1968, une année de cinéma

By 27 mai 2018 Gros plan
1968-cinema
Note de la rédaction :

On a beaucoup parlé ces dernières semaines, anniversaire oblige, de mai 1968. Le événements, son héritage dans la société d’aujourd’hui. Certains se disputent encore pour savoir si le mouvement estudiantin a créé une impulsion positive ou négative sur notre société. Si le romantisme de cette époque est désuet ou s’il s’agit de la dernière fois que la politique a signifié quelque chose en France.
Mais 1968, c’est aussi l’année ou le festival de Cannes a été interrompu puis annulé. C’est l’année du choc « 2001 : odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, ressorti dans une version inédite à l’occasion du festival de Cannes 2018 pour les cinquante ans du film.

Cinquante ans. À quoi ressemblait le cinéma il y a cinquante ans ? Qu’allait voir nos parents dans les salles ? J’en ai profité pour ressortir la vieille encyclopédie cinéma hérité de ma grand-mère pour y consulter le calendrier des sorties lors de cette année extraordinairement riche pour les cinéphiles. 203 millions de spectateurs et 117 films produits dans l’année en France. Petit flash-back en dix dates :

Bonnie and Clyde

Scène mythique et innovante en un sens : introduisant pour la première fois (?) la mort violente et presque gore de personnages principaux dans un film grand public.

24 janvier : « Bonnie and Clyde » soit le film qui lance le nouvel Hollywood. Warren Beatty et Faye Dunaway au sommet de leur charisme sur fond de dépression des années 1930 et Arthur Penn qui décide en particulier dans cette dernière séance terrible de restituer la violence, de lui rendre ce réalisme froid, glaçant, que certains films avaient quelque peu galvaudé. Film puissant qui vieillit bien et qui annonçait un tournant, le premier films des années 1970 d’une certaine manière.

2 février : « Le bal des vampires ». Roman Polanski dans une veine parodique qu’on ne lui connaissait pas. Premier film en couleur pour le grand réalisateur polonais encore très jeune. Aussi à l’aise devant que derrière la caméra. Quelques clins d’oeil bien sentis au « Nosferatu » de Murnau.

8 mars : « Le bon, le brute et le truand ». Tout la haut, au sommet du western, le mythe quasi indépassable de Leone et la musique de Morricone. Clint Eastwood ignoré dans son pays devient superstar en Italie. Le film pastiche et dépasse ses modèles, c’est tout l’art du western-spaghetti qui est une déclaration d’amour post-moderne. Le final dans le cimetière donne encore des frissons.

Encore une scène devenue mythique : Walker est de retour des morts, concentré et méthodique. Le bruit de ses pas est une manière brillante de lier le tout : méthodique, mais volontaire, avec un seul objectif en tête… mais finalement pour rien. Pas si éloigné de Terminator et de la volonté méthodique du T-800.

5 avril : « Le point de non-retour » de John Boorman. Thriller électrochoc, néo noir au montage avant-gardiste, voilà un monument en décalage avec la production classique, un film boiteux et formidable qui réinvente un genre qui ronronne alors depuis quelques années à la télévision. Premier film américain de Boorman l’anglais, tourné en partie à Alcatraz avec un Lee Marvin impeccable, « Point Blank » en version originale connaît un joli succès public.

Scène de fin : certainement l’une des fins les plus sombres du cinéma : la quintessence de la science fiction en quelques plans : dénoncer la folie des hommes.

25 avril : « La planète des singes » de Franklin Schaffner d’après le roman de Pierre Boulle et avec les maquillages de John Chambers. Immense succès au box office qui donnera aussi lieu à une série télé. Qui ne souvient pas de Charlton Heston et du twist incroyable ? La franchise est encore en plein forme cinquante ans plus tard.

18 mai : interruption du festival de Cannes. Si vous avez vu le récent « Le redoutable », vous aurez peut-être encore les faits en tête : des manifestants venus montrer leur solidarité avec les étudiants en révolte de la Sorbonne contraignent le festival, pour la première et unique fois, à fermer ses portes. Godard n’y étant pas pour rien. Redoutable on vous dit.

Film sorti 1 an plus tôt aux USA, Le Lauréat est sans doute le film qui définit le mieux la révolution culturelle en cours des deux côtés de l’Atlantique. Tout est dans cette scène : une jeunesse écoeurée par ses aînés, elle cherche autre chose mais qui ne semble pas savoir quoi. Bouleversant.

4 septembre : Le lauréat » de Mike Nichols, encore une date majeure du Nouveau Hollywood. Le jeune Dustin Hoffman devient une star, Simon et Garfunkel aussi. Nichols gagne l’oscar du réalisateur. Satire des mœurs américaines et encore un final ô combien célèbre !

Le cut le plus puissant de l’histoire du cinéma ?

27 septembre : « 2001 : odyssée de l’espace », le Space Opera génial qui a rendu célèbre Richard Strauss ahahahah. L’ouverture la plus connue de l’histoire ? Bref tout est culte et visionnaire ici, que l’on aime ou pas d’ailleurs. Le film devait s’appeler « Journey Beyond the stars » mais honnêtement ça claque moins. Kubrick a eu la bonne idée de bien s’entourer, comme souvent, et il a écrit le scénario à quatre mains avec l’auteur de SF Arthur C. Clarke. À revoir, uniquement en salle !

Polanski au temps de sa splendeur lorsqu’il inventait des moments de pur effroi onirique.

30 octobre : « Rosemary’s baby ». Encore un film culte, qui met en scène John Cassavetes et Mia Farrow et encore Roman Polanski dans les salles françaises, cette fois dans un registre sobre, à l’opposé de son film précédant. Jean-Baptiste Thoret vous en parlerais mieux que moi : ce film c’est l’aboutissement en quelque sorte du film de monstre, là où autrefois le monstre était identifiable et était l’autre, là où ensuite est arrivé « Body Snatchers » et l’idée que le monstre avançait masqué et parmi nous (les communistes, c’est le sous-texte), Polanski ose le monstre EN nous, le bébé diabolique, la peur ultime.

11 décembre : « Le livre de la jungle », dernier film d’animation entièrement supervisé par Walt Disney lui-même ! Wolfgang Reitherman est crédité à la réalisation. Les musiques sont restées, mais c’est bien Disney qui a rendu « Jungle Book » indémodable, pas Kipling… Aujourd’hui il existe un paquet de versions du film (1947, 1994, 2016 etc).

Étienne

About Étienne

Né en 1982, journaliste de formation. Je vis à l'étranger depuis 2008. J'ai travaillé pour 5 magazines et 2 émissions de télévision. Je cherche obstinément un cinéma à la marge, qui aurait un langage propre. Le cinéma expérimental et l'art contemporain m'attirent particulièrement.

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