7 films pour découvrir Takashi Miike

Mais kikicé, Takashi Miike ? Comment ? Qu’entends-je ? Mais je m’empourpre, je m’offusque, j’accuse, je conspue, j’insulte, je crache au visage et enchaîne avec un coup de boule aussitôt suivi d’un baiser brûlant sur les lèvres et une caresse sur les omoplates, car il faut toujours se réconcilier.

Oyez, oyez, Miike, la meilleure invention de Dieu après la boîte qui fait « meuh » quand on la retourne, est sans aucun doute avec Sion Sono et Kiyoshi Kurosawa le plus prolifique des réalisateurs nippons contemporains, et le plus représentatif de cette vitalité, de cette créativité folle, azimutée du cinéma asiatique actuel. Il est capable de s’attaquer à tous les genres (même le cinéma familial) mais avec tout de même, ne nous le cachons pas, une prédilection pour la provoc’, l’extrême violence et les tabous sexuels auxquels il s’attaque avec l’énergie d’un keupon anar survolté.

Il a fini par se faire un nom en dehors de son pays grâce à des types comme Tarantino ou Eli Roth qui ont poussé pas mal pour que ses films soient plus largement distribués. Ses deux plus connus du GP (grand public, dans notre jargon… enfin dans le mien, enfin c’était plus rapide à écrire, j’avais la flemme) sont :

Audition (1999), qui a relancé la mode du film de torture, (Hostel n’aurait pas vu le jour s’il n’y avait pas eu Audition, et d’ailleurs, Eli Roth lui a rendu hommage en lui offrant un caméo dans ce film),

et puis l’extravagant Ichi the Killer (2001), tiré d’un manga, avec ses yakuzas destroys, ses héros pervers tarés, ses kilos de sang, de sperme, de tripes et de meurtres.

Miike, à 56 ans,  en est environ à sa centième réalisation. Sachant qu’il a commencé à tourner dans les années 90, ca veut dire selon mes calculs euh hé bien qu’il a pas de vie sociale. En gros, il se lève et il prend sa caméra, il se douche, bouffe chie fait du yoga, va à la piscine, promène le chien et baise avec.  Et des fois, il parait qu’il filme en dormant (faudra que je vérifie mes sources…).

Alors bien sûr, une telle frénésie de tournage délirante frôlant l’hérésie, on peut pas toujours pondre des chefs d’œuvres. Il y a même certains de ses films qui craignent un peu. Pour tout dire. Mais il y a toujours, même dans ses daubes, des petits éclairs de génie, une folie, une honnêteté contagieuse.

Miike est cash. Il balance ce qu’il a dans sa tête sur la pellicule, et comme il a énormément de trucs dans le cerveau, ca fait très souvent mouche. Et puis il a été à bonne école. On sent l’influence des Martin Scorsese,  Seijun Suzuki, John Woo, Nagisa Ôshima, Akira Kurosawa et bien entendu Kinji Fukasaku, pour ne citer qu’eux.

Et puis pour poursuivre sur le grain de folie, tu peux mater n’importe quel film de Miike même la petite comédie dramatique grand public, il y aura toujours une scène où tu vas te dire « What the Fuck ? », parce que tout d’un coup un mec se transforme en quille de Bowling ou une nana entend une fuite d’eau faire ploc ploc dans tête.

Un cinéaste qui peut encore te surprendre à chaque film, qui atteint si souvent la perfection de l’imperfection (concept qui m’est cher et que je vous développerai un autre jour), qui tâtonne  et se renouvelle sans cesse et ne fait jamais le même film, et est capable de toucher à tous les genres, c’est devenu une denrée rare. Voilà pourquoi on t’aime, Takashi. Et puis aussi parce que tes personnages ont toujours des supers tatouages  Ah et enfin parce que t’es complètement, mais alors complètement taré, fondu, disjoncté. On se sent moins seul, du coup.

Mais sans plus attendre et sans transition de nature intestinale, voici donc ma sélection de 7 films pour vous introduire à l’univers fantastique et coloré de Takashi Miike :

Shinjuku Triad Society

1 : Shinjuku Triad Society (1995)

Première partie de la Black Society Trilogy et un des premiers films que j’ai découverts de lui il y a une dizaine d’années. L’ambiance est super ultra noire, c’est un mélange entre Violent Cop de Takeshi Kitano et Bad lieutenant d’Abel Ferrara. La violence y est omniprésente, la ville est sale, surpeuplée, cradingue, malsaine. En plus, on a droit aux yakuzas vs triades !

Visitor Q

2 : Visitor Q (2001)

La comédie selon Miike. Une famille complètement dysfonctionnelle genre Family Guy avec un père nécrophile, une fille prostituée, un fils tyrannisé par ses camarades de classe, une mère dont les seins produisent des rivières de lait. Et au milieu de tout cela, un étrange inconnu sorti de nulle part qui va ressouder cette famille de dingues pour le meilleur et pour le pire. A voir tout de même avec une bonne dose de second degré et entre les repas, les sphincters des mortes se relâchent pendant la scène dite « beuaaark ».

The Bird people in China

3 : The Bird people in China (1998)

Un film aux antipodes de ce que l’on attend de lui et du film scato barjo précédent. Paf dans les dents on vous surprend. Peu de violence dans tout cela. Un voyage initiatique pour un jeune et timide employé japonais et un yakuza qui se retrouvent au fin fond de la Chine dans un village coupé du monde avec des enfants qui apprennent à voler. C’est hilarant, tendre, malin, et les décors sont à couper le souffle. Certains passages rappellent carrément Fitzcarraldo de Werner Herzog.

The Mole Song undercover Agent Reiji

4 : The Mole Song : undercover Agent Reiji (2013)

Une nouvelle adaptation d’un manga populaire avec un flic infiltré chez les yakuzas. Explosion de couleurs et de costards aussi voyants que la veste en peau de serpent de Nicolas Cage dans Sailor et Lula, un héros un brin débile et déconnecté de la réalité mais hilarant, des yakuzas fans de Karaoké, des plans de caméras hallucinants. La comédie policière rêvée qui rend les buddy movies hollywoodiens méga-fadasses.

13 assassins

5 : 13 assassins  (2010)

Miike s’attaque au film de samurai avec ce mélange des 47 Ronins et des Sept Samouraïs. Décors, costumes, photographie digne d’un gros budget ricain. Il prend son temps pour introduire tous ses personnages, et la dernière partie du film est une gigantesque bataille d’une quarantaine de minutes dans un village entre les 13 guerriers et toute une armée, Wild Bunch style. Tout Simplement HALLUCINANT !

Dead or Alive

6 : Dead or Alive (1999)

Un postulat de départ classique, un flic contre un gang de yakuzas. Le flic, c’est le génial Shô Aikawa, collaborateur régulier de Miike, capable de jouer tous les registres. Le Yakuza, c’est Riki Takeuchi, un type genre le sosie d’Elvis, mais nippon. Les yakuzas sont super cools, super machos et super violents, le film se laisse regarder comme un bon polar à la Kinji Fukasaku, honnête, bien cool, et puis arrive… le duel final.

Attention Spoilers ! Un des yakuzas se jette sur la bagnole du flic qui fonce sur eux avec deux grenades dans les mains, la bagnole explose et est projetée en l’air, dans le même moment un autre yakuza balance un couteau là dedans. La caisse atterrit en morceaux un laps de temps après, le flic en ressort, couteau dans le ventre, un bras foutu qu’il s’arrache en criant, litres d’hémoglobine,  puis il se fait un petit duel au flingue avec Elvis. Chacun reçoit une dizaine de balles dans le corps, mais ils ne s’écroulent pas : ils posent un genou à terre.  Là. Le flic sort d’on ne sait où un lance roquette, ce à quoi Elvis réplique en sortant une boule de feu de son thorax. BOUM, vue satellite du Japon qui explose.

Ce film est tout simplement grandiose.

Deadly Outlaw Rekka 

7 : Deadly Outlaw : Rekka  (2002)

On termine cette sélection sur un autre film de yakuza, encore avec Elvis, qui cette fois ci à les cheveux teints en blanc et a beaucoup de problèmes avec la hiérarchie. Comme il tape tous les gens qui le regardent de travers à coups de barre de fer, qu’il joue du Bazooka en plein Tokyo et qu’il ne respecte pas les ordres de son boss, celui-ci envoie un tueur à gages (costard et trench-coat à la Jean-Pierre Melville, mâchoire carrée) se débarrasser de lui. Et alors là… duel final.

Attention bis ! Re-spoilers ! Alors l’attaque a lieu dans une usine désaffectée, Elvis est accompagné de son fidèle lieutenant qui porte un charmant futal en cuir et une chemise style hawaiienne. Le tueur en trench-coat est accompagné de son assistant qui attaque les deux à coups de fusil à pompes. Pendant ce temps, il sort son arme secrète, une espèce d’énorme mitraillette automatique à la Robocop avec laquelle il arrose tout ce joli monde sur une bande son rock indé japonais avec slow motion à la John Woo tandis que tombent des plumes blanches. Elvis et son pote sont à court de munitions, qu’importe, ils se jettent dans la bataille avec des barres de fers !

Pendant ce temps dans le dojo du boss, celui-ci explique à son assistant que « mourir est une bonne manière de s’entraîner », tandis qu’apparait en hologramme un bouddha tatoué de partout qui regarde le spectateur, fait le signe « peace » et dit « Rock’n Roll ».

Et l’épilogue final juste après est la cerise sur ce super gâteau royal. Mon favori de Miike, qui,  le premier, met en image le concept de bouddhismezenanarchismerockfucklamortpeaceandlove.

Allez, je vous en conseille encore quelques-uns qui auraient pu faire partie de la liste :

Sun Scarred (2006) : superbe film de vengeance à la Death Wish avec Shô Aikiwa

Rainy Dog (1997): deuxième opus de la Black Society Trilogy avec encore Shô Aikawa, cette fois ci dans le rôle d’un tueur à gage japonais exilé à Taiwan et qui se retrouve avec un fils sur les bras, le tout sur fond de pluie tropicale

Graveyard of honor (2002) : génial remake du non moins génial Cimetière de la Morale (1975) de Kinji Fukasaku

Crows Zero  I (2007), Crows Zero II (2009): bastons entre lycéens, coolitude, superbes scènes de fight à mains nues, super musique rock

Shangri-la (2002): hilarante et tendre comédie sociale bon esprit avec une bande de clodos qui aident un père de famille dont la boite a fait faillite

Zebraman (2004) : super héros et père de famille japonais un peu looser mais bien décidé à faire régner la paix dans son costume de zèbre

Fudoh : The New Generation (1996) : gangs de yakuzas et gangs de lycéens, ultra violent et fou fou fou

The City of Lost Souls (2000) :  histoire d’amour et de gangsters avec des protagonistes multiculturels (japonais, brésiliens, chinois, russes)

Et puis deux gros morceaux, Yakuza Apocalypse (2015) et Lesson of Evil (2012), critiques à retrouver dans le Coin du Cinéphile / Critiques Express.

Enjoy,  À vot’ bon cœur, et  surtout no future !

Botzky

About Botzky

Obsessionnel compulsif, polytoxicomane, polygame, polyglotte et professionnel de Pole-Dance, Botzky n’a pas une mais mille opinions selon le taux de salinité des saisons. Grâce à Doc Ciné, il peut enfin partager le point de vue schizophrène qu’il porte sur sa maîtresse préférée, Miss 7ème Art, et s’en pourlèche les babines avec un plaisir sanguin à rayures ingénues et perverse.

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