respect et leur accorde à tous une attention particulière, si bien qu’on se prend même parfois à se mettre dans leur peau et à intégrer leur point de vue, à défaut de réellement le comprendre. Lorsque l’un conclut que si on lui retire son arme ce n’est pas depuis le poste de police situé à trois heures de route de là que le salut viendra, on accuse le coup. Lorsqu’un autre tombe dans les théories complotistes les plus détestables, on n’est pas plus surpris que cela. America est une telle réussite dans sa plongée en immersion dans la fameuse « Amérique de Trump » qu’on en vient même à s’étonner que les nouveaux nés n’aient pas tous le droit de porter une arme.

Tous regrettent la puissance passée de l’Amérique, ce fameux Age d’or. Pourtant, tous rejettent l’étranger comme cette famille de Pakistanais qui tient le seul hôtel de la ville. Comment expliquer ce paradoxe alors que l’on sait bien que l’Amérique s’est construite grâce à l’énergie de cette immigration ?

On comprend rapidement que, plus que la puissance passée de leur pays, ce que ces gens regrettent est le rayonnement passé de leur ville, coincée dans les artefacts glorieux d’une époque où la Route 66 faisait encore rêver. A travers les images impressionnantes de cette ville figée dans les années 50, America dépeint en fait l’histoire des laissés-pour-compte de la modernité, soit une leçon universelle à retenir. Un film hautement recommandable en somme.

En DVD et VOD depuis le 21 août 2018

Bonus : Entretien avec Claus Drexel (17 min – Interview Arte par Olivier Père), Scènes coupées avec nouveaux personnages, bande-annonce.

Noodles

About Noodles

Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :