l'homme qui tua liberty valance
Note de la rédaction :

La 9ème édition du Festival Lumière s’est achevée et déjà on retient plusieurs temps forts : la générosité charismatique de William Friedkin, la masterclass de Michael Mann animée par Guillermo Del Toro et Thierry Frémaux, la redécouverte des oeuvres de Harold Lloyd et la rétrospective sur le western classique concoctée par Bertrand Tavernier. En attendant la diffusion des masterclass (filmées) sur les sites de l’Institut Lumière, si on n’avait qu’un conseil à vous donner pour tutoyer le temps d’un instant l’immense carrière de Bob Friedkin, lisez sa formidable autobiographie qui reprend un certain nombre des anecdotes racontées lors de sa masterclass. Pour ce qui est de la rétrospective sur le western classique, on vous a sélectionné 5 westerns incontournables vus (ou revus) sur grand écran, classés par ordre de préférence.

L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford

(The Man who Shot Liberty Valance, 1962, 2h03)

J’ai une relation particulière avec les westerns depuis mon enfance car c’est par ce genre particulier que j’ai découvert, grâce à mon père qui vouait un culte aux westerns de l’Age d’or, que les bons films sont éternels. J’ai également compris un peu plus tard en revoyant les meilleurs westerns de cette époque que le respect de codes en apparence très stricts pouvaient engendrer des films avec une vision d’auteur à la richesse infinie.

C’est pour cela qu’au moment de réaliser des classements, je place systématiquement un ou deux westerns classiques dans le panthéon de l’histoire du cinéma mondial. Si mon choix varie sans cesse entre les meilleurs Howard Hawks et les films de John Ford, au sommet de ce panthéon il y a ce que j’appelle le carré magique : Rio Bravo, la Rivière rouge de Howard Hawks et La Prisonnière du désert et l’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford.

Pour les plus jeunes d’entre vous qui pourraient croire que Liberty Valance est un film vieillot dont le visionnage pourrait prendre la forme d’un passage obligé un brin contraignant, il est important de préciser que ce film s’apparente autant à un majestueux bilan du cinéma de John Ford qu’à un film des années 1960 et annonce à plus d’un titre le cinéma moderne du Nouvel Hollywood dans ses thématiques et dans ses parti-pris narratifs. A ce titre, Liberty Valance est sans doute le western incontournable à voir pour conclure un cycle sur l’Age d’or des Studios d’Hollywood.

Plutôt que de vous proposer une analyse forcément incomplète et déceptive de ce film dont la richesse thématique vous donnera des tournis, on ne peut que vous inciter à regarder la masterclass donnée par Jean-Baptiste Thoret dans le cadre de son cycle « Autour de John Ford » qu’il a donné au Centre des arts d’Enghien :

Tout ce qu’on peut dire, c’est que le film placé sous le sceau du souvenir (« l’homme qui tua ») raconte sous la forme d’un long flashback pourquoi un sénateur (joué par l’immense James Stewart) revient dans les terres de l’ancien Ouest sauvage pour rendre hommage à un sombre inconnu (le non moins légendaire John Wayne). On l’aura compris ce long flashback aura des répercussions universelles, comme souvent chez Ford, et sera aussi un long dialogue subtile autour de sa propre filmographie et sur l’histoire de Hollywood.

19
/20

L’Appât d’Anthony Mann

(The Naked Spur, 1953, 1h31)

Avec L’Appât, c’est à un tout autre genre de western que nous avons affaire. Il s’agit d’un pur film sec ne déviant à aucun moment de sa ligne directrice. Après Winchester 73La Porte du diable (Devil’s Doorway), Les Furies (The Furies) et Les Affameurs (Bend of the River), Anthony Mann réalise son 5ème western d’affilée et c’est un carton plein : 5 très belles réussites dont 3 avec une star que la MGM, pourtant en perte de vitesse en ce début des années 50, a réussi à attirer dans ses filets : James Stewart, qui va former avec Anthony Mann l’un des plus célèbres duos du cinéma mondial.

Alors qu’est-ce qui fait de L’Appât un western incontournable ? La force du film repose, à notre avis, sur deux points essentiels : la simplicité du récit, trois hommes font la route ensemble pour livrer un prisonnier et sa compagne pour récupérer la rançon, et sa perversité, les trois hommes ne sont pas très clairs et ont tous des secrets à garder et le prisonnier va en jouer pour tenter de semer la zizanie parmi eux. Limpide et génial. Les pires sentiments humains sont les moteurs des protagonistes : cupidité, jalousie, égoïsme, avidité, racisme. En cela, ce film annonce à sa manière le western des antihéros des années 60. Si l’austérité de la mise en scène est rehaussée par la majesté des décors, l’histoire n’en recèle pas moins de nombreuses questions en clair obscur. Un must see.

16
/20

L’étrange incident  de  William A. Wellman

(The Ox-Bow Incident, 1943, 1h15)

Quoi, vous avez aimé Le Corbeau et Fury de Fritz Lang et vous n’avez pas vu L’étrange incident ?

William Wellman aborde le thème de l’hystérie collective et du lynchage public (aucun rapport avec ce qu’il se passe à Hollywood aujourd’hui…), à travers le genre du western, ce qui n’était pas très courant à l’époque, car le cinéma grand public n’abordait pas ce genre de thématiques et avait plutôt tendance à brosser le public dans le sens du poil.

L’action de L’Etrange incident se déroule dans une temporalité très resserrée, à travers une expédition punitive. Voir sous nos yeux comment la folie s’empare d’un groupe de personnes exaltées a quelque chose de très fort et rappelle à quel point le western a toujours abordé des thématiques indémodables.

La force du film repose aussi et surtout sur la qualité du casting. Jugez plutôt : Henry Fonda, Dana Andrews, Anthony Quinn, Henry Morgan

16
/20

La Fureur des hommes de Henry Hathaway

(From Hell To Texas, 1958, 1h40)

On savait que Bertrand Tavernier adore tout particulièrement ce film et le défend bec et ongle depuis des années, alors on était impatient de le voir enfin, qui plus est dans une belle copie sur grand-écran, dans le cadre du Festival Lumière.

Le film est encore une histoire de vengeance, aveugle comme souvent. Tod Lohman (Don Murray) est poursuivi par Otis Boyd (Dennis Hopper) et ses hommes. Le père d’Otis, le gros rancher Hunter Boyd (R.G. Armstrong), accuse Tod d’avoir tué l’un de ses fils lors d’une rixe qui les a tous deux opposés durant un bal. Lohman a beau clamer son innocence, expliquant que la victime s’est tuée accidentellement en tombant sur son arme blanche, rien n’y fait, il est obligé de fuir et de se défendre alors qu’il est contre toute violence. Sauf que… c’est une excellente gâchette et il n’aura aucun mal à se défendre. Pire encore, l’ensemble de la population prend fait et partie pour le jeune Lohman du fait de sa gentillesse et de sa naïveté.

Que dit le film ? Que la violence est aussi inutile et inefficace que la vengeance car elle ne résout rien. Un peu simple me direz-vous ? Certes, mais la force du film repose aussi sur l’originalité des personnages, un héros certes fautif par la force des choses mais humain, pacifiste, timide et naïf, face à un père vengeur mais voulant préserver sa famille : où est le bien où est le mal ?

15
/20

Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann

(High Noon, 1952, 1h25)

On n’a jamais réellement compris pourquoi ce film avait une telle réputation. Certes il est indéniable que ce film marqua une certaine modernité formelle à l’époque : peu ou pas de musique hormis une chanson entêtante, des plans fous avec comme point d’orgues le splendide mouvement de grue finissant à des hauteurs inattendues et isolant Gary Cooper au milieu des rues de la ville désertée.

Le propos est aussi très intéressant : une critique de la chasse aux sorcières à l’époque où Hollywood subissait la menace de la Commission des Activités Anti-américaines. Mais de bonnes intentions n’ont jamais suffi à faire un bon film.

Si la thématique du shérif en fin de carrière (génial Gary Cooper comme toujours) lâché par ses concitoyens prêts à lui dire de se sauver (et donc de se faire tirer comme un lapin loin de leurs yeux) plutôt que de le défendre alors qu’il s’est toujours sacrifié pour eux est passionnante. On peut même extrapoler cette analyse en en faisant une comparaison plus contemporaine, par exemple avec les fonctionnaires salués par tous jusqu’au jour où ils finissent par embêter tout le monde avec leurs demandes et leurs grèves. Encore une fois le western est un formidable révélateur de la pusillanimité, de la médiocrité de nos contemporains.

Reste que ce film manque clairement de tonicité dans les scènes d’action et le dispositif mis en place devient à la longue très rébarbatif.

13
/20
Noodles

About Noodles

Fan de cinéma depuis longtemps, je partage mes opinions avec vous. N'hésitez pas à me donner votre avis sur mes critiques. Sur Twitter je suis Noodles, celui qui tombe systématiquement dans le piège des débats relous.

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